‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 51 sur 193 · Acte I, scène vi · texte numérisé non relu

Acte I, scène vi

2. Goldoni, pour rendre plas moral le Menteur de Corneille, en a fait nn vil coquin.

3. Plusieurs poètes ont usé de la même recette. Nous lisons dans VEugène de Jodelle :

Premièrement estooné m'ont Avec leurs mots, comme estocades^ Capo de Diùu»y eetaphilade^t Ou autres bravades de guerre.

La Fontaine nous montre Mars ne dédaignant pas d'employer ce moyrn auprès de Vénus:

pliquê ce traYestissement ; car ces fanfaronnades sont un moj'ca de séduction; il veut éblouir de jolis yeux. II songe encoie au succès de ses vœux, lorsque, pour échapper au mariage que lui propose son père, il brode lô roman de sa paternité prochaine. Ces fables racontées d'un air si pathétique et si persuasif deviennent ici des res« sorts de l'action. Mais quelle excuse peut avoir l'histoire de la fête organisée sur l'eau, de la sérénade qui l'accompagne, du festin dont il décrit le menu, du duel avec Alcippe qui entre subitement, à l'instant même où Dorante le disait percé de deux coupsd'épée? Ce ne sont plus que les ébats d^une fantaisie déréglée, ou les symptômes d'une manie périlleuse. Nous n'avons dès lors sous les yeux qu'un original, ou un malade qu'il faut plaindre. Car, si cette infirmité ne nuit à personne, elle peut lui susciter de fâcheuses affaires. li va s'engluer dans ses trébuchets, s'enliser dans ces sables mouvants où l'équilibre et l'assiette manquent au pied qui s'enfonce à chaque pas. C'est du reste un châtiment, mais qui ne corrigera point le coupable : car il semble n'avoir pas conscience de sa faute, et le spectateur même ne souhaite^ guère qu'il en pâtisse, parce que, charmé de sa belle humeur, il le regarde comme un enfant terrible qui n'a pas encore l'âge de raison.

Géronte. L*accent tra|;lqne. — - L'idée morale n'apparaît que dans- la scène un peu tardive où, devenu victime de ses fictions. Dorante se trouve en face de son père qui lui reproche la bassesse et l'ingratitude de sa conduite. Cette explosion a le tort de détonner brusquement, comme un orage en un ciel serein. Jusqu'alors, le poète semblait ne songer qu'à nous divertir par les hâbleries inoffensives d'un héros plus espiègle que méchant; et voici que la

Peat-ètre conta-t-il ses sièges, ses combats Parla de contrescarpe, et cent autres merveilles.

Que les femmes n'entendent pas.

Et dont pourtaut les mots sont doux à leurs oreille .

[Neuvième fragment du Song^ de Vau3>.)

C'est austti par ce prestige qu'OlUello séduit Dcsdcmouc.

foudre gronde avec des retentissements tragiques. 'On en serait un peu surpris si des objections osaient s'élever contre un hors-d'œuvre dont les beautés sont supérieures à toute critique. Car jamais, sur notre théâtre, la inuse comique n'avait encore parlé le langage de la raison avec ce naturel et cette éloquence. Molière lui-même ne fera pas mieux. Quelle autorité dans ce vieillard dont l'indignation n'étouffe pourtant pas la tendresse! Il est bien d'un pays où l'honneur réside surtout dans la foi à la parole donnée, où un démenti est le dernier outrage, et se lave dans le sang. Ses éclats sont d'ailleurs justifiés par une indulgente afiection, puisqu'il vient de consentir au prétendu miariage de son fils, et de lui pardonner sa foliée N'a-t-il pas même eu la bonté de s'attendrir à l'espoir de revivre un jour dans ses petits-enfants*? crédulité dont il rougit maintenant, mais sans que le caractère paternel en souffre : car elle n'était que l'aveuglement de son cœur. Aussi, quand il apprend la fourberie d'un indigna, sa colère égale la complaisance qu'il avait mise à se laisser abuser. Le vieil Horace ne fut pas plus solennel contre le fils qu'il croyait lâche. Don Diègue n'est pas plus imposant lorsque, pour venger son injure, il s'écrie : Rodrigue^ as^ tu ducosur? Non, il n'y a pas moins de fierté doulonreuso

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