Acte II, scène vin
Si le ciel pitoyable eût écouté ma voix^ Albe seroit réduite à faire un autre choix ^
Ainsi, tout Romain qu'il est, il eût mieux aimé pour ses fils moins de gloire et moins de dangers. Il ne cache pas sa douleur à ses filles. Mais les dieux le veulent, et Rome l'ordonne ; il se soumet donc. Dirons-nous pour cela qu'il aime sa patrie plus que ses enfants? Non: seulement, il n*a pas pour elle les mêmes sentiments que pour ses fils. D'un côté, c'est une résolution prête à tous les sacrifices; de l'autre, un attendrissement qui peut aller jusqu'aux larmes.
On le verra bien quand, d'accord avec lé devoir, son amour n'a plus à se contraindre ; témoin cette scène où il . sait enfin que son fils est vainqueur et vivant :
Quand pourra mon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d'allégresse?
Il pleure alors, sans plus vouloir le cacher, ce vi.eux Romain qui, au départ de ses filles, s'accusait d'avoir des larmes aux yeux ; il pleure, et ses larmes de joie nous touchent encore plus vivement que ses larmes d'inquiétude, parce qu'elles nous découvrent le fond de cet amour paternel, qui jusque-là se dérobait avec une sorte de pudeur*. »
En résumé, si l'amour paternel nous semble ici plus rassis que ne le comportent les habitudes présentes, la cause en est que le vieil Horace, au lieu de s'y abandonner <îomme à une passion, le pratique comme un devoir. Or le devoir est toujours calme et maître de lui. De là cette sérénité qui ne se dément pas, même dans la crise qui inspire cet héroïque plaidoyer dont nous détacherons ces vers :
Lauriers, sacrés rameaux qu'on veut réduire en poudre, Vous qui mettez sa tête à couvert de la foudre, L'abandonnerez-vous à Tinfàme couteau Qui fait choir les méchants sous la main du bourreau?' Romains, souffrirez-vous qu'on vous immole un homme Sans qui Rome aujourd'hui cesseroit d'être Rome,