‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 108 sur 244 · II. — ÉTUDE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

II. — ÉTUDE LITTÉRAIRE

1. Premier ehMit, — L» v*eMlMi. — Le premier chant, qui sert comme de préface à l'ensemble, nous offre des préceptes, généraux qui conviennent à tous les genres et à tous les écrivains. Boileau commence par interdire l'entrée du Parnasse au téméraire

Qui ne sent pas du ciel l'Influence secrète.

A propos de ce début qui est le libre commentaire d'Horace :

Tu nihil imita faciès dicesve Uinerva.... Sumile materlsm vestris, qui scribltis, tequani ViribuB, et vereate diu quid ferre récusent

Quidvaleant humeri

(ËpttreauiPiSoDB.)

la verve de sa plume satirique s'égaye aux dépens des illusions ordinaires à la vanité t qui se flatte et qui s'aime *. Tel fut, par exemple, Saint-Amand, qui sait

Gharbooner de ses vers les murs d'un cabaret)

ogic

L'ART POÈTiQVË : LÀ. ItlME; L'ART D'ÉCRIBE. mais échoue misértiblemeDt dans le poème épique, et,

Or, ces méprises, le bon sens pourra seul nous les épargner dans la poésie qui n'est plus à ses ;eux un art frivole, mais une des formes de l'art de penser :

Que la rime lui obéisse • en esclave > : elle le doit, elle le peut, comme le prouvent ici même, par leur perfection, des vers aussi fortement pensés que richement rimes.

L* rlMe et 1» ralaoa. L'art d'écrire, éenella à éviter. Pria* elpales rèflea d« la prvsotie. — C'est encore la raison qui préservera la plume soit de ces ■ faux brillants > dont il faut laisser à lltalie < l'éclatante folie i, soit de cette prolixité dont Boileau raille « l'abondance stérile t, en faisant une allusion indirecte à ce troisième chant d'Alaric, où Scudéry décrit avec un luxe fastidieux l'architecture d'un palais magique. De là cet

Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire.

N'allez pas toutefois vous jeter d'un excès dans un autre; car, il faut bien le reconnaître, avec Horace (/n vitium dtteit culpx fuga, « eartt artt) :

Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire : ^^

Un vers était trop faible, et vous le rendei dur? •^(■j

J'évite d'être long, et je deviens obscur.

Voulez-vous être assurés de plaire au lecteur qu'impatientent ces défauts, visez surtout à < varier vos diiQOvrt >, à mêler, selon un autre précepte d'Horace, l'utile à l'agréable (uttit

Seulement, que la plaisanterie ne dégénère point ei Le style le moins noble a pourtant sa nobtesae.

S72 BOILBAU.

Aussi r&uteur du Lutrin proûte-t-ii de l'occasion pour condamner le burlesque comme un attentat, nous dirions presque comme une impiété qui révolte à la fois son goût et sa conscience :

Que ce style jamais ne souille votre ouvrage,

s'écrie-t-ii avec une sorte de colère.

Hais, en revanche, gardons-nous de Vempkase; et n'imitons pas Brébeuf qui, dans sa Pharsale, entassait c de morts et de mourant» cent montagnes plaintivet *.

Tout en mêlant de vifs croquis aux conseils judicieux qui nous signalent des écueils féconds en naufrages, Boileau touche aux règles de la. prosodie, en des vers dignes d'être cités comme des modèles de précision didactique et d'harmonie imitative :

Que toujours dans vos vers le sens coupant les mois Suspende l'iiémieticlie, en marque le repos. Gardez qu'une voyelle h courir trop hfttée Ne soit d'une tayelle en son chemin heurtée!

Eq résumé, l'art du poète et du versilicateur consiste à satisfaire • l'esprit et l'oreille > des honnêtes gens. OHglMes de wtlre poésie. Vllloa, Hartt, BoBNud. — Ce

talent, le moyeu âge en ignora le secret. S'engageant alors témérairement; par une transition assez ioattendue, sur un terrain où il tâtonne, l'Âristarque d'un siècle dédaigneux de nos anciens esquisse les origines de notre poésie nationale. Pourtant, au lieu de le taxer ici trop rudement d'ignorance et d'indiscrétion, il est plus équitable d'observer que Boileau n'a pas visé k esquisser un historique de la poésie française, mais seulement de notre versillcation : cela atténue singulièrement la portée des censures qu'on s'est plu k lui infliger h cette occasion, trop heureuï que l'on est de prendre en faute le législateur du Pâmasse. Cette réserve faite, constatons qu'attribuer à Villon le mérite d'avoir su le premier.

Débrouiller l'i

c'était avouer une ignorance que n'avait pas eue Vauquelin, mais que Boileau partageait avec une société trop amoureuse

L'ART p. : VILLON; marot; bonsabd; malherbe, 873 d''elle-inéme. Cktmme elle, il semble donc n'apprécier que par out-dire cette muse plébéienne, dont les accents si gaulois ont une mélancolie qui ra droit au cœur.

Marot n'est guère mieux traité, puisqu'on disant de lui qu'il

Fit lleurir les ballades,

Toarna les triolets, rima des mascarades,

A des retrains réglés asserrit les rondeaux.

Et trouva, pour rimer, des chemins tout nouveaux,

il met une erreur sous chaque mot : car la ballade florissait bien avant la venue de ce gentil esprit qui ne Ht ni triolets, ni mascarades, mais excella surtout dans l'épUre badine, le ma-i drigal, l'épigromme, et le coq-à-l'àne, dont Boileau ne dit rien, faut« d'avoir asseï approché ce poète sur lequel il aurait dû, tout au moins, consulter son ami La Fontaine. Quant à Ronsard, il essuie de bonnes vérités, cet ambitieux

L'ironie de Boileau a beau jeu contre des prétentions pédantesques ; et pourtant, trop loué par les uns, le chef de la Pléiade n'a-t-il pas été trop dénigré par les autres? S'il fit plus de bruit que de besogne, s'il n'a pas tenu ses promesses outrecuidantes, s'il prit l'emphase pour la noblesse, son zèle d'érudit pour du feu sacré, l'imitation pour l'inspiration, il réussit du moins à dérouiller le vers héroïque, il rencontra l'ode par hasard, il eut le sentiment du rythme, il sut enchaîner des strophes, il assouplit l'alexandrin, U inaugura des genres inconnus de nos pères, il excella même dans l'élégie et la chanson, et suscite, toutes les ambitions littéraires, que les siècles suivants allaient réaliser : nous conclurons donc en disant que Boileau ne le juge pas, mais l'exécute.

■alkerbe, Sea tradlUonat conacllB (énéntax. — C'était de sa part une antipathie de nature. Aussi quel soupir d'aise lorsqu'il peut s'écrier :

ÏTODa UniRMBES.

T,»glc

^ place enteigna le pouToir,

EtTë^îiûit la Muse aux règles du devoir.

Par ce sage écrivaio la laogue réparée FTotTrit plus rieD de rude à l'oreille épurée ; Les s lances avec grSce apprirent à tomber, El le Ters sur le vers n'osa plus enjamber.

Dans cette effusion, n'y a-t-il pas un accent de piété filiale? Oui, on y reconnaît l'héritier d'une doctrine et le continuateur d'une tradition qui fera foi.

Dq Malherbe à l'obligation de la clarté, de la correction, du travail patient, de l'uniEé, de l'ordre, le passage est facile, et Boileau prêche ici d'abondance. Aussi les sentences, les arrêts, les formules et les oracles coulent-ils de source :

Avant donc que d'écrire apprenez il penser.... Ce que l'on conçoit bien s'énonce claJremenl, Et les mois pour le dire arrivent aisément.... Travaillez à loUir, quelque ordre qui vous presse.... Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage..,. Polisseï-le sans cesse, et le repolissez.... Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu, Que le début, la Un répondent au milieu.

Ce sont là paroles d'or, et qui justifient ce mol de Voltaire : 1 Ne médisons pas de Nicolas, cela porte malheur >.

11 n'est pas moins infaillible quand il recommande à l'écrivain d'être pour lui-même ■ un sévère critique >, et ajoute :

Faites-vous un ami prompt h vous censurer.

Or le conseil avait tout son à-propos, dans un temps où l'on pratiqua si naïvement l'art de placer l'adulation à gros intérêts, où Chapelain, par exemple, fut si complaisant, que Voiture l'appelait ( l'excuseur de toutes les fautes >. Au portrait du flatteur toujours prêt à t trépigner de joie et h. pleurer de tendresse », Boileau oppose l'ami rigoureux et inflexible dont il peut, comme Horace, tracer l'esquisse d'après nature. Car il n'a qu'à se souvenir de son rôle vis-à-vis de Racine, de Molière et de La Fontaine. Mais s'il y a quelque chose de plus rare que la franchise d'un juge désintéressé, c'est la docilité d'un amour-

l'ART POÉTIQUE : n' CHANT; L'IDYLLE. 87S

propre qui se corrige. Aussi est-ce encore à l'expérience qu'est empnialé le motif de la scène comique par laquelle il termine ses préambules, et dont le déDoûmenl est ce vers si coimu :

Va Bot trouve toujours un plus sot qui l'adoiire.

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