Il fui joué le vendredi, 34 janyier
2- Dircé est fille de Laïus et de Jocaste, soeur d'Œdipe, épouse de Thésé«. Ce prioce, malgré la peste, veut rester à Thèbes, près d'elle :
Quelque ravage affreux qu'étale ici la posl<*, L'absence aux vrais amants est encor plus funeste.
172 CORNEIME.
Si le poète s'est mépris, l'écrivain du moins se recommande encore par des beautés de style où le maître a laissé sa marque, notamment dans ces vers sur le libre arbitre et la fatalité :
Quoi 1 la nécessité des vertus et des vic<»s D'un astre impérieux doit suivre les caprices I Et Phomme sur lui-môme a si peu de crédit Qu'il devient scélérat, quand Delphes Ta prédit ! L'&me est donc toute esclave 1 une loi souveraine Vers le bien et le mal incessamment l'entraîne ; Et nous ne recevons ni crainle ni désir De cette liberté qui n'a rien à choisir 1 Attachés sans relâche à cet ordre sublime, Vertueux sans mérite, et vicieux sans crime, Qu'on massacre les rois, qu'on brise les autels, C'est la faute des Dieux, et non pas des mortels. De toute la vertu sur la terre épandue Tout le prix à ces Dieux, toute la gloire est due. Ils agissent en nous, quand nous pensons agir. Alors qu'on délibère, on ne fait qu'obéir; Et notre volonté n'aime, hait, cherche, évite, Que suivant que d'en haut leur bras la précipite.
La Toison d'Or, tGO!>. — Un an après, en 1660, la Toison d'Or nous montre Corneille revenant à ses héros d'autrefois, à Jason et Médée, mais relativement innocents, puisque Jason en est encore à sa première trahison, celle d'Hypsipyle, et que Médée songe seulement à se faire enlever. C'est là que se rencontre ce vers d'Hypsipyle disant à la magicienne, sa rivale :
Je n'ai que des attraits, et vous avez des charmes.
Indécise entre la tragédie et Topera, cette pièce dut en partie sa faveur aux machines de Torelli que le marquis de Sourdéac mit enjeu, pour fêter le mariage de Louis- XIV et de Marie-Thérèse.
Sertorlns, 1069 • Sens hinforlqiie. li'aetion. lies caractères. Préludes 4a Césarlsme. — SertoHus^ dont la première représentation est du 25 février 1662, put faire croire, comme par miracle, au rajeunissement du génie
Qui crayonna
Vùme du grand Pompée, et Pâme de CinDa#
C'est bien la même vigueur, mais la passion manque à ce drame dont la politique est le seul ressort. Corneille y met en regard deux hommes d'État, et de guerre, Tun représentant la liberté de Rome, ses vertus et sa grandeur, l'autre couvrant de l'éclat de ôa gloire des ambitions qui frayaient la voie à César. Cette peinture, où revit un des spectacles les plus solennels de l'histoire, nous intéresse par des combinaisons savantes, et nous élever l'esprit par des idées généreuses ; mais elle n'émeut pas la sensibilité» Analysons brièvement ce sujet dont le héros est un vieux capitaine à qui deux femmeà font la cour, l'une par dépit, etl'autre par orgueil.
Sylla, chef de la faction patricienne, a forcé Pompée de répudier sa femme Aristie beaucoup trop attachée à la faction plébéienne. Indignée contre le despote qui a donné cet ordre, et son mari qui l'a exécuté, elle va se réfugier au fond de l'Espagne, près de Sertorius, le fermer défenseur de la liberté ; puis, elle lui propose sa main pour relever le parti de Marins, et venger ses injures conjugales. Mais l'embarras de ce général est grand : car il a su plaire aussi à Yiriate, reine de Lusitanie, qui sollicite l'honneur de l'avoir pour époux. Or, elle a plus de droits que tout autre, puisqu'elle soutient de toutes ses forces la cause du grand homme qui lutte contre la tyrannie romaine. Le voilà donc sollicité de deux côtés ; et cependant , il a des rides, des cheveux blancs, il est même borgne, s'il faut en croire Plutarque. Mais qu'importe l'outrage des ans? N'est-il pas illustre dans les combats? A ce titre seul, il séduit une Romaine, et une Espagnole plus fîère encore que toutes les matrones de la République. Aristie et Yiriate comptent ses victoires, et non ses années. Elles ne songent qu'à des représailles politiques : or, c'est une passion* que Sertorius peut satisfaire. S'il était tenté de se méprendre, on l'avertirait du malentendu. Lorsqu'il témoigne quelque dcsir de posséder le cœur d'Aristie,
cette citoyenne austère ne répond-elle pas ainsi à ce tendre mouvement :
Laissons, seigneur, laissons pour les petites âmes Ce commerce rampant de soupirs et de flammes; Et ne nous unissons que pour mieux soutenir La liberté que Rome est prête à voir finir.
Supérieure aux communes faiblesses, la reine Yiriate n'est, elle aussi, amoureuse que d'indépendance; et Sertorius ne saurait l'ignorer, quand elle lui fait cette déclaration :
Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte; Il hait des passions l'impétueux tumulte ; Et son feu que j'attache au soin de ma grandeur Dédaigne tout mélange avec leur folle ardeur. J'aime en Sertorius le grand art de la guerre Qui soutient un banni contre toute la terre. J*aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers, Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers, Ce bras qui semble avoir la valeur en partage. L'amour de la vertu n'a jamais d'yeux pour Tâge.
- Thamîre, qui lui sert de confidente, n'est pas moins altière que sa maîtresse ; et, au besoin, elle donnerait à Sertorius dos leçons de grandeur d'âme. Ne dit-elle pas :
Seigneur, quand un Romain, quaiid un héros soupire. Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire.
Cette concurrence de deux rivales finit par être pressante comme une sommation. Elles vont droit au fait, avec la franchise que voici :
r nfîn, me voulez-vous, ne me voulez-vous pas ? Êtes-vous trop pour moi, suis-je trop peu pour vous?
On le voit, ces amours-là sont froids comme la raison d'État*. Car, pour que la passion puisse nous émouvoir, il
1. Il n'y a de sérieux que l'amour de Perpenna. Il produit le dénoudn^nt, je veux dire le lâche assassinat dont Sertorius est viclime. Encore est-ce ia jalousie du pouToir plutôt que l'autre qui le détermine.
iisnit que ses victimes souffrent ou meurent de ses combats et de ses blessures.
A défaut du pathétique, l'ensemble est remarquable par la nouveauté des caractères, Timporlance des intérêts, et l'intuition du sens historique. Les sympathies de Viriate pour Sertorius ne sont que la haine de Rome. La reine de Lusitanie personnifie la fierté d'une nation qui, malgré la conquête de Scipion et les cruautés de Galba, 'né renonce pas à s'affranchir, et cherche dans les discordes civiles l'occasion de sa revanche. L'Espagne comprend qu'elle ne peut se sauver toute seule, comme l'avouent ces vers :
Rome seule aujourd'hui peut résister à Rome : II faut, pour la braver, qu'elle nous prête un homme, Et que son propre sang, en faveur de ces lieux, Balance les destins, et partage les Dieux.
Voilà pourquoi Sertorius proscrit trouve dans la péninsule la même faveur qu'autrefois la famille des Barca, Hamilcar et Hasdrubal, éloignés de Garthagepar la jalousie des Hannon. Ainsi conçu, le rôle de Viriate ne manque pas d'originalité. Nous aimons du moins en elle un mélange d'ironie et de coquetterie que relèvent ces nobles accents :
Et que m'importe à moi si Rome souffre ou non? Quand j'aurai de ses maux effacé l'infamie, J'en obtiendrai pour fruit le nom de son amie ! Je vous verrai consul m'en apporter les lois, Et m'abaisser vous-même au rang des autres rois ! Si vous m'aimez, seigneur, nos mers et nos montagnes Doivent borner vos vœux ainsi que nos Espagnes : Nous pouvons nous y faire un assez beau destin. Sans chercher d'autre gloire au pied de TAventin. Affranchissons le Tage, et laissons faire au Tibre.
Aristîe* peut aussi être regardée comme l'interprète de cette démocratie qui, éprise de Pompée, et répudiée par lui, veut restaurer la République par le patriciat. C'est le sentiment que traduisent avec force ces avances intéressées :