‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 257 sur 344 · L'ENCYCLOPÉDIE ET SA GENÈSE · texte numérisé non relu

L'ENCYCLOPÉDIE ET SA GENÈSE

fhilosophiques. Au fond, et quoi qu'en dise d'Argenson, le motif léterminant était probablement un trait sardonique à l'adresse des beaux yeux d'une amie du susdit ministre.

L'Encyclopértîe et sa genèse. — Cependant Diderot s'était allelé depuis trois ou quatre ans à l'œuvre de l'Encyclopédie.

Le mot d'Encyclopédie est déjà dans Rabelais, qui mérite bien d'avoir trouvé le mot, étant lui-même déjà la chose, pour son temps. « Panurge, dit Thaumaste, m'a ouvert le vray puilz et abysme de encyclopédie. » Le mot se retrouvera dans Naudé, et la chose était d'ailleurs l'ambition de tous les robustes savants du XVl^ siècle, témoin, dès 1542, la massive Cornucopia de Cœlius Rhodiginus (Ricchieri), le maître de Scaliger. Mais on peut dire qu'elle fut réalisée pour la première fois en France, parle Dictionnaire de Juigné (1644) ou plus vraiment par le Grand dictionnaire historique de Moréri (1674), qui sera dans toutes les mains et suscitera celui de Bayle, dont Diderot était grand lecteur.

L'idée de V Encyclopédie, avant de réussir pleinement chez nous, avait fait à l'ordinaire un crochet à l'étranger par Londres, où Diderot s'approvisionnait assidûment, comme nous verrons. Il avait paru là, en 1727, une Cyclopaedia, œuvre d'Ephra'in Chambers, qui avait eu un vif succès. Une traduction française en avait été commencée, que Diderot fut chargé par le libraire Le Breton de mener à bonne fin. Aussitôt et avec cette sorte de mégalomanie intellectuelle dont il était atteint et qui, cette fois du moins, le servit bien, il enfla dans sa tête le plan de l'original, s'inspira de l'esprit et de la tactique de Bayle, ne visa à rien moins qu'à faire un inventaire critique de la science humaine et lança un prospectus où l'œuvre projetée était intitulée : Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts, des métiers : « Le but d'une Encyclopédie, disait la préface, est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre, d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous, afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain ».

5i)0 DIDEROT.

C'était tout un monde à porter dont Diderot sera l'Atlas, suivant le mot de Voltaire, et d'Alembert THercule intérimaire et l'éloquent préfacier. Et ce monde était si explosif, une telle machine de guerre, qu'à y regarder de près — ce qui n'est pas ici le lieu, — on verrait qu'elle a fait sauter l'ancien régime, dans l'ordre intellectuel s'entend.

Diderot, outre la direction générale de l'entreprise, fournit à l'Encyclopédie un millier d'articles grands et petits de omni re scita et scibili et .quibusdara aliis, parmi lesquels les meilleurs sont les politiques et surtout les philosophiques, sur Leibnitz et Spinoza, Pythagore et Platon, etc., qui justifiaient ce mot de Voltaire : « Tout est dans la sphère d'activité de Pantophile Diderot.... C'est le seul homme capable kle faire l'histoire de la philosophie. »

Le privilège de VEncyclopcdie est du 21 janvier 1746; les deu.x premiers volumes de 1751 et le vingt-huitième et dernier de 1771. Deux interdictions en avaient entravé la marche, l'une de dix- huit mois, en 1751, l'autre officiellement de six ans, en fait de six mois, en 1759, après le septième volume. Cinq volumes de suppléments, puis deux tables, en tout trentecinq in-folio, furent enfin publiés de 1777 à 1780.

Dénombrement de ses antres œnvres. Vicissitndes de leur publication. — Cependant l'Atlas de Y Encyclopédie avait gardé la tête et les mains assez libres pour lancer une multitude de productions où son génie polygraphe s'est donné carrière, avec une étourdissante fécondité, et parmi lesquelles nous relèverons : La lettre sur les sourds et les muets à Vusage de ceux qui entendent et qui parlent (1751); Pensées sur l'interprétation de la nature (1754); les deux pièces du Fils naturel (1757) et du Père de famille (1758), sans oublier les Entretiens qui les escortent et où sont exposées ces théories dramatiques que complétera son traité De la poésie dramatique, dit Poétique à Grimm; ses Salons, dans la Correspondance de Grimm : le roman de la Religieuse (1760) ; le Révc de d'Alembert (1769) ; le conte des Deux Amis de Bourbonne (1770); Ceci n'est pas un conte (1772); le Supplément au voyage de Bougainville (1772); le roman de Jacques le fataliste (ITiZ); le Paradoxe sur le comédien (1773-1778); le Neveu de Rameau, dont une première ébauche remonte à 1762;

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