Acte IV, scène vn
lences d'une colère presque légitime. Gamille ne va-t-elle pas jusqu'à louer Guriace de ce qui selrait une lâcheté :
Tu fuis une bataille à tes vœux si funeste,
Et ton cœur tout à moi, pour ne me perdre pas,
Dérobe à ton pays le secours de ton bras*.
Elle sacrifierait sa patrie à son amour, comme son frère toute affection à son honneur. De là le conflit qui explique la crise. Sans le choc de ces deux caractères, le coupd'épée ne se justifiait plus. Ajoutons que, par des traits gracieux, Camille rappelle parfois Chimène, lorsque ses j>oies récentes lui inspirent ces tendres souvenirs :
Tout ce que je voyois me sembloit Guriace; ^ >
Tout ce qu'on me disoit me parloit de ses feux, Tout ce que je disois Tassuroit de mes vœux.
Elle réussirait donc à nous toucher, si notre âme n'était toute remplie du destin des Horaces et de Rome. Mais comment s'intéresser à ses soupirs, quand ils ne sont qu'un mince épisode perdu dans les impressions grandioses qui ravissent notre admiration ? C'est le cas de dire, avec Mme de Sévigné, que les gros poissons mangent les petits. Yoilà ce qui la relègue dans l'ombre d'où elle ne peut sor* tir que pour jouer son rôle de victime indispensable au dénouement. Ni ses douleurs, ni son trépas, ne font couler nos larmes. Ses hyperboles furieuses ne sont elles-mêmes qu'un moyen calculé pour produire un coup de théâtre. Aussi sommes-nous tentés de les juger déclamatoires. Mais ne le disons pas trop haut. Car c'est la logique même du sujet qui étouffe en nous la pitié. Où l'amour n'est pas tout, il n'est lien ; et, quand l'enthousiasme nous transporte, l'attendrissement ne paraît plus qu'une faiblesse.
Valère. — Réservons donc toutes nos sévérités pour Valère, qui n'est pas seulement odieux, mais ridicule. Cet amoureux transi qui célèbre comme une fête la mort de son rival Guriace, est vraiment bien mal avisé, lorsqu'après le meurtre de Camille, il déploie tant de rigueur contre le