il fait sans doute allusion à ces yerst
Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde, etc.
2. Nous ne ferons qu'une restriciion . Aprèe ayoir résisté aux prières de Li> Yie, Auguste nous surprend un peu par le brusque retour dont les raisons morales n'ont pas été produites devant nous. On voudrait avoir assisté au coiih bat qui s'est Kvré dans «on cœur.
lions ne pouvait produire les mêmes effets. Si les deux héroïnes exigent de leur amant une vengeance et un meurtre, Hermione est cruellement outragée par une injure récente, dont le contre-coup émeut le spectateur qui vient d'en être le témoin. Nous sommes en présence d'une femm^ dont Tinfortune nous afflige, que la passion aveugle, et qui sera plus à plaindre encore, lorsqu'elle aura satisfait ses ressentiments.
£n est-il ainsi d'Emilie ? Non : car il y a vingt ans que son père Toranius a s'jkccombé dans les proscriptions. Or, si cette perte cruelle légitime des représailles, on ne peut cependant oublier qu'Auguste a tout fait pour réparer un malheur dont la guerre civile est responsable. Aussi n'entrouB-nous pas facilement dans les colères de sa fille adoptive, surtout en voyant qu'elle accepte les bienfaits de celui qu'elle veut assassiner, autant par fanatisme républicain que par piété filiale. Que cette sœur aînée de Colomba poursuive l'accomplissement tardif de ce qu'elle regarde comme un devoir, nous l'admettrions du moins plus volontiers, si elle avait repoussé l'injure d'une tutelle qui lui semblait parricide. Ce n^est donc point par un entraînement de cœur, mais par un effort de réflexion, qu'on se prête à l'idée de ' cette vendetta contre laquelle Auguste pourrait invoquer le bénéfice de la prescription.
Du reste, il ne faut pas examiner avec trop de rigueur ces sortes de caractères auxquels un poète dramatique demande des moyens d'action plus que des mobiles d'intérêt. N'exigeons pas qu'ils nous touchent, mais simplement qu'ils nous attachent. Or Corneille y réussit en donnant à son personnage le mérite qui lui est propre, c'est-à-dire une noblesse d'âme que rien ne peut abaisser, et surtout une résolution que rien n'ébranle. A défaut de sympathie, Emilie nous subjugue donc par son énergie, par une grandeur qui impose le respect, et d'autant plus sûrement que les défaillances de Cinna font valoir sa constance.
Cette conception était d'ailleurs tout à fait conforme
à l'esprit du temps. On y pressent ces héroïnes de la Fronde, chez lesquelles les faiblesses du cœur seront le masque des intrigues politiques. Nous voyons en effet Emilie enrôler, elle aussi, son amant dans le parti de ses haines. Il suffit de son regard pour conquérir un imprudent à la plus téméraire des entreprises. Sa main sera le prix du sacrifice qu'ordonne sa vengeance ; et, pour la satisfaire, elle ne recule devant aucun scrupule. On ne s'étonnait point alors qu'une femme entrât si vaillamment dans la pensée d'un assassinat. Outre que les romans du jour avaient mis ces mœurs à la mode, l'heure est proche où M"' de Ghevreuse formera, de sang froid, le projet de tuer Mazarin ^, et trouvera des complices pour un caprice criminel qui n'échouera que par des circonstances indépendantes de sa volonté. Il y a donc des traits de ressemblance manifeste entre la fille de Toranius et ces amazones aventureuses, qui, pleines de confiance dans la vertu de leur sourire, osaient défier les victorieux, les élus de la fortune, préféraient l'exil à la soumission, jouaient la vie des autres parmi les hasards des conspirations les plus folles, eussent mis le feu aux quatre coins de l'Europe pour avoir le plaisir de renverser un ministre ou d'ébranler un trône, et, même dans la défaite de leurs ambitions, pouvaient s'écrier avec orgueil :
J*ai fait la guerre aux roiS; je l'aurais faite aux dieux.
Emilie dut être leur modèle. Car en France il est rare qu'un héros de théâtre ou de roman ne suscite pas des émules parmi ses admirateurs. Aux exemples qu'elle offrit rien ne manquait, pas même une conversion. Si elle n'aime ni la liberté, ni Ginna, mais uniquement sa vengeance, si elle nous paraît odieuse quand, parlant des bienfaits d'Auguste, elle dit.
Et des mêmes préscnls qu'il verse dans mes mains J'achète contre lui les esprits des Romains';
C. Voir Pouvrage de M. Cousin sur Mmû de Cherreuu» ' S. Acte I, scène ii.
ne finit -elle pas cependant, elle aussi, par déposer les armes et se repentir, lorsqu'elle s'écrie :
Ma haine va mourir que j'ai crue immortelle; Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle ■ ?
Ajoutons seulement qu'elle nous trouve un peu incrédules- C'est la faute de Corneille qui, jusqu'à la dernière scène', l'a montrée beaucoup trop insensible ' pour que ce dénoue ment semble vraisemblable.
Clnoai le répablicain et l'amant. Ses eontradietloiia. — Âme damnée d'Emilie, Ginna nous est encore moins sympathique; car, si le fanatisme peut ne pas déshonorer un héros, lorsqu'il se sauve par un air de grandeur, la bassesse et la perfidie révoltent. Or, au moment oà, pour empêcher une abdication qui rendrait à Home la liberté, mais déroberait sa vengeance à une irréconciliable ennemie, s'il se jette aux pieds d'Auguste, et s'écrie :
Que l'amour du pays, que la pitié vous touche ; Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche >,
cette hypocrisie n'est point d'un ' Brutus forcené. Dans cette scène, où il joue l'attendrissement, afin d'arracher à son bienfaiteur une résolution qui sera son arrêt de mort, nous ne reconnaissons que le désir de plaire à celle dont il attend une récompense. A plus forte raison s'indigne-t-on de le voir persister en son dessein, lorsque, cédant à ses instances, le prince lui donne la main de son amante.
U est vrai que le beau feu du conspirateur ne tardera pas à tomber, quand il envisagera de sang-froid l'acte qui lui parut d'abord héroïque, et qu'il appelle bientôt un crime abominable. Si encore cette défaillance n'était qu'une sur