‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 71 sur 193 · Acte U, scène m · texte numérisé non relu

Acte U, scène m

Et^ si Flaminius en est le capitaine,

Nous pourrons lui trouver un lac de Trasimèuc *,

Il y a donc de l'Achille en ce prince : il croit vivre dans ces temps épiques où un héros combat à lui seul une armée tout entière. Mais ce défaut, qui d'ailleurs est de son âf^e, le rend plus théâtral, surtout devant un public français auquel ne déplairont jamais les attitudes chevaleresques.

Cette jactance est d'ailleurs tempérée par une nuancé que Corneille associe très adroitement à ces boutades trop belliqueuses. Je veux parler de l'admiration secrète que Nicomède éprouve pour les ennemis qu'il déteste. Ce fut là un sentiment commun à tous les adversaires qui méritèrent de se mesurer avec Rome*. Leur haine recouvrait une involontaire estime. Leur patriotisme était jaloux des vertus militaires et civiques dont ils enviaient la supériorité. Ce respect mêlé de crainte n'est-il pas visible dans celte réponse que fait Nicomède, lorsque Attale, déclarant sa tendresse à la reine d'Arménie, invoque le patronage de Rome en faveur de ses espérances :

Elle s'indigneroit de voir sa créature^ A l'éclat de son nom faire une telle injure, Et vous dégraderoit peut-être dès demain Du titre glorieux de citoyen Romain.

Vous l'a-t-elle donné pour mériter sa haine En le déshonorant par l'amour d'une reine ? Et ne savez-vous plus qu'il n'est princes ni rois Qu'elle daigne égaler à ses moindres Bourgeois ?

1. Ce trait, Corneille Tavait exagéré, lorsqu'il faisait dire à Nicomède parlant d'Annibal :

On me croit son disciple, et je le tiens à gloire; Et, quand Flaminius attaque sa mémoire, 11 doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître au recours du poison, Et n'oublier jamais qu'autrefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome.

(Acte II, scène m.)

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