BIOGRAPHIE : SES DÉBUTS, SES VICTIMES. 2S
11 semble pourtanl qu'après Malherbe et Corneille il ait suffi de se régler sur d'excellents modèles. Hais il n'en fut rien. Et d'abord Corneille lui-même avait eu ses écarts. En lui se confondaient le puéril et le grandiose, la déclamation et la simplicité sublime, l'emphase espagnole et le pur génie français. En fait, de {6â7 à 1660, toute tradition périclitait, faute d'une doctrine qui fil loi. Dociles aux influences de la mode, tes intelligences flottaient à l'aventure dans une anarchie qui ressemblait au péle-méle politique de la fronde. Autant la prose était déjà sûre d'elle-même, autant la langue du vers fut alors indécise et factice. Les beautés du Cid n'avaient point fait prendre en dégoût les platitudes de Scudéry. On mettait le père Lcmoine au même rang que Virgile. L'invasion espagnole, rcpousséc de nos provinces, se continuait toujours dans notre littérature. La contagion de ses défauts, subtilité précieuse, afféterie, abus des métaphores, clinquant, mis à la mode par l'école de Gonyora, d'où leur nom de Gongorisme, avait atteint les deux genres qui se partageaient les suffrages mondains, l'un soutenu, qui comprenait les pièces de théâtre, les poèmes descriptifs et l'épopée; Tautre, galanl,oà foisonnaient les vers à Iris, les badinages renouvelés de Marot, les requêtes et les remerciements, en un mot, ces mille riens qu'on appelait conceptos au delà des Pyrénées, et concetU au delà des Alpes. On cherchait le grand fin, le fin des choses, le fin du ;tn ',
Les vlclimeH de Bollean. — Deux sortes de poètes usurpèrent la faveur des salons. C'étaient d'abord les contîauateui's de Ronsard, restés fidèles à ce système de facilité prolixe qui permit à leur mallre d'expédier quatre cents vers dans sa journée. Ainsi Godeau, évêque de Grasse, improvisait en un jour trois cents vers en stances de dix. Dans VAlaric de Scudérj il n'y a pas moins de cent cinquante descriptions. L'une, celle de la bibUoihèque d'un ermite, tient presque la moitié du cinquième livre. Puis venaient les prétendus disciples de Malherbe, ceux qu'il eût désavoués, ces puristes qui, outrant ses prescriptions jusqu'à l'absurde, ne se proposaient que des tours de force, transportaient la difficulté des flioses aux mots, et s'in-
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géniaieut k rimer richemeut des pauvretés. L'un d'eux, Gomberville, s'était rendu célèbre par sa haine pour le mot cor : il en demandait l'abolition à l'Académie, et se vantait de ne l'avoir pas employé une fois daas les cinq volumes de son Polexandre. Or ne disons pas que Boileau allait fondre sur des gens à terre; car ces oubliés d'aujourd'hui tenaient alors le haut du pavé, grâce aux grands seigneurs dont il^ furent les clients, ou aux coteries qui les prônèrent comme leurs patrons. S'en prendre à Chapelain, par exemple, n'était-ce pas s'exposer aux vengeances de ses Mécènes, du duc de Longueville qui doubla sa pension pour le consoler d'une épigramme, ou du duc de HontauBter qui voulut bâtqnner La Ménardière et jeter Linière à la Seine, pour leur apprendre à respecter son favori?
Car tout n'irait que mieux Quand de ces médlsans, l'engeance tout entière Irait, la tète en bas, rimer dans la rivière.
{Sat. IX.)
Tous ces improvisateurs médiocres se tenaient d'ailleurs par la main. Le quartier général de leurs cabales fut, entre autres, le salon de Mlle de Scudéry, où, se réunissant tous les samedis autour du poète de la fuceUe, ils se concertaient pour affermir leur crédit, et ruiner celui de leurs adversaires. En 1696, ils tenaient encore La Bruyère en échec, après son discours académique. Qui pourrait contester la puissance occulte ou déclarée de ChapelaÎD, ce grand distributeur des gr&ces que Colbert, dans le voisinage des maîtres, choisissait pour régler la répartition des libéralités royales? Séguier se vit forcé de supprimer un privilège donné à La Ménardière, pour le punir d'une critique contre Chapelain. Des comédiens de Clermont furent censurés pour l'avoir joué sur leur théâtre. Oui, lancer un trait contre le mieitx renié de tous Ut beaux espritn, c'était presque un attentat de lèse-majesté, vers le temps où six éditions de la Pucette inachevée s'épuisaient en dix-huit mois, et quand Louis XIV faillit donner pour précepteurau Dauphin celui devant lequel Racine lui-même s'inclina si bas, en disant ; > Je rapporterai le jugement de M. Chapelain comme le texte de l'Évangile, sans y rien changer >•
SON ORIGINALITÉ DANS LA SATIRE LITTÉBAIRE. iS^
Boileau fut donc seul contre tous, lorsque, dans' le sileDce
universel, il résolut de s'iasurger contre le personua^ qu'il
rendit ridicule, au moment où les plus grands tremblaient
devant ses oracles. Cette témérité qui pervl d'abord uu scandale, et eut bientôt pour elle tous les rieurs, il en prit Tinitiative, à ses risques et périls, et se proposa d'opérer dans la poésie française une réforme analogue à celle que Pascal avait accomplie dans la prose. Or il j réussit à ce point que l'on peut dire, en un certain sons, avec M. D. Nisard : ■ La matière d'un grand siècle existait en France, avant Boileau, de même qu'avant Louis XIV, dans la France victorieuse de l'Espagne et de la féodalité, il y avait la matière d'une grande nation. Hais comme il fallait un Louis XIV pour organiser cette nation, et lui apprendre ce dont elle était capable, il fallait aussi un Boileau pour diriger toutes les facultés, discipliner toutes les forces, et faire voir à la France une image éclatante de son génie dans les lettres. > Disons du moins que Boileau contribua plus que tout antre à enhardir Molière, Racine et La Fontaine, i les éclairer sur eux-mêmes, et hâter l'heure où ils se fixèrent dans la perfection.
L'arlglMMUM de B«IIean. — Voilà son originalité vraie. Elle Consiste dans la satire littéraire. Vengeur et conservateur du goût, il parle sur ses contemporains comme la postérité même. U ne fut en défaut que bien rarement, lorsqu'il mit Voiture à côtéd'Ilorace,quandilméconnut quelque temps Quinault, quand il oublia de nommer La Fontaine. Sans se laisser troubler par l'influence des personnes, les caprices de la mode ou les intérêts d'amour-propre, il sut mettre chacun à sou rang, discréditer les uns par ses censures, consacrer les autres par son estime, seigner toutes les bienséances du langage, et graver dans tous les esprits, en traits ineffaçables, les vérités qui doivent être la c science de tout écrivain. En dehors de celte magistrature exer par un juge presque infaillible, nous accorderons volonti que ses devanciers lui ont été supérieurs. Horace et Régt sont des moralistes ou des peintres près desquels pâlit un talent de conception qui dévie aisément vers le lieu commun, et ne se relève que par le détail de la facture ou l'agrément du portrait. Ajoutons pourtant une restriction. Où suffisent l'imafttuois LnrtRAiRBi, u. — n
XSS BOILEAU.
giaation et l'esprit, Régnier excelle ; mais pour fustiger les vices, il manque d'autorité ; et Horace n'en a pas de reste avec tout son bon sens. Mais, dès qu'il s'a^t des ouvrages de l'esprit, il reprend tous ses avantages ; car c'est là que triomphe sa faculté souveraine, cette pure raison dont il a pu dire, Eaas craiadre un démenti :
Sais-tu pourquoi mes vers sont lus dans les provioces, SODt recherdiés du peuple, et reguscbeE les princesT Ce n'est pas que leurs sons, agréables, nombreux, Soient toujours à l'oreille également heureux : Qu'en plus d'un lieu le sens n'y gâne la mesure) Et qu'un mol quelques fois n'y brave la césure, Hais c'est qu'en eux le vrai, du mensonge vainqueur, Partout se montre aux yeoi, et va saisir le cœur: Que le bien et le mol y sont prisés au juste. Que jamais un faquin n'y tient un rang auguste, Et que mon cœur toujours, conduisant mon esprit, Ne dît rien aux lecteurs qu'à soi-même il n'ait dit. Ha pensée au grand jour partout s'offre et s'expose. Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose. (Épitre IX, K Stignetay.)
En ce domaine qui lui est propre, quelle nouveauté dans ce style vif, net et tout personnel! Comme il sait donner à chaque idée son relief et sa lumière! Quelle plénitude d'expression! que de justesse dans sa verve! que de sincérité dans ses éclats! Quel accent de poêle anime les arrêts d'un législateur toujours Adèle à sa maxime :
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable I
Un de ses chefs-d'œuvre en ce genre est cette satire Dt qu'it adressait à Son espiil. Dans ce sujet familier, il revit tout entier; nous l'y retrouvons tel que nous le montre ce beau buste de Girardon, que l'on peut admirer au Musée de sculpture. C'est la même attitude un peu flère, avec ce port de télé assuré que ne dépare point la uoblesse d'une ample perruque; voilft bien son regard fin et viril, son sourire moqueur, sa bouche railleuse et mordante, dont Is lèvre entr'ouverle ne sait pas retenir le trait, cette cordialité qui tempère ses brusqueries, ce mélange d'humeur sourcilleuse et de franchise enjouée, oà l'ingénieux
l'houhe et le poète. 259
s'associe au judicieux, ce qui commuDique h. l'easemble de sa physionomie un air d'autorité dout le caractère imposant n'exclut poÎDt l'attrait d'uue bonhomie sympathique.
L'b»Baae et le p»Ate> — 11 y eut en effet peu d'hommes d'nn commerce plus sur. Si la sévérité de ses jugements condamna des vers misérables à un juste mépris, la dignité de sa vie fut aussi la censure des mœurs littéraires qu'il réforma par ses exemples. En recevant les dons du souverain qui représentait l'État, il n'aliéna jamais son indépendance. Louis XIV faisant uujour rechercher le grand Arnauld, pour l'envoyer à la BastillO) < Le roi est trop heureux pour le trouver *, ditBoileau. N'osa-t-il pas qualifler Scarron de c méchant poète > devant sa veuve, alors toute-poissante, et épouse secrète de Louis XIV! Tandis que tuit de muses mercenaires se mettaient aux gages des sots de qualité, il conserva, par sa tenue, le droit de dire bien haut :
TravailleE pour la gloire, et qu'un sordide gain Ne soit jamais l'objet d'un illustre écrivain!
Il ajoutait, il est vrai, à l'adresse de Racine, forcé par des nécessités domestiques de vendre ses ouvrages :
Car ses ouvrages, il les donna, sans compter, et son désintél'essement égala sa générosité' Le célèbre avocat Patru ayant été réduit k vendre ses livres, Despréaux lui acheta sa bibliothèque un tiers de plus iju'elle ne valait, et à la condition qu'elle ne lui reviendrait qu'après le décès de son premier possesseur. Nous avons déjà vu, et d'après le témoignage d'un de ses ennemis, fioursanlt, qu'en 1663, la pension de Corneille ayant été supprimée, il courut chez le roi, prêt k of^r la sienne à l'auteur de Ctrma s'il n'avait pas obtenu réparation d'un oubli qui l'indignait. Aussi, de quel prix n'était pas son amitié! 11 protégea Molière vivant contre les menées d'une cabale hypocrite, et il versa sur sa tombe et sur le ■ peu de terre obtenu par prière » une larme vengeresse : il mérita que
Racine, à son lit de mort, lui Ht cet adieu : • Je reg&rde comme
un boaheur de mourir avant vous *.
L'accuser de sécheresse serait donc calomnier na honnête homme, dont la sensibilité ne fut pas moins ardente à l'éiogo des bons ouvrages qu'au blâme des mauvais. Car, lorsqu'il loue, c'est à. plein cœur, et d'un vers passionné, sous lequel tressaille l'émotJon d'une flme que réjouit le bonheur d'admirer. Vojei alors comme il se déride, et s'épanouit. Quelle chaleur pénétrante! Quel feu de conviction! Y a-t-ilun applaudissement plus attendri, plus fraternel que cette épltre à Racine (1677), où chaque mot porte, où, par une éloquence dont les beautés ne sont que l'instinct de la justice, il se montre tout à fait digne du haut rang qu'il occupe parmi les msitres de son siècle, c'est-à-dire arbitre puissamment établi dans un genre où il excelle, n'enviant rien à personne, distribuant la sentence avec une impartiale équité, respecté des uns, craint des autres, et classant ceux mêmes qui sont au-dessus de lui, comme le Caton de l'Elysée Virgilien : Hû danteinjura Catonmiî
Chre«*locle de ses satires et de ses épiires. — Ne pouvant ici le suivre dans toutes les occasions où se déployèrent les mérites que nous venons de signaler, distinguons du moins les principales périodes de sa vie littéraire, et pour les rendre plus nettes, dressons le tableau chronologique de ses satires et de ses èpitres. Leurs dates en eifet ne concordent pas avec leurs numéros d'ordre dans les éditions, et cette discordance peut amener des erreurs sur l'histoire de l'esprit et du rôle de leur auteur. 11 les faut dater ainsi : de 1660 les deux satires I et VI (le Départ du Poêle et les Embarrai de Paris), qui d'abord n'en faisaient qu'une ; de 1663, la satire Vil {Ski- la satire) ; de 1664, les satires II et IV (A Molière, la Rime et la Raison; les Folies humaines); de 1665, les satires III et V {le Repas ridiaik; la Nobksse); de 1667, les satires Vili et IX(i'/fonime; A soneiprit); de 1692, la satire X {les Femmes); de 1698, la satire XI {l'Honneur) ; de nos, la satire XII {l'Équivoque) ; — de 1660, les épitres I et II, qui d'abord n'en faisaient qu'une (Au ilôt, tes Avmitages de la Paix ; A l'abbé des Roches, les Plaideurs) ; de 1672; l'épître IV {Au Roi, le Passage du Rhin) ; de 1673, l'épitre III (A Ârnauld, la Fausse Honle); de 1674, l'épitre V (A M. de auilUragues, la
CHRONOLOGIE Dm SATItlES ET ÉPITRES. 261
Cotmaistance de toi-même) ; de 1675, les épltres VIII el IX (Au Roi, les Délassements pendant la paix; Au marquis de Seignelatf, Rien n'est beau que te vrai); de 1977, les épltres VI et VII (A M. de Lantoignon, les Plaisirs des champs; A Haeine, l'UtUtté des ennemis); de 1605, les épîtresX, XI et XU (Ames vers; A mon jardinier ; A l'abbé Senaudot, l'Amour de Dieu).
Les trois priBcIptUes ép^quo de nu vie linéaire. — 1° hs, première, qui va de 1660 À 1666, est toute militaate. Ces huit anaées correspondeat à la jeunesse d'un poète dont la lèl6 grisonna de bonne heure : elles comprennent neuf satires. Les unes (III, IV, V, VI, VIII) se distinguent par la vivacité du badinage, ou l'art de tourner élégamment les plus menus détails en descriptions plaisantes. Boileau s'y montre versificateur habile, exact, scrupuleux et piquant, mais moraliste de second ordre. Les sujets sont petits. C'est du simple bon sens relevé par des portraits. Les quatre autres (I, II, VII, IX), purement critiques, nous font assister à ses combats contre les sots rimeurs. Ce sont les plus intéressantes ; car il est là comme à la fêle, il s'en donne h cœur joie. C'est en vain que Cotin lui prodigue l'injure et la calomnie, l'appelle le sieur Des Vipéreaux, l'accuse « d'ériger partout des autels h. la débauche, par le décri de la raison et de la justice, par la profanation du trône », ces Ubelles diffamatoires ne désarment pas l'ironie d'un bon sens qui
Appelle un chat un chat, el Rollel un fripon.
Chapelain a beau travailler sournoisement pour faire briser le sceau du privilège accordé au < satirique efitéué i, Boileau, qui ne prétend h aucune pension, n'en est pas moins impitoyable à chasser les inb'us du Parnasse, et à donner, dans la neuvième satire, le coup de grâce k ses enoemis impuissants. Ce fut aussi vers le même temps qu'il se moqua des héros de roman, duis un dialogue où il fustigeait le Cynu et la GUUe de Mlle de Scudéry; mais, pour ne point chagriner « cette brave fille » qui, « après tout, avait encore plus d'honneur que d'esprit », il attendit sa mort avant de livrer à l'impression une parodie dont r&-propDs divertissait les compagnies. . . .
20 La seconde époque, qui s'étend de 1669 à f 677, est celte de t.,ooylc
86a BOILEAO.
sa maturité. Haltre du champ de bataille, fort de son crédit k la cour et des suffrages publics, il s'apaise de plus en plus. Sa répùtatioD même l'oblige k des méDagements. Apprécié du FOi, qui le nomme son historiographe, il épargne des vaincus, et songe à profiter de sa victoire pour donner des lois à la poésie rentrée enfin dans le devoir. C'est alors que, sous la dictée d'Horace, dont il n'a pas la grâce et l'abandon, il promulgue son Art poitique(l61i}, non sans récréer ses loisirs par les quatre premiers chants du Lutrin (1612-1674). Ce changement de Ion est sensible dans ses épitres, où il dit en propres termes :
Aujourd'hui, vieut lion, je suis doux et trailable; Je ue sens plus l'aigreur de ma bile première Et laisse aux froids rimeurs une libre carrière.
(Èpilre V.)
Si le démon le tente encore, ce n'est que par Turlive reprise et comme à son insu. Ses hyperboles contre les femmes (Satire X) ne prouvent-elles pas, avec une certaine incompétence, qu'il a perdu l'habitude de la satire, et n'y est {dus à gou aiaeî A celle diatribe on préférera donc VÈpttre à Lamoignon, qui témoigne d'une imagination presque souriante, d'une sérénité philosophique et capable de délicieux passe-temps. Cette veine de gailé rassise se joue aussi en toute liberté dans l'épopée comique où l'esprit des fabliaux et du Ronum de la Rose taquine sans méchanceté les gens d'église, et tourne encore l'amusement en leçon liltéraira. 11 est en effet visible qu'il veut ici prolester contre la manie du burlesque; car, au lieu de dégrader les grands sujets, il rehausse une humble matière, et transforme en héros de minces personnages. Tout en rendant justice à l'adresse du poète, M. D. Nisard regrette qu'il y ait disproportion entre la richesse de son art et la pauvreté ds sa matière, « qu'un esprit si viril s'épuise à peindre un lutrin, à allumer poétiquement une chandelle, k parodier les plaintes de Didon dans le discours d'une perruquière délaissée, et les paroles d'or de Nestor dans la harangue de la Discorde aux amis du trésorier; à décrire un combat à coups d'in-1'olio arrachés à la boutique de Barbin ». Vraiment ces scrupules ne font-ils pas voir un peu trop de délicatesse? Ne chicanons pas notre plaisir quand il est de cette qualité.
l^S TROIS ÉPOQUES DE SA VIE UTTÉRAIRB. 263 3* La troisième phase, celle du décliD,Ta de 1677 & 1711. Elle a ses lueurs eucore, puisqu'elle nous vaut deux chants du Lutrin. Mais il est manifeste que l'haleine commence à devenir courte. Ne parlons donc pas de l'Ode à Namur, ni des ingrates satires sur VÉquivûque et l'Amour de Dieu : car ce sont les derniers soupira d'une muse désormais trop janséniste, que gagne aussi cette extinction de voix pour laquelle Boileau, valétudiaaire et quinteuK, allait prendre les eaux de Bourbon, pendant l'été de 16B7. Les sources commençant & se tarir pour sa verve désenchantée, l'aigreuret les jeux de mots remplacent ces irrésistibles saillies qui emportaient la pièce. Bref, il ne sut pas prendre & temps sa retraite. He^u tardivement k l'Académie française — où nous avons vu que La Fontaine avait été son concurrent préféré, et où le retard du consentement du roi pour ce dernier permit aux deux amis d'entrer ensemble, — en 1*83, à quarante-sept ans (car son ftpreté lui avait fait bien des ennemis); attristé par la perte de Racine, il fut encore assombri par des intlrmités douloureuses, une sorte de disgrâce de cour, le deuil des désastres publics, et le sentiment exagéré d'une dLécadence prochaine. 11 désespérait de l'avenir, et sa vieillesse chagrine croyait trop & la Ha du monde. Puis de nouveaux écnvains, les Boyer et les Pradon, par un effet de mirage,, étaient en train, dit-il lui-même, de lui paraître de» soleils. A ceux qui s'informaient de sa santé, il répondait par ce vers de Malherbe :
Je suis vaincu du temps, je cède k ses outrages.
Ce fut donc sous l'impression des plus amers pressentiments qu'il mourut d'une hydropisie de poitrine, le 13 mars 1711, entre les bras du chanoine Lenoir, son confesseur, chez lequel il demeurait, au cloître Notre-Dame, depuis qu'atteint de surdité, il avait vendu la chère maison d'Auteuil, où quatorze ans durant s'étvent galment rencontrés ses illustres amis : il avait soixutte-quinie ans. On l'enterra sans pompe, suivant son désir, dans la Sainte-Chapelle, au-dessous de la place occupée par le Lutrin qu'il avait rendu si fameux. Exhumés en lioo, ses restes furent transportés, le 14 juillet 1819, dans l'église Saint- Germain- des-Pré s, où ils reposent encore.
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