‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 107 sur 244 · Snf le véritable légialateur das trois t · texte numérisé non relu

Snf le véritable légialateur das trois t

dateur du clatiiciimt, ml nul arnul Ooilta«, par Eag«ne

SES DEVANCIERS : HORACE ET L'ÉPITBE AUX PISONS 367 d'une méprise, et l'effraye par la OFainle d'un ridicule qui ne serait pas de légère conséqueDCe. Gomme il s'agit d'un fïls de famiUe appelé par sa naissance èi jouer un rôle daus l'Etat, l'accident deviendrait plus grave que pour tout autre. Cette leç<m nous rappelle Alcesle disant à Oronte, non sans détours :

CrojieE-moi, résistez à vos tentations;

Dérobez au puttlic ces occupations,

Et n'allez point quill«r,.de quoi que l'on vous somme.

Le nom qne dans la cour vous avez d'honnête bomme.

Pour prendre dans la maiu d'un avide imprimeur

Celui de ridicule et misérable Buteur.

Quoi qu'il en soit de ces ingénieuses hypothèses, il est certain qu'Horace ne se donna point pour un régent du Parnasse. Ce fat même après sa mort, et tardivement, que son opuscule reçut de l'indiscrète admiration des grammairiens le titre d'Art poétique qui lui a valu tant de critiques sur ses lacunes et les irrégularités de sa composition, et qu'il se vit isolé des autres é pitres;

Aussi n'y cherchons pas, c6mme l'ont Tait quelques-uns, l'unité d'un enseignement suivi. A plus forte raison serait-il téméraire d'admettre, avec certains savants, que le décousu de la lettre aux Pisons est la faute de ses éditeurs, et qu'on peut, en imaginaut un plan nouveau, rétablir en un corps harmonieuE les membres épars d'un poète que Daniel HeinsiuS compare k Penthée déchiré par les Bacchantes. Accommodons-nous plutôt de l'allure capricieuse d'un vif et libre raprit.qu'eilt attristé- la Hgueur d'un procédé trop méthodique, et dont les causeries déconcertent volontiers l'attente du lecteur par l'imprévu des soudaines rencontres auxquelles s'amuse sa fantaisie.

N'en déplaise à certains hyperc ri tiques d'outre-Rhin, qui ne voudraient voir en lui qu'un traducteur d'Aristote ou de Platon, nous aimons donc mieux Horace tel qu'il est, ne jurant sur la parole d'aucun maître, se souvenant sans doute des meilleurs, mais n'exprimant jamais leurs idées qu'en son nom, c'est-à-dire contrôlées par son expérience, et confirmées par son goût personnel ; en un mot, soucieux avant tout d'une indé-

ses BOILEAU.

pendsncé qui, étant la source même de sa verve, devient aussi la conditioD du plaisir qu'on éprouve k goAter la fine fleur de son bon sens discret, exquis et libéral.

Éminemment pratiques, les lois qu'il nous dicteen se jouant et sans avoir l'air de nous faire la leçon, peuvent s'appliquer à tous les emplois de l'imagination. Il fait une part égale à l'art et à la nature. Il raille les originaux qui se croyaient de grands génies, parce qu'ils se rendaient ridicules par les excentricités de leur cerveau malade. Il se moque de l'inspiration artificielle et des bohèmes de son temps. Il exige du poète la conscience de ses forces, la raison, un fonds solide de pensées pilisées dans la philosophie morale, l'alliance de l'agréable et de l'utile, l'étude constante de la nature, l'unité de conception, la liaison des parties, le respect des lois qui conviennent à chaque genre, les lenteurs laborieuses de la lime, la docilité modeste aux leçons de la critique, et, pardessus tout, les qualités de l'honnête homme. Cependant il a principalement en vue la tragédie et l'épopée. Or c'est à l'antiquité grecque, h elle seule, qu'il emprunte ses modèles, et il n'admet rien en dehors des traditions que lui doit le génie latin. Il oublie trop les origines littéraires de Rome. Il veut qu'elle emprunte k la Grèce ses différentes espèces de vers, qu'elle puise même dans son vocabulaire, pour enrichir le sien. Voilà pourquoi le rôle du chœur lui parait un élément indispensable de toute oeuvre dramatique. Il ne suppose même pas qu'on puisse jamais s'en passer. Il ne voit pas que, chez les Grecs, l'importance du chœur alla diminuant à mesure qu'on s'éloignait des premiers âges. Lorsqu'il parle du poème épique, llliade et l'Odyssée sont aussi les seuls exemplaires qu'il ait sous les yeux. La Grèce est donc vraiment l'unique patrie de son imagination ; et si le Romain se retrouve ici, nous ne le reconnaissons guère que dans les censures du satirique, dont l'ironie dédaigneuse raille, chez ses compatriotes, la médiocrité négligente, l'indulgence d'un public ignorant et brutal, les grossières plaisanteries de Piaule, qu'il traite avec trop d'injustice, enfin la sottise de ces métromanes que leurs parasites décoraient du titre de poètes. En résumé, VÉpUre aux Pisons n'a jamais eu la prétention d'être un code promulgué par un de ces AHstarques

SES DEVANCIERS : VIDA; J.-C. SCALIGERJ VAUQUELIN. 269 qui tienneat école. Elle fut surtout un &dieu aux Huses, le testament d'un poète qui, prenant sa retraile, se fit critique, pierre d aiguiser, comme il dn(fungarvice eotis), ou qui plutôt se délass<ut ea des entretiens charmantg par l'aisance du tour, la variété du ton, la souplesse d'une parole agile, et le bonheur d'une expression toujours forte, concise, mordante et spirituelle.

VMa. Jalea*César Heallger. — Parmi les imitateurs' d'Uorace, une mention est due à Vida de Crémone (1490-1S66), ce prélat tout païen, ce latiniste élégant, qui, pénétré de l'esprit antique, prit la cour de Léon X pour celle d'Auguste, et sut accommoder au goût de la Benaisaance un. pastiche habile, où les rhétoriciens peuvent apprendre à dérober adroitement aux classiques les idées el les mots, le fond et la forme.

Sa Poétique fut longtemps classique, mais elle fut détrônée, dans l'école, en 1561, par la Poétique en prose latine du savant, pédant et bypercritîque Jules-César Scaliger (1484-1558). Celuici, ayant tiré à lui l'autorité d'Aristote, la rendit tyrannique, fut le véritable législateur des trois unités et le fondateur en titre de l'esprit néo-classique, avec tout son réseau de règles méticuleuses qui menèrent d'abord les apprentis humanistes à la lisière, mais auraient fini par eutraver l'essor des plus beaux ' génies, si l'on ne s'en était peu h peu affranchi '.

Ee> prédèeesaenra fMaçate de Bolleas t VkDqaeUn de ■■ FreuÉBle (<S14), etc. — Chez nous aussi, Boileau compta plus d'un prédécesseur depuis Fabri. Thomas Sebilet, Claude Boissière, Jacques Pelletier, Pierre de Loudun au xvi° siècle, jusqu'à La Mesnardière (1848) et CoUetet (1658). Parmi ceux qui lui frayèrent la voie, un seul mérite ici quelque attention.: c'est un compatriote de Malherbe, Vauquelin de la Fresnaie. Il entreprit un Art poétique, vers 1574, sur l'invitation de Henri III, qui venait de passer du trône de Pologne à celui de France. Tout en paraphrasant Horace avec complaisance, ce disciple de Ronsard caraolérise, non sans originalité, les divers genres où s'était essayée jusqu'alors notre littérature nationale. Il anime aussi la jeunesse en célébrant les exploits de la Pléiade. Si l'art de la composition lui fait trop défaut, il ouvre des jours

1, Voir Bt J.-C. Scalit/ei-i Poeline, par G. Liotilbac. Paria, HacbetUi 1881.

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sur le moyen Age et même sur la littérature provençale, et se recommande par d'beureuses rencontrée de pensée, par l'abondance d'un style assez franc, surtout par le souci constant d'approprier i. des temps nouveaux des préceptes antiques.

Hais seuls les historiens de la critique gardent la mémoire de ces travaux auxquels manque le crédit d'une grande renommée. H&tons-nous donc d'arriver k l'œuvre décisive que Boileau composa, de 1669 à 1674, dans la force de l'^e et la verdeur de son talent. Après avoir ruiné la vogue des méchants auteurs, il voulut en effet consolider sa victoire ; et les doctrines que confirmaient ses propres exemples conquirent dès l'abord une autorité si souveraine qu'on peut les regarder comme la profession de foi littéraire du xvii° siècle. L'analjse qui va suivre prouvera du moins que son Art poétique est encore le plus précis, le plus complet et le plus régulier.

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