‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 66 sur 193 · En esta vita todo es verdad, y todo mentira · texte numérisé non relu

En esta vita todo es verdad, y todo mentira

3. Le rôle de Léontine y est tenu par un personnage nommé Astolfe.

4. Elle parut dans le tome III des œuvres du poète. -Il n'en existe pas d'autr.; édition. Calderoa t combiné deux pièces de Corneille Y Illusion ûoniqiÊM^ ot //craclius»

fait de rendre justice à la vigueur d'imagination dont témoigne l'art avec lequel Corneille sut féconder un germe découvert dans quelques lignes de Baronius. L'historien y disait tout simplement que la nourrice du dernier fils de Maurice, pour soustraire aux bourreaux le prince impérial, voulut sacrifier son propre enfant, mais que l'etnpereur, refusant de consentir à cet échange, préféra mourir avec tous les siens, par scrupule de religion, afin de subir une épreuve qu'il appelait « le jugement de Dieu. » Cette substitution, que le grand cœur d'une femme avait proposée, mais qui n'eut pas de suites, Corneille l'admit comme définitive, et son génie en déduisit logiquement tous les effets que pouvait comporter une action dramaliqu^e. Il supposa d'abord que le prince était réservé pour Theure de la justice. Afin de rendre cette situation possible, il prolongea de douze ans le règne de Phocas. Pour relever la dignité de l'héroïne à laquelle Héraclius devait son salut, il l'érigea en gouvernante, et supposa que, dans l'intérêt de sa vengeance, elle avait su capter les bonnes grâces du tyran. Ne pouvant changer les noms des empereurs de Constantinople, et l'ordre authentique de leur succession, il accepta î'Héraclius de l'histoire, mais falsifia sa naissance. Au lieu de lui donner pour père un préteur d'Afrique, il fait de lui le fils de Maurice. En même temps, il attribue à Phocas un fils, Martian, qu'il confie à Léontine, et appelle Léonce, du nom de l'enfant immolé à la place d'Héraclius. Enfin, il crée d'emblée Pulchérie, fille de Maurice *, épargnée par le tyran qui l'élève près de son trône, et la destine à celui qu'il croit son fils, dans l'espoir de légitimer sa dynastie par cette alliance. Tels sont les artifices qui constituent ce roman. Ils nous montrent à l'œuvre les procédés par lesquels fut élaborée l'intrigue dont l'origine n'est point un plagiat déguisé, comme Voltaire lejaisse entendre, mais une adresse pleine de ressources.

1 . Or Pnocas n'ayait qu'une fille, nommée Domitia, qui épousa un Priscus ou Crispus. Corneille prolonge la vie de rimpératrice Constantine, et ne la fait mourir que dans la quinzième année de sa tyrannie» bien qu'elle ait été sieriOée, avec ses ûlles, dans la cinquième.

Aies caractères. Phocas. licontlne. Pùlehérie. Réraelins ci Hartlan. Le style. — C'est par là que sie distingue cette tragédie. Aussi n'insisterons-nous pas sur les caractères qui suscitent plus d'une objection. Phocas, par exemple, est moins un odieux tyran qu'un père malheureux. Gomme il y a une sorte de prescription pour ses crimes qui datent de si loin, sa détresse présente nous les fait presque oublier. Au lieu de inaudire ses cruautés d'autrefois^ on serait tenté de juger qu'il est devenu trop débonnaire : car, dans le cours de la pièce, il ne se montre ni lâche, ni impie, ni trompeur, ni sanguinaire. Il nous étonne même par sa patience à supporter les injures. Loin d'emprisonner Pulchérie qui l'abreuve d'outrages, et conspire contre lui, il s'obstine à lui proposer la main de son âls qui ne veut pas d'elle, et dont elle ne veut point. Quand elle lui dit:

Tyran, descends du trône, et fais place à ton maître,

lise soumet et courbe la tête sous l'orage. Bref, il exciterait plutôt un intérêt de commisération qu'un mouvement de répulsion. *

Léontine n'est pas non plus à l'abri de toute critique. Nous admettons, puisque la légende le dit, que son dévouement à l'empereur Maurice et à sa maison soit allé jusqu'à l'oubli du sentiment maternel. Mais est-il dans la nature qu'elle prémédite un parricide plus de vingt ans à l'avance, et prédestine à ce forfait un fils adoptif dont la vertu devrait la désarmer*? Ce qui nous paraît plus fâcheux encore, c'est que son rôle, annoncé comme le moteur de l'action, finit par ressembler à celui de la mouche du coche. Car il se trouve que cette maîtresse femme, si »ûre dans ses calculs, a l'air d'une intrigante, lorsque le dénouement s'accomplit sans elle, à son insu, par les mains d'un agent subalterne, Exupère, qu'elle avait traité jusqu'alors avec le dernier mépris. Elle n'a plus qu'à se croiser les bras quand ce conspirateur de palais étouffe, sans prévenir

1. Lorsque Atrée fait manger à Thyeste ses propres enfants, c'est dans la crist de colère que provoque un récent outrage.

personne, le despote qu'il affectait de servir aveuglément. Etait-ce donc Ja peine de faire tant de bfuit^ et si peu de besogne?

Pulchérie a de la noblesse et de la fierté. Quand le meurtrier de sa famille la presse d'épouser le prétendu Martian, on aime à l'entendre dire :

Après l'assassinat de ma famille entière,

Quand tu ne m'as laissé père, mère, ni frère,

Que j'en fasse ton fils légitime héritier !

Que j'assure par là leur trône au meurtrier !

Non ! non ; si tu me crois le cœur si magnanime,

Qu'il ose séparer ses vertus de ton crime :

Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'hui

Que ton fils sans le sceptre, ou le sceptre sans lui. ^

Mais, tout en excusant sa colère, nous estimons que ses explosions sont trop brusques ou trop violentes. Oui, cette sœur d'Emilie est une furie encore moins avenante que l'autre. Ses scènes de bravade ne sont pas assez graduées : elle s'emporte dès l'abord à de tels excès d'arrogance que, dans les actes suivants, elle ne peut plus soutenir ce ton, sans tomber au-dessous d'elle-même. Elle répond à une proposition de mariage par un dëdain si insolent que l'on s'étonne de voir Phocas tolérer de pareils affronts, au lieu d'appeler ses gard'es, et de la faire emprisonner.

En somme, nos sympathies ne sont à l'aise qu'avec les deux jeunes princes, dont l'affection mutuelle et désintéressée, rappelle l'amitié généreuse d'Antiochus et de Séleucus, dans Rodogune, Qui ne serait touché d'entendre Héraclius dire à Martian :

Ami, rends-moi mon nom : la faveur n'est pas grande ) Ce n'est que pour mourir que je te le demande*.

Les deux Corneille, Pierre et Thomas, n'ëtaient pas unis d'un cœur plus fraternel. De tels accents nous reposent des notes stridentes, et mitigent Tâpreté d'une Muse parfois trop inhumaine. Cotte clémente douceur tempère ce

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