‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 30 sur 193 · Acte I, scène m · texte numérisé non relu

Acte I, scène m

corneille: »5

dernier survivant de la famille où il voulait entrèr. Pourtant, bien que ce plaidoyer ne soit, comme dit Voltaire, « ni dans le génie du temps, ni dans le caractère d'un amant qui parle contre l'assassin de sa maîtresse », nous devons lui pardonner cet excès de zèle, d'abord parce que son réquisitoire est habile, ensuite et surtout parce que ses ar^ments d'avocat servent de prétexte à la vigoureuse éloquence du vieil Horace*.

Le sens historique elies forneilie. — Nous n'avons point épuisé notre sujet. Mais que dire de nouveau sur tant de beautés qui sont dans toutes les mémoires ? Signalons seulement l'industrie d'une facture plus variée qu'on ne le pense. Car si l'énergie en est le trait éminent, elle n'exclut pas une souplesse merveilleuse pour un temps où la langue poétique n'avait pas encore été façonnée par Racine. Corneille le 4^vance par une élégance précise qui, triomphant de toutes les entraves, exprime et ennoblit les détails jusqu'alors les plus rebelles à notre versification. C'est ainsi que le récit du combat reste original à côté de Tite-Live, et que le discours du chef dés Albains est plus nerveux et plus touchi^t que son modèle.

Ajoutons encore un mot sur ce fameux cri du vieil Horace :

qu'il moifrût,

Oa qu'un beau désespoir i|lors le secourût.

« Tout l'auditoire, dit Voltaire, fut si transporté, qu'on n'entendit jamais le vers faible qui suit. »

La Harpe n'est pas de cet avis. Il « n'appelle faible que ce qui est au-dessous de ce qu'on doit sentir et exprimer. » Or, si le mot « qu*U mourût » est beau pour un Romain, il serait dur pour un père. Horace, étant l'un et l'autre, devait donc admettre « la possibilité consolante que, même en combattant contre trois, son fils pût échapper encore ». — C'est Rome qui a prononcé l'arrêt républicain qu'il mou^ rut; — c'est la nature qui, « ne renonçant jamais à ses droits, le tempère par une restriction qui dit ce qu'elle doit dire. »

f . De Julie, noas ne dirons rien, sinon que, dans la scène ni de Tacte ni, •lie parle un peu comme une soubrette de comédie.

Si nous ^avions à nous prononcer entre ces deux jugemente^, nous inclinerions à croire que la pensée de Cîorneille est toute différente. Ne serait-il pas en effet plus juste de supposer que le premier mouvement est celui de l'honneur? « Plutôt la mort que la honte I » s'écrie alors le père, comme il l'explique par ces vers :

Pleurez Tautre, pleurez Tirréparable affront Que sa faute honteuse imprime à notre front.

Que n'a-t-on tu périr en lui le nom d'Horace I

C'est donc ici le chef de la gens Horatia qui parle d'abord. Mais aussitôt lui vient l'idée que cette mort entraînerait la victoire d'Âlbe ; et alors le citoyen, se ravisant, conçoit comme possible un retour de fortune. Lorsqu'il apprend l'issue de la lutte, son unique souci n'est-il point le salut de Rome, et non la vie de son fils ? <c Quoi ! Rome donc triomphe ? » Oui, elle triomphe, et cela, grâce au beau désespoir souhaité par le Romain, plus encore que par le père.

Quoiqu'il en soit, ne sacrifions point à ces scènes magistrales l'étude de celles qui terminent la tragédie, et auxquelles on ne prend pas assez garde, bien qu'elles soient toutes nourries de l'esprit Romain. La vérité morale y vaut la vraisemblance historique. On y remarque surtout ce sentiment religieux qui fut une des formes du patriotisme dans un temps où l'on crut que les dieux veillaient sur le berceau de l'enfant, sur le lit de l'épouse, sur le foyer, sur le Forum, sur la paix et la guerre, en un mot sur toute la cité. Ici cette foi ne se dément jamais, comme l'atteste cet appel suprême du roi Tullus :

Mais nous devons aux dieux demain un sacrifice^

Et nous aurons le ciel à nos vœux mal propice,

Si nos prêtres, avant que de sacrifier,

Ne trouvent le moyen de lei purifier.

Son père en prendra soin : il lui sera facile

D'apaiser tout d'un temps les m&nes de Camille.

1. Son fils. — Le père dat purifier son file par des sacrifices expiatoires, qui restèrent héréditaires dans la gwu Horctiia,

En dernière analyse, Corneille a droit de dire avec son héros :

Et Rome tout entière a parlé par ma bouche.

GINNA.

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