‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 117 sur 244 · LES SATIRES LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

LES SATIRES LITTÉRAIRES

An déluge, elle entra dans l'Arche bous la forme du serpent. Depuis, elle s enfanté toutes les idolâtries et toutes les hérésies. A ce propos il se déchaîne contre les casuistes, et venge ses amis de Port-Royal, dont on venait de saccager l'asile, A qui serait trop dur pour un poète dont le sonffle languit, rappelons qu'il était alors septuagénaire.

Satire* llUéntires. Lenr à-pp«pos. P«Uee do Pamaase. PUc« ans Haltreal — Pour efTacer cette dernière impression,

hâtons-nous de rendre justice à. ses satires liltérairr fi, qui toutes ont leur prix ; car elles accomplirent une oeuvre aussi courageuse que nécessaire, même k l'époque où, sans être encore installé à la cour, Despréaux se bornait à être le plus vif esprit de la place Dauphine et è faire la police dans la Galerie ou chez les libraires. Il sut dès l'abord mettre chacun à son rang et dire lout haut sur les faux Aristarques ou les ennuyeux ce que plusieurs pensaient, mais sans oser le déclarer à personne, ni se l'avouer à eux-mêmes. Les Chapelain et consorts furent ainsi chassés de l'estime des Colbert, et n'eurent plus d'autre refuge que l'autorité morose et surannée des Montausier. 11 fit de la place dans les intelligences jusqu'alors encombrées de préventions, si bien que les vrais poêles purent enfin apparaître et se loger en pleine lumière.

En discréditant des oracles dont le pédanlisme avait usurpé la confiance de la ville et de la cour, il fut aussi le premier qui prêcha d'exemple, et rendit la langue des vers respectablt^ mime aa goût exigeant d'un Pascal qui en avait dénoncé les • oripeaux >. Non seulement il en finit avec la foule des rimeurs à la mode, mais il remit en vigueur la toi de Malherbe :

Si J'écris quatre raols, j'en elTacerai trois;

et il en apprit la pratique À son jeune ami Racine, à Molière, qui rimait k bride abattue, et & La Fontaine, dont la nonchalance laissait volontiers flotter les rênes. Il fut ainsi le guide, le chef do chœur.

EtaUre VD, IS«3. Ar«logle 4u gemrc- — Parmi les pièces qui expliqueot cet ascendant, citons d'abord celle où il fail l'apologie de la salire. Délibérant avec sa Muse comme Horace avec^ Trebatius (1. 11, sat, 1), il se demande s'il ne doit pas fuir les dangers de la voie où il s'engage. Certes un froid panégyrique offrirait plus de sécurité, car la franoliise se fait des ennemis jusque dans les milieux où on l'applaudit. Mais le moyen d'échapper h une impérieuse vocation? Stérile pour l'éloge, la veine du poète ne coule de source que sollicitée par la haine des sots et le mépris des fripons. Ainsi le veut son destin. 11 ne peut résister au plaisir de risquer un bon mot, dfil-il lui coûter cher. Sans doute, il ne corrige personne; du moins, il intimide et chàlie. N'est-il pas utile de venger le goftt et la vertu? Si le satirique ne tirait sa légitimité que du besoin de médire, il serait au-dessous de ses vioiimes : roaift, s'il obéit à sa conscience, il exerce une sorte de magistrature. Or c'est & ce litre que Boiteau mérite les suffrages de la postérité.

Satire IX, sa* chet-d'mnvre, 1667. Len »mls et pwttMnn de BoileaB. Un fai'*ri de Lonla XIV. — Qui ne respecterait l'auteur de cette satire IX, dont Fontanes a dit : « C'est peutêtre le chef-d'œuvre du genre »* Elle riposta victorieusement aux nombreux ennemis que lui avaient suscités ses sept premières satires. Sous prétexte de confesser les défauts de son etprit, il réfute ses propres accusateurs et se justifie de tous les crimes qu'ils lui imputaient. En traitant, h. ce propos, ses sujets de prédilection, ceux qui intéressent l'art d'écrire et la condition du poète, il se peint lui-même plus fldèlement que jamais, il nous fait admirer le type vivant du critique, dont la sensibilité se confond avec la raison.

S'il souleva bien des inimitiés, des sympathies amicales et d'illustres patronages le consolèrent de ces cabales injurieuses. Dès l'année 1665 il eut ses entrées dans les salons du duc de la Boche fou cauld, de Mmes de la Fayette et de Sévigné. Il fut aussitôt apprécié par Pomponne, ministre des affaires étrangères, par la princesse de Conti et la duchesse de Longueville, qui désirèrent entendre les Héroi de roman, par le marquis de Dangeau, qui accepta une de ses dédicaces, par Hontausier

LA SATIRE IX : LES PATRONS DE BOILEAU. 301 lui-même, qui, d'abord hostile, ne larda pas à désarmer. Chez Mme de la Sabhère il rencoatra La Faru, ChauUeu, le philosophe voyageur Bemier et le fameux LauzuD. Dans les ruelles de NinoD de Lenclos et de la Champmeslé il put frayer avec la fine fleur des libertins et un monde où les courtisans se mêlaient aux gens de théâtre. Hais ses partisans les plus cordialement déToués furent le duc de Vivonne, Pontchartrain, Lamoignon, Colbert, ■ à qui sa vue inspirait l'allégresse », son fils le marquis de Seignelay, et le grand Condé, qui goûtait fort l'ardeur militante de son bon sens.

Quant au roi, Boileau ne lui fut présenté qu'en 1669, par le duc de Vivonne, frère de Mme de Hoatespan. Il venait de lui dédier l'épltre I. Louis XIV, qui avait déjà lu son Discours de 1665 et la satire V sur la Sùblesie, et qui aimait son entretien, le reçut très souvent à Versailles; et, si le poète sut le flatter avec délicatesse, il ne renonça pourtant jamais à l'iodépendanoe de ses jugements littéraires. < Sire, dit-il un jour qu'il croyait avoir raison contre lui. Votre Majesté aurait plutôt pris vingt villes que de me persuader ce qu'elle vient de dire. • On raconte encore qu'au sortir d'une discussion, il quitta Louis XIV en disant : « Sire, cela est assez beau que, de tonte l'Europe, je sois le seul à vous résister » (Lettre à Brossette, 2 septembre 1706).

Eu résumé, Boileau fit l'éducation du public qui aUait saluer l'avènement des maîtres; et, plus il voulait agir sur cette élite, plus il eut souci de l'art. Par cette religion de la forme, il témoignait son culte pour la pensée : car c'est la trahir que de ne pas la conduire au suprême degré de précision, de jus tesse et de force.

LE3 'ÉpIthES

Le (enre. Ses c«ii)HUoita. — Les épitves di'Havace. Tsar feravnaeli II Mwae «vec des a^Js. Œuvre de nuitBrilê. Le satMqne «e tempère. — Boileau sait la tradltlaa d'Horaect

~~ L'épitre eut toujours des affluités avec la satire; mais elle a ceci de particuher qu'au heu d'être anonyme et de traiter une thèse .générale ou arbitraire, elle s'adresse d'ordinaire à une

persoaae déterminée, dont le caraolère est connu du poêle, et. par suite, exerce une influence directe sur les idées qu'il développe, ou le ton qu'il emploie. La première règle du genre est donc d'intéresser celui h. qui l<t lettre (car c'en est une) semble destinée. Tel fut, du moins, l'exemple inauguré par Horace dans les pièces qu'il dédiait à ses amis; elles sont une vraie correspondance tellement appropriée à chacun d'eux qu'on peut les distinguer par des traits individuels.

Bien qu'il goùt&tfort la retraite, le favori de Mécène ne vécul pas en effet, comme Montaigne, en solitaire, dans la Ubrairie de sa tour ronde, mais parmi des cercles auxquels il présidait, sans le vouloir, sinon sans le savoir. Aussi avait-il k qui parler, de près ou de loin; et tout un cortège escorte cet arbitre des saines élégances, du savoir-vivre, de ces délicatesses qni sont la parure de l'honnête homme. Comment n'efit-il pas cultivé l'amitié, cette vertu épicurienne qui se mêle à toutes les peines pour les adoucir, h toutes les joies pour les aviver? Aux affections de la veille qu'il ne trahit jamais, et k celles du lendemain qui n'aliénèrent pas son indépendance, s'associèrent tes respects de toute une jeunesse patricienne dont il était le conseiller souriant. C'est ce dont témoignent ses Épltret, sous lesquelles nous aimons à surprendre non seulement les mceurs de la société polie, la chronique des salons patriciens et les confidences d'un charmant esprit, mats aussi la physionomie des clients qui s'honoraient de son patronage. Ne croyeî-vous pas entrevoir ici : dans Celaus, un important, faiseur de vers à la mode, coureur des lectures publiques, étourdissant le monde du bruit de son crédit, de sa fortune et de son talent| -^ dans TIbulle, un rèveUr ennuyé, indolent, mélancolique, Voluptueux, valétudinaire et Condamné à mourir jeune; —dans Mécène, un protecteur dévoué, mais parfois un peu trop exigeant, contre lequel un poète franc du collier devait défendre sa libertéT Sans passer ici la revue des Plancus, des Dellius, des LoUJus, des Polllon, des SaUnste, des Grosphus, des PIotlus au des Scatius qui nous apparaissent çh et Ih, de profit et de face, il est certain que partout Horace cause avec un interlocuteur favori.

Ajoutons qu'en général ces entretiens sérieux furent chei lui

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