‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 33 sur 193 · I. Elle y déyoUe son &ine à Fulvie, sa confidente · texte numérisé non relu

I. Elle y déyoUe son &ine à Fulvie, sa confidente

9. Familier d*AugQste, il est aossi dans le secret du complot.

Acte IIL — Cependant Maxime, qui aime aussi la fille de Toranius, s' apercevant qull va servir la cause d'un rival, se prête, par jalousie, aux suggestions d'Euphorbe, son affranchi, qui Tengage à dévoiler le complot pour perdre Ginna. En même temps, celui-ci, revenu de sa première surprise, sent le remords entrer dans son âme. A mesure qu'approche le moment critique où il faut agir, ses hésitations redoublent; car il a honte et remords de sa noire ingratitude. Si du moins il pouvait fléchir Emilie I Mais non : il la trouve implacable ; et, humilié par d'ironiques reproches, trop faible pour étouffer sa passion, il se laisse arracher la promesse de tuer son bienfaiteur, sauf à tourner ensuite contre lui-même une arme parricide.

Acte IV. — Averti par Euphorbe du crime qui se prépare *, Auguste, après un premier éclat de courroux, fait un retour sur sa vie passée. Ses propres violences n'ontelles pas justifié la haine et la perfidie? Mais si sa conscience absout ses ennemis, son indignation les condamne. Il reste donc indécis entre le châtiment et le pardon, lorsque Livie, qui jusqu'alors n'était pas entrée en scène, l'invite à désarmer par la clémence des inimitiés qu'exaspère la rigueur. Tandis qu'il se retire en faisant appeler Ginna, Emilie, qui commence à s'inquiéter, voit tout à coup paraître Maxime qu'elle croyait noyé dans le Tibre. Il ressuscite pour tomber à ses pieds, et lui proposer de s'enfuir avec lui. Comprenant alors que tout est perdu par les lâches manœuvres d'un traître, elle le repousse avec mépris, la rage au cœur.

Acte Y. — Le dénouement, qui ne lé connaît? Ginna est devant Auguste qui lui commande de s'asseoir, et de ne rinterrompre ni d'un mot, ni d'un geste. Il s'y engage ; mais, sur l'accusation d'assassinat, le voilà qui se récrie. Réduit impérieusement au silence par un jiige qui l'accable de preuves sans réplique, et l'écrase de son mépris, il essaye en vain de se relever par une bravade, lorsqu'Ê-

1. Euphorbe annonce même qae Maxime, sod maîlre, s'est jeté dans le Tibre, pour se pnoir 4e sou crime.

milie arrive pour revendiquer rhoaneur du complot, sauver son amant, ou périr avec lui. Durant le combat de générosité qui s'engage entre les deux complices, Maxime survient à son tour, et confesse tous ses crimes. C'est alors que, dans un sublime élan, Auguste prononce les vers magnifiques qui firent pleurer le grand Gondé '. Emilie ellemême se sent vaincue ; et, saisie d'un prophétique transport, Livie présage à son époux la longue sécurité d'un règne pacifique et glorieux.

Le irérltable sujet de Cinna. Ii*aetioit, ses ressorts. T'a-t-il iei unité d'intérêt? — Du résumé qui précède nous conclurons que la clémence d* Auguste est le yérita])le sujet de la pièce, et que le principal intérêt ne s'attache point aux personnages de Cinna ou d'Emilie, dont l'amour et la fureur ne sont qu'un moyen de faire valoir une figure héroïque. Tout d'abord, on pourrait s'y tromper. Car, durant le premier acte, si franchement républicain, on se livre sans partage aux vœux formés par le petit-fils de Pompée et l'amant d'Emilie contre un usurpateur qu'il représente comme le bourreau des Romains. Mais, à partir du second acte, nos sympathies commencent à se déplacer. Elles se déclarent pour le souverain qui, menacé par des perfides, est bientôt absous non-seulement par ses remords et sa grandeur d'âme, mais par son indigne ennemi dont le discours insidieux vient de légitimer son pouvoir comme un bienfait, d'excuser sçs cruautés comme nécessaires, et d'exalter ses vertus comme la sauvegarde de la paix publique. Ces sentiments sont encore avivés par la confiance qu'Auguste témoigne à des traîtres, et par les grâces qu'il leur prodigue. Dès lors, il n'est plus possible de voir dans leur cause l'intérêt de la liberté, puisqu'il dépendait de leurs conseils qu'elle fût rétablie sans violence.

Dans le troisième acte, l'intrigue se complique et se noue, mais par une combinaison qui n'est point à l'abri de la critique. Car, pour rendre vraisemblable la découverte du complot,. Corneille use d'un fâcheux ressort, lorsqu'il ima«

!• Le grand Condé pleurant aux vera da grand Corneille. ( Follat>0.}

gine l'amour subit de Maxime, et nous le montre délibérant sur une action infâme, en homme prêt à Taccomplir* Outre que le délateur de Ginna a peu de chances de conquérir ainsi le cœur d'Emilie, cet incident refroidit l'action et répugne singulièrement au spectateur.

Ge défaut s'agglrave dans l'acte suivant, où Maxime, après avoir dénoncé ses complices par l'entremise d'Euphorbe, et publié même le bruit de son trépas volontaire, ose se présenter à Emilie pour lui apprendre que tout est découvert, que Temi^reur a mandé Ginna, et qu'elle est ellemême en péril, si elle ne consent pas à se laisser enlever par un sauveur épris de sa beauté. Jamais déclaration d'amour ne fut plus malencontreuse. Inconvenante et ridicule, cette offre de son cœur conviendrait mieux à une comédie qu'à une tragédie. Aussi, devant ce piège grossier, chacun de nous est- il tenté de dire avec Emilie :

Maxime^ en voilà trop pour un homme avisé.

Mais ces fautes, le cinquième acte §uffit à les réparer ; car le sublime les efface, ou les fait oublier. En admirant cette tragédie fii française par l'alliance de la politique et de la passion, et si romaine par la majesté de son éloquence pratique, on ne peut donc que répéter ces paroles de Balzac écrivant à Corneille : « Vous avez retrouvé ce que Rome avait perdu dans les ruines de la république, sa noble et magnanime fierté...; vous êtes le fidèle interprète de son esprit et de son courage... Aux endroits où elle est de brique^ vous la rebâtissez de marbre, et je prends garde que ce que vous prêtez à l'histoire est toujours meilleur que ce que vous empruntez d'elle. »

Les earâetéres. — Octaire et Auguste. — C'est dire que Corneille a transfiguré son héros. Pour y réussir, il n'avait du reste qu'à cuivre le courant d'une popularité qui, chez nous, depuis la Renaissance, s'était établie à l'état de tradition incontestée ^ Mais il contribua plus que tout autre

t. La popularité d'Auguste date de loin. Ses successeurs le rendirent cher à U mémoire du peuple, les uns par leurs hommages, les autres par leurs

à la fortune d*un nom^ qui, au dix-septième siècle, souf Louis XIV, devait être comme le symbole de la gloin littéraire décorant les fastes politiques d'une souveraineté bienfaisante'.

Ce n'est pas que le poète ait dissimulé les cruautés d'Octave; car Ginna fait une peinture pathétique, bien iju'un peu déclamatoire, des massacres qui ensanglantèrent les premiers degrés du trône impérial. Sa rhétorique se déchaîne contre les crimes qu'il reproche

A C6 tigre altéré de toat le sang Romain.

Il énumère tous ces funestes souvenirs :

La perte de nos biens et de nos libertés, Le ravage des cbamps^ le pillage des villes, Et les proscriptions^ et les guerres civiles.

Mais, outre que son réquisitoire est suspect de prévention, ce n'est pas sans raison que Salluste a dit: Plerique mortales postrema meminêre^. Aussi, sachant bien que les dernières impressions sont toujours les plus vives, Corneille a-t-il reculé dans une lointaine perspective ces sinistres préludes du régime nouveau, dont il veut réhabiliter l'avénement par des vertus auxquelles il réserve le premier plan, et qu'il attribue, non, comme il convient peut-être, à des calculs habiles, mais à la modération et au patriotisme d'une âme digne de commander au monde, parce qu'elle se commande à elle-même.

orimes. Les chrétiens honorèrent en lai le prince sons lequel était né le Christ. Charlemagne vit en lai l'idéal du sonverain. An qainzième et seizième siècle, tons les lettrés, surtoat Montaigne, célébrèrent sa loaange. Au dix-septième Saint-Évremond Padmire avec une sorte de tendresse.

1. Ce ne sera pas la dernière fois que, chez nous, an poète fera la fortane d*an nom politique, et lui assurera comme une légende populaire.

2. Ses vertus furent calcul et apparence. On sait qu'Auguste habitait, sur le Palatin, la maison d'Hortensius. Ily viyait simplement. Ses vêtements étaient filés par sa femme, sa sœur et ses petites-filles. Sa table fut trè»-sobre. « II n'est pas de Juif, écrivait-il, qui jeûne plus rigoureusement le jour du sabbat que je n'ai fait aujourd'hui. > Il dînait souvent avec une once de pain et des raisins secs. Il fit raser un palais trop somptueux qu'avait fait construire sa petite-fille Julie.

8. • Les hommes ne se souviennent le plue souvent que des dernières impreisioni. »

C'est ainsi que le tyran du premier acte devient, au Second, un sage assez supérieur à Tambition pour dédaigner un pouvoir qui lui a coûté trop cher. En paraissant prêt à s'en dépouiller volontairement dans l'intérêt public, il semble mériter plus que jamais le rang suprême, et se fait presque pardonner le rôle qu'il joua dans les guerres civiles, par la gloire d'avoir porté remède à leurs maux. Sans souscrire à cette amnistie, nous devons signaler du moins, comme une des nouveautés de notre littérature, ces scènes où Corneille interprète en homme d'Ëtat une des plus mémorables révolutions de l'histoire. Dans ses Réflexions sur les divers génies du peuple romain^ ^ la sagacité de Saint-Evremond ne sera pas plus pénétrante, et Montesquieu lui-même ne renierait point un tel devancier.

Mais, ne voyant ici qu'une situation morale, admirons l'art d'une apologie qui commence par solliciter notre indulgence, et finit par ravir notre enthousiasme. Ce qui Qontribue le plus à nous réconcilier avec Auguste, c'est qu'il accuse Octave. Voilà pourquoi, tout en rappelant son passé néfaste, il^se fait encore aimer et plaindre. A la nouvelle du complot tramé par l'amitié, ce qui le touche pardessus tout, n'est-ce pas la généreuse douleur de se sentir odieux? n s'écrierait volontiers avec Scipion : Non me vita juvaret invisa civibus meis^. Oublieux de son propre péril, non-seulement il s'afflige surtout d'une trahison imprévue, mais ses remords vont jusqu'à justifier ses assassins ; et si des idées de vengeance succèdent à ces nobles mouvements, si la nature reprend ses droits, ne nous en plaignons pas. Car il nous intéresserait moins s'il, ne tenait rien de l'homme *, et il faut que la lutte donne du mérite à la victoire.

1. Cet oaTrage est de 1663. Lisez le chapitre sar Auguste, t. II, p ill, ÉcU Siraud. C'est un écho de Corneille.

3. Une vie odieuse à mes concitoyens ne me serait d'aucun prix.

3. L'image la plus authentique d'Auguste est la statue trouvée à Prima-Porta, il y a huit ans, à sept mille de Rome, dans la villa de Livie. La pose est d'un Diea qui règne. — Les os maxillaires ont une saillie qui va jusqu'à la dureté. On y sent ooe volonté tenace. Le front exprime la persévérance et le calme. Les yeux sont mornes. La bouche est fermée^ serrée, inflexible. Que de secrets

iTtinit UTTtRAiRBf* I. — &

Or le triomphe sera si décisif, cpi'on pourrait presque reprocher à Auguste, comme à (^sar, l'excès de sa clémence. Ne va-t-elle pas jusqu'à conférer le consulat à un indigne? En revanche, quelques-uns voudraient qu'il n'eût point humilié Cinna par ces paroles :

Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux ; Mais tu ferois pitié mémo à ceux qu'elle irrite, Si je f aban<k>nnoi8 à ton peu de mérite.

Voltaire rae^nte, à ce propos, que le maréchal de la FcuUlade^ assistant à cette scène, s'écria : « Ah! tu me gâtes le Soyons amis, Cinna; si le roi m'en disait autant, je le remercierais de son amitié » Fénelon, de son cùté, regrette de ne point trouver ici « la simplicité modeste avec laquelle Suétone dépeint Auguste dans tout le détail de ses mœurs. » Il prononce même le mot d* emphase^. C'est le cas de dire que les délicats sont malheureux. Mais ne vaudrait -il pas mieux applaudir franchement et sans réserve ' ?

Emilie et les liéroines de la Fronde. — Après Auguste, c'est Emilie qui appelle le plus les regards. Cette « adorable furie », comme disait Balzac, est daiis Corneille la première apparition de ces personnages féminins auxquels il prête uu cœur plus que viril, et dont il abusera au point de changer l'admiration en stupeur. Ce travers perce déjà dans ce rôle que Voltaire juge avec raison très-inférieur à celui d'ïïermione. Sans aller jusqu'à dire avec M. Vinet qu'Emilie est « le principal défaut de la pièce », avouons qu'elle nous intéresse moins que la rivale d'Andromaque. Il est vrai que la différence des situa-

elleadû garder! Ses cheveuTsonl courts, et descendent jusqu'à la nuque, ce qui est un signe de race chez les Jules. Le cou est d'une belle proportion. L'ensemble trahit la concentration, le sang-froid , la fougue contenue. C'est le maître du monde qui s'étudie à rester maître de lui.

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