‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 52 sur 193 · DORANTE · texte numérisé non relu

DORANTE

Je sois donc marié, puisqu'il faut que j'achève.

(Acte IJ, scène viil.)

2. Quand Dorante lui a fait entrevoir cette paternité prociiainc, Géro&ld s'csi écrio:

pue de ravtjâcrûcnls je sens à cette fois I «

(Acte iV, scène iv.)

dans cette apostrophe de Géronte': « Êtes-vous gentilhomme? C'est le môme appel au sentiment de l'honneur. C'est pour réveiller une conscience endormie que, prodiguant les mots les plus cruels, il inflige à la forfaiture cette suprême offense :

Et dans la lâcheté da vice où je te voi,

Ta n'es plus gentilhomme, étant sorti de moi.

Pourtant, après ces légitimes transports, la nature reprend ses droits; et, d'autant plus affligé qu'il avait témoigné plus de faiblesse pour les fredaines de celui qu'il aime, il redevient père, dans ces plaintes qui ouvrent la voie au repentir:

Mais, dis-moi, te portois-je à la gorge un poignard? Voyois-tu violence, oo courroux de ma part? Si quelque aversion t'éloignoit de Glarice, Quel besoin avois-tu d'un si lâche artifice ? Et pouvois-tu douter que mon consentement Ne dût tout accorder à ton contentement. Puisque mon indulgence, au dernier point venue, Approuvoit à tes yeux l'hymen d^me inconnue^?

Quel dommage qu'un si magnifique sermon soit fait en pure perte I Car, si Corneille n'a pu résister ici à cet instinct du sublime qui ne cesse de le tourmenter, on dirait vraiment qu'il n'a pas eu l'intention de faire concourir cette crise' à la moralité de sa pièce. Ces accents qui nous émeuvent ne laissent-ils pas Dorante à peu près insensible? Sa vanité seule est touchée, lorsque, cherchant à s'excuser, et réduit à invoquer le témoignage de son valet à l'appui d'une parole qu'on ne croit plus, il entend son père s'écrier :

Tu ne meurs pas de honte

Qu'il faille que de lui je fasse plus de compte, Et que ton père même, en doute de ta foi, Donne plus de croyance à ton valet qu'à toi 1

1. Acte V, scène m. Il faut regretter qu'en faisant Dorante si frivole, Corneille loi prête parfois nne dnreté de cœur et une impertinence qui nous blesse. Il y a des mots trop irrévérents, ceux-ci par exemple :

Ah f qu'un père incommode un homme de mon âge I.... Le bonhomme en tient-il? m'en suis-je bien tiré?....

Non: il n'en mourra pas, et recommence à mentir de plus belle, jusque sous le coup de cette mercuriale, puisque alors môme il trompe encore son père sur les sentiments qu'il éprouve pour Clarice: ce qui nous vaut ce trait de Gliton :

Quoi ! même en disant vrai» vous mentiez en effet M Cliton. Le Mentor gO(|;aenaril. — Yoilà une des fusées

que lance avec tant d*à-propos ce valet dont le rôle seconf daire n'est point à dédaigner. Car il a sa physionomie distincte, avec ses échappées d'ironie, et ses saillies narquoises dont l'entrain ne languit pas. Bien que flatteur à Toccasion, il n'est point de la famille des Scapin, des Crispin, des Frontin et autres drôles habiles à exploiter joyeusement les vices du mattre. U serait plutôt une espèce de Mentor spirituellement goguenard, qui nous amuse par la naïveté de ses réflexions involontaires. C'est lui qui, voyant ressusciter Alcippe, murmure à l'oreille de Dorante :

Les gens qae vous tuez se portent assez bien.

II frappe des proverbes, à la façon de Sancho Pança, il a des exclamations spontanées qui jaillissent comme des éclairs de bon sens. L'étonnement, les impatiences et le dépit que lui causent les mensonges dont il est, malgré lui, le compère, sont autant de boutades aussi plaisantes que les imaginations de Doraute *.

Le style du Menteur. Ccurnellle et SfoUére. -*« Mais

l'excellence de cette comédie tient surtout à l'allure dégagée du vers, à la prestesse et au mouvement d'un style qui, sauf accident rare^, répond à tous les caprices d'une

1. Acte V, scène iv. Dorante, dans U scène lïl du ihèine acte, vient de denoer le change à son père qui voulait lui faire épouser Clarice. Il se dit épris de Lucrèce, ce qui est faux. Mais il va désormais soutenir cette gageure ; ce qui amènera le dénouement.

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