L'épigramme commence ainsi
La vraisemblance est choquée en ta pièce Racine, si Ton croit el d'Oionne et Créqui.
Il serait scabreux de la citer tout entière, et surtout de la commenter. Mais nous devons la signaler comme un trait de mœurs littéraires.
2. Elle avait fait circuler de salon en salon la lettre sur Y Alexandre. Dans un billet au comte de Lionne, Saint-Évrémond s'en était plaint hautement. « Elle m'a fait, disait-U, un très méchant tour de montrer un sentiment confus que je lui avoiâ envoyé sur cette piëce, en lui recommandant de ne le faire voir à personne... Je ne connois point Ratine ; c'est un fort bel esprit que je voudrois servir. »
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courte qu'évasÎTe. Dans une lettre d'affaires, écrite à M. de Lionne, il ne dit en passant que ces mots peu compromettants : <c Andromaque a bien Tair des belles choses. Il ne s'en faut presque rien qu'il n'y ait du grand. Ceux qui n'entrent point dans les choses l'admireront; ceux qui veulent des beautés pleines y chercheront je ne sais quoi qui les empêchera d'être tout à fait contents. » Cette- réserve trahit le parti pris de ne désobliger personne et de s'abstenir *.
Snblli^y, et la Polie Qaerelle. — lies six larmes dt* illiiie de Sévigaé. — Si Saint-Évremond se garda bien de s'engager dans un mauvais pas, pour. le plaisir des oisifs, et baissa pavillon devant un triomphateur , il n'en fut point ainsi d'un méchant écrivain, Subligny*j dont la plume besogneuse, profitant d'une occasion où le scandale ferait bruit autour de son nom, composa une parodie à'Andromaqv£, intitulée la Folle Querelle, Il s'empressa de la porter au théâtre de Molière qui ne la refusa point ; car, depuis le divorce de Racine, l'émigration d'Alexandre^ et l'enlèvement de Mlle du Parc, il avait droit de représailles, et, cette fois, il en usa. Jouée le vendredi, 18 mai 1668, cette misérable satire bénéficia du voisiifage de Georges Dandin, et surprit un semblant de succès. On fit même à l'auteur de V École des femmes l'injure de la lui attribuer* C'était le calomnier; car, dans cette plaidoirie littéraire, l'avocat d'une mauvaise cause est aussi sot que partial. Il y met en scène deux fiancés qui doivent s'épouser, mais se cherchent noise à propos à' Andromaque^ et finissent par se tourner le dos. Le champion de Racine, Éraste, est à la fois un ignorant, un sot et un fripon. On devine qu'il est sacrifié d'avance à l'esprit et au savoir d'Hortense qui, dans
1. Saint-Évremond dit ailleurs : Andromaque m'a semblé très belle; mais je crois qo'on peut aller plus loin dans les passions. Ce qui doit être tendre n'est que doux; ce qui doit exciter de la pitié ne donne que de b tendresse. Oiêiidant, à tout prendre. Racine doit avoir plus de réputation qu'aucun autre, après i onieille. »
2. Perdon de ^ubligny, né «n l6't», fut avo<>at au Parlement. 11 (It jouer, le t" août 1670, le Désespoir exlvaiariant, et publia la Fauftsfo Chlie, satire de Mlle de Scuiléry. En i67l. il déi» ii<ii( lulrémce «outre l'abbé de Viiiars, 6t lit pUâitre eu 1677 uou i)iiiê6i^lal\oi\ f>ur La ùicux i^hcdvcs.
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la discussion, n'a point de peine à lui tenir tète, en attendant qu'elle reconduise de ses dédains victorieux. En prêtant à une femme des propos envenimés contre une œuyre qu'Henriette d'Angleterre favorisait de son suffrage, l'irrévérence d'un maladroit voulait peut-être atteindre de son ironie la charmante patronne à' Andromc^ue, Cette intention était bien digne de Timpertinence grossière avec laquelle il traitait l'épouse 0.'Hector « de grande bête », et Hermione « de guenipe* 5).
Mais oublions ces pauvretés, et terminons ce chapitre d'histoire en leur opposant le souvenir de Mme de Sévigné qui, malgré sa dévotion pour Corneille, ne se défendit pas contre une tragédie où elle retrouvait son cœur. Elle la vit représenter à Vitré, où une simple troupe de campagne lui fit pleurer « plus de six larmes* ». La mère d'Astjanax^ est ainsLyengée par la mère de Mme de Grignan.
Soiuree» antiques. — It'Aiidi^iiuiqne d^Boinère, et d'EoripIde. — I^e péril de Molossos. — Barluirle des mœurs héroii|aes. — Avant de juger ce parfait exemplaire de l'amour maternel, il convient de dire un mot des sources auxquelles Racine a puisé son inspiration^.
Dès la plus lointaine antiquité, Andromaque représente l'épouse et la mère. Elle est déjà la Lucrèce de V Iliade *. Modeste, cachée dans le sanctuaire du foyer domestique, aimant son mari avec respect, et son fils avec une tendresse attristée par de sombres pressentiments, souriante parmi ses larmes dans la scène des adieux funèbres, elle voit bientôt le cadavre d'Hector traîné par le char d'Achille ; et,
1. S'étant permis de refaire certaines scènes d' Andromaque^ il disait : « Voilà ce que M. Corneille eût fait, et peiU-êire eût-il mieux fait encore. » Un de ses principaux griefs était rinconvenance d*Oreste tutoyant Pylade. Ceci lui paraissait un crime contre l'étiquette, attendu que les rois ne se tutoient pas. Racine sut profi-^ ter de certaines critiques. Il supprima, au cinquième acte, la scène m où Andromaque faisait triste figure en face d'Hermione et de ses imprécations. Il modifia plusieurs vers.