‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 60 sur 193 · Acte m, scène iv · texte numérisé non relu

Acte m, scène iv

8. Dans le récit d'Appien, Gléopâtre commence par égorger son mari, puis elle Une d'an coap de fl^he un de ses fils, et s'apprête à empoisonner Tautre. Antio*

ÉTUDSS LITTÉRAIRES. I. — 9

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duisant l'amour et la piété fraternelle, il adoucit des impressions qui révoltent la nature, et ces sentiments tendres concourent avec adresse aux péripéties d'une action fortement liée^ L'émotion redouble d'acte en acte, de scène en scène. Les complots et les crimes se correspondent, comme les attaques, les parades et les ripostes d'un combat singulier. Il y a donc là, quoi qu'on en dise, une construction très savante; et nous ne serons pas de ceux qui accordent leur louange aux incomparables beautés du cinquième acte, mais estiment ruineux les fondements sur lesquels il repose.

CléopÀtre. Le crime idéalisé par son audace même.

liacooieur locale^ — A lui seul, le Caractère de Gléopâtre suffirait presque à soutenir le drame, et l'on s'étonne même qu'elle ne lui ait pas donné son nom; car elle en est la figure maîtresse. Et pourtant, pas un seul mouvement de tendresse ne se laisse surprendre dans cette mère dénaturée qui s'apprête à sacrifier ses fils sans le moindre remords, lorsqu'elle voit leur vertu tromper l'attente de sa colère. Si elle joue un moment la comédie du pardon, c'est encore une perfidie qui brave les hommes et les Dieux. Écoutez cette explosion où se décHaînent tous les éclats de son orgueil, de sa haine et de son ambition:

Qui se venge à demi coart lai-même à sa peine : Il faut ou condamner, ou couronner sa haine. Dût le peuple en fureur pour ses maîtres nouveaux De mon sang odieux arroser leurs tombeaux^ Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense, Dut le ciel égaler le supplice à l'offense, Trône, à t'abandonner je ne puis consentir : Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir ; Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange.

chus n'a droit à aucune sympathie : il ne représente que les furies vengeresses. Il force sa mère à boire le poison qu'elle venait de lui verser. Oreste n'est pas plus inexorable, quand il frappe Ctylemnestre.

1 . La passion des deux princes est le nœud du drame. Elle explique la fureur croissante de Gléopâtre, la mort de Séleucus, et, par suite, le dénouement.

Le premier acte expose les raisons de la lutte imminente. Au second, le duel s'en> gage par la proposition de Gléopâtre ; le troisième est la riposte de Hodoguoe ; le quatrième enven ime la crise ; le cinquième la dénoue par la mort de Gléopâtre et la victoire de Rndogane.

Tombe sur moi le ciel, pourva que je me venge!

J'en recevrai- le coup d'un visage remis :

Il est doux de périr après ses ennemis ;

Et, de quelque rigueur que le destin me traite^

Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette'.

Jamais les sombres passions n'ont eu de plus forcenés transports. Le sens humain en est* même tellement interdit qu'on se demande avec une sorte d'effroi si ce luxe de cruauté n'est pas superflu.

Nous conviendrons eu effet que le cynisme de Gléopâtre est poussé à outr-ance, et qu'il entre parfois trop de fanfaronnade dans l'étalage de ses forfaits. Mais ces réserves ne nous empêchent pas d'admirer l'art du poète qui suit ennoblir le crime par l'intrépidité même de son audace^ et lui communique ainsi je ne sais quel air de grandeur*. Outre qu'il faut respecter les droits de l'imagination, et ne pas lui refuser le domaine de l'extraordinaire ou de l'exceptionnel, il convient encore de ne point oublier que nous sommes ici dans une de ces cours barbares où régnent, par tradition d'État, la ruse et la violence. L'héroïne appartient à ces familles royales de l'Asie où, comme dit Saint- Évremond, « il est d'usage que les pères se défassent de leurs enfants sur le plus léger soupçon, que les enfants étranglent leurs pères par impatience do leur succéder, que les maris tuent leurs femmes, que les femmes empoisonnent leurs maris, et que les frères comptent pour rien le meurtre de leurs frères. » Les liens de^la famille étant relâchés par la polygamie, les mœurs ont détruit ou diminué la force des sentiments naturels. Là, on n'est plus filsj époux et père : on est roi. C'est ce que Séleucus dit de Gléopâtre :

Elle fait bien sonner ce grand amour de mère; Mais elle seule enfin s'aime, et se considère ;

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