‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 67 sur 193 · Acte IV, scène m · texte numérisé non relu

Acte IV, scène m

ÉTUDES LltTÉRAlRES. I, — 10

qu'il y a de trop aride en d'autres parties dont on pourrait condamner la dialectique subtile ou ingrate par ces vers de Boileau :

En vain vous étalez une scène savante : Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Un spectateur toujours paresseux d'applaudir, Et qui, des vains efforts de votre rhétorique ' ' Justement fatigué, s'^dort, ou vous critique.

Tel est le travers à^Héraclius; mais il serait injuste d'y méconnaître les mérites d'une facture animée d'une, sève toute cornélienne. Dans ses couleurs si chaudes et sa trempe si ferme, ce qui m'agrée surtout, c'eî<t la simplicité de certains traits tout voisins du langage familier. Ainsi, quand Léontine dit naturellement :

Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé; Votre langue vous perd..,

laissons les puristes se récrier, et goûtons ces échappées qui ne font aucun tort aux fiertés d'un style viril. Ces négligences sont la grâce d'un maître chez lequel la grandeur s'associe toujours à je ne sais quel abandon naïf. On dirait un héros dont la noblesse native n'a pas besoin de vaine parure.

DON SAXGHE D'ARAGON

ï'reinier essai Au. dranift romantique. — Don Sanche

d'Aragon est une de ces pièces qu'on ne lit guère, dont on ne parle pas, et qui pourtant méritent l'attention, ne fût-ce que pour avoir été le premier essai du drame romantique.

La théorie du genre se trouve du moins en germe dans

VÈpître où Corneille dit expressément * : « S'il est vrai ([uq la crainte ne s'excite en nous que quand nous voyons souffrir nos semblables, et que leurs infortunes nous en font appréhender de pareilles, n'est-il pas vrai aussi qu'elle pourrait être excitée plus fortement par la vue des malheurs arrivés aux personnes de notre condition, à qui nous ressemblons tout à fait, que par l'image de ceux qui font trébucher de leurs trônes les grands monarques, avec qui nous n avons aucun rapport qu'autant que nous sommes susceptibles des passions qui les ont jetés dans ce précipice : ce qui ne se rencontre pas toujours?» N'est-ce poin,t le programme de cette révolution qui consiste à ne plus chercher au-dessus de nos têtes l'idéal de la terreur ou de la pitié, mais à le demander aux événements do la vie privée ? Il est vrai d'ajouter que Corneille se fit illusion en estimant que don Sanche réalisait ces conditions : car il y a du sang royal dans les veines de son héros. Mais l'instinct d'un art nouveau n'en est pas moins sensible en cette tragi-comédie que nous allons brièvement analyser.

I«*actlon. li'orguell castillan, et rinstinot démoeratiqne. — Élevé par un pauvre pêcheur dont il se croit le fils, Carlos s'est signalé par des prodiges de valeur accomplis au service d'Isabelle, la jeune reine de Castille que le vœu public invite à se choisir un époux. Trois grands d'Espagne lui sont recommandés par les États du royaume : mais son cœur hésite à se prononcer; car il est engagé par d'autres sympathies qui se déclarent en cette occasion solennelle. Piquée du mépris que ses prétendants affectent pour la naissance obscure de Carlos, elle l'admet à siéger près d'eux en son conseil; et, séance tenante, elle le comble d'honneurs qui l'égalent aux premiers personnages de sa cour :

Gh bien ! seyez-vous donc, marquis de SanHllane,

Comte de Pénaûel, gouverneur de Burgos.

Don Manrique, est-ce assez pour faire seoir Carlos /

1. Cette dédicace e9t adressée à M. de Zuyiichem, conseiller et secrélairo de monseigneur le Prince d'Orange. En IGJI, en plein ■ l'ronJc, il n'y avait plus guère d"arc<'Til nu'"' 1 cli\Mj;»c»*.

Elle va même jusqu'à lui conférer, avec son anneau, le privilège d'élire par son suffrage celui qui sera bientôt3 en Tépousant, le souverain de la Gastille :

Je Tait fait votre égal ; et, quoiqu'on s*en mutine, Sachez qu'à plus encor ma faveur le destine. Je veux qu'aujourd'hui môme il puisse plus que moi : J'en ai fait un marquis ; je veux qu'il fasse un roi.

Marquis, prenez ma bague, et la donnez pour marque Au plus digne des trois que j'en fasse un monarque *.

Alors, resté seul avec ses rivaux, Carlos leur parle ainsi :

Comtes, decet anneau dépend le diadème.

Il vaut bi?n un combat; vous avez tous du cœur|

Et je le garde

DON LOPË.

A qui, Carlos?

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