LES SATIRES MORALES
mère de l'EU>ge de la Folie, p&r Érasme. £n traçant les caractères du pédant, du galant, de l'hypocrite, du libertin, de l'avare, du prodigue et du joueur, Boileau côtoie un paradoxe, car il prétend démontrer que chacun.de nous a tort de se croire raisonnable, et que le plus sage est celui qui, l'étant à son insu, traite son prochain avec indulgence. Parmi les insensés dont il se moque, il se garde bien d'omettre les poètes médiocres; mais il conseille de ne point dissiper leurs illusions, car elles les rendent heureux. Développé trop longuement, ce thèmes qui manque de distinction ou de Torce, est semé d'épigrammes dont la pointe parait quelquefois émoussée.
8»llre V, 46es I L'inllalenr d« Javénal. Vm konrgeoU. — Nous préférons la satire V, dédiée au marquis de Uangeau. Pour y prendre à partie les héritiers dégénérés des nobles maisons, il ne fallait pas autant de courage qu'on l'a dit, car on sait que Louis XiV laissa pleine liberté — si même il ne les encouragea pas — aux railleries dont Molière poursuivit la fatuité des marquis. D'ailleurs, en fnstigeant les sots qui n'avaient pas d'autre titre que la naissance, Boileau se mettait è couvert sous le patronage d'Horace (l. Il, sat. VI) et de Juvénal surtout (sat. VIII) dont te crédit classique lui assurait l'impunité. En traduisant ou paraphrasant avec bonheur son modèle, il donna carrière à son franc-parler et à ses propres sentiments. Aussi aimons-nous dans cette mercuriale ta protestation du mérite personnel et de la bourgeoisie intelligente, contre l'impertinente vanité de ces nobles indignes qui déshonoraient le nom de leurs aïeux par la bassesse de leurs actes et de leurs mœurs dont de scandaleuses mésalliances étaient les moindres écarts.
SftIIre VIII, ISS'*. Le paradoxe fu hnx Alcesle. ^ L'accent est bien moins élégant dans la satire VIII, dédiée & M. Horel, docteur en Sorbonne, où il se plut h opposer une fois encore les Folies de ihomme à l'instinct raisonnable des animaux. Le fond de sa plaidoirie est une de ces contre-vérités qui valent uniquement par la forme. Or on ne peut nier qu'ici, malgré des traits ingénieux qui rivalisent avec Horace (I. 11, sal. III) ou JuTénal, l'avocat manque trop de conviclion pour être un Aiceste, On sent bien que sa prétendue misanthropie n'a rien de sérieux et ne désire pas gagner son procès. Dans le
ch&pitre (les Jugetnentt, La Bruyère devait reprendre cette thèse, mois avec plus d'originalil«. Du reste, ni l'un ni l'autre n'a voulu ou n'a pu démonU-er la supériorité de l'ine sur l'homme. Sfttire X. Conlevr |wiséNt«te. — N'insistODs pas non plus sur la satire X, où les femmes sont si maltrailées par un célibataire et ua valétudinaire qui, orphelin de naissance, n'avait pas connu le sourire d'une mère. Cette pièce désagréable, mais étincelanle de talent, fut pourtant une des joies suprêmes du grand Arnauld, dont le cœur tressaillit, en y lisant un anathème contre l'Opéra et les romans, ainsi qu'un hommage rendu à l'éducation de Port-Royal :
L'épouse que lu prends, sans tache en sa conduite, Aui vertus, m'a-t-on dit, dans Port-Boyai instruite, Aux lois de son devoir rtgle tous ses désirs.
Mais Bossuet lui reproche < de faire de belles peintures d'actions souvent très laides > {Traité de la coneupiscenee, ch. xviii). Quant auE lettrés, ils distinguent le tableau de la lésine, afll'eusement personnifiée par le lieutenant criminel Tardieu et sa [èmme. 11 y a là cinquante vers qui font bonne figure, entre Jnvénal et certaines pages de l'Eugénie Qrandet d'Honoré de Balzac.
Vme veclimle. Satires XI et XII, <«98 el 170E. — Après s'être déshabitué de la satire pendant vingt-cinq ans, Boileau eut une rechute, vers la fin de sa vie. La mort de Racine, des infirmités douloureuses, une demi-disgrâce de cour et < la vieillesse chagrine * l'induisirent en tentation : il commit alors deux satires dans lesquelles l'aigreur se substitue h la colère, et les jeux de mots à la plaisanterie. Dans la première, sur l'Honneur (1698), il discerne le faux honneur du véritable. C'est un sermon dont les redites et le prosaïsme trahissent l'affaiblissement de l'âge.
La seconde, écrite en 1705, est tout empreinte de jansénisme. L'n jour que Boileau se promenait dans son jardin, en méditant une satire contre les méchants critiques, un mot ambigu l'arrêta : il voulut le changer, et ne le put. De là cet excès de dépit qui lui suggéra un réquisitoire contre l'Équivoque. 11 voit en elle le mal universel. Son premier effet fut la chute d'Adam.