Nous craignons votre exemple, et doutons si dans Rome
Il n'instruit point le peuple à prendre loi d'un hsmme^
Vous aidez aux Romains à faire essai d^un mattre^
Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez Tètre. '
La main qui les opprime, et que vous soutenez ,
Les accoutume au joug que vous leur destinez;
Et, doutant s'ils voudront se faire à Pesclavage,
Aux périls de Sylla vous tâtez leur courage.
A ces soupçons ou à ces craintes Pompée riposte avec autant d'esprit que de vérité par cet argument personnel :
Ne vit-on pas ici sous les ordres d'un homme ? N'y commandez-vous pas^ comme Sylla dans Rome ? Du nom de dictateur, du nom de général, Qu'importe, si des deux le pouvoir est égal?
La conclusion de cet entretien, c'est que la République n'a plus d'avenir. Ses amis lui sont aussi redoutables que ses ennemis. Tous les partis travaillent également à sa. ruine, les uns par ambition, et le sachant, les autres sans le vouloir, et par les mesures mômes qui croient sauver un régime perdu. En relevant Timpuissante autorité du Sénat, en écrasant la démocratie, et foulant les provinces, Sylla va droit au même but que Marins convoitant le pouvoir au nom du peuple, et ayant l'audace de l'usurper, mais sans avoir ni les talents qui le méritent, ni Thabileté qui le consolide. Sertorius lui-même, sous apparence de sauvegarder l'ordre légal, est le premier à mépriser les lois, et prépare ainsi l'avènement de l'Empire.
A elle seule, cette conférence de Sertorius et de Pompée suivrait à expliquer des applaudissements qui étouffèrent les clameurs de l'envie. Gorneille se retrouvait tout entier dans les beaux vers que voici :
Si je commande ici^ le Sénat me l'ordonne. Mes ordres n'ont encore assassiné personne. Je n'ai pour ennemis que ceux du bien commun ; Je leur fais bonne guerre, et n'en proscris pas un. C'est un asile ouvert que mon pouvoir suprême ; ^
Et, si l'on m'obéit, ce n'est qu'autant qu'on m'aime.
filUDES LITTÉRAIRES. . ^ U
Détachons encore quelques traits de cette vigoureuse tirade :
Je n^appelle plus Rome un enclos de murailles Que ses proscriptions comblent de funérailles ; Ces murs dont le destin fut autrefois si beau N'en sont que la prison, ou plutôt le tombeau. MaiSj pour revivre ailleurs dans sa première force, Avec les faux Romains elle a fait plein divorce ; Et, comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis, Rome n'est plus dans Rome, elle est toute oii je suis^
En résumé, bien qu'il y ait des langueurs dans le quatrième acte où Sertorius n'est plus qu'un berger qui soupire, un air de grandeur protège jusqu'à la scène périlleuse où un& femme répudiée menace son mari, s'il ne la rep'end, d'en épouser un autre. Après tout, les héroïnes de la Fronde pouvaient offrir des modèles pour Aristie ou Viriate. Aussi n'est-il pas étonnant que l'une et l'autre aient su plaire aux contemporaines d'Anne d'Autriche, comme Sertorius et Pompée à des spectateurs parmi lesquels on distinguait Turenne et Gondé*.
Sophonisbe, 1663. Le dael 4e Rome et de Carfhagpe.
— Cette sève d'automne qui faisait reverdir le vieux chêne devait à peine ranimer encore quelques rameaux, lorsqu'en 1663 parut Sophonisbe^ cette œuvre où l'on ne peut que chercher pieusement les derniers signes d'une force qui se retire, et d'un feu qui s'éteint^. On sait que Sophonisbe,