ORAISON FUNÈBRE D'ANNE DE OONZAGUE
Israël) ; et, si tous n'en sortez plus chrétiens, vous en sortirez plus coupables. »
De cette proposition qui procède si naturelleineat du sujet, se dégage use divisiOR qui n'a. rien d'artificiel, et se trouve contenue dans cet appel : ■ Venei voir d'où la mam de Dieu a retiré la princesse Anne; — Venez voir oii la main de Dieu l'a (levée. > Ses erreurs et sa péDitence, voilà le double enseignement qu'il développe avec autant de franchise que d'onction.
PFendère partie. D'«A bi nala de Dl«it l'a Urée. — Remontant jusqu'au berceau de la princesse Anne de Clèves, Bossuet peint d'une touche gracieuse le charme Innocent de ses premières années : * Jamais plante ne fut cultivée avec plus de soin, et ne se vit si tôt couronnée de Ûeurst :mais cellesci ne tardèrent pas à se flétrir; et la faute en fut à un zèle indiscret qu'il censure avec autorité. Sacrifiant les intérêts de l'Eglise à des ambitions de famille, une violence téméraire « précipita vers le cloître celle qu'il fallait y conduire doucement >, et ne craignit point de mettre les plus graves dignités c comme un jouet aux mains d'nn enfant >. Sans excuser les conséquences fAcheuses d'une contrainte qui provoqua la révolte, ni les enivrements d'une liberté qui ne sut pas se régler, une pitié sympathique tempère ici le bl&me qui se mêle au souvenir d'une jeunesse trop égarée par les plaisirs du monde. Signalons la réserve et la fermeté des traits par lesquels l'orateur représente les pièges ordinaires à la vie des cours : ■ Par un mélange étonnant, il n'y a rien de plus sérieux, ni ensemble de plus enjoué. Enfoncez; vous trouverez partout des intérêts cachés, des jalousies délicates, qui causent une extrême sensibilité, et, dans une ardente ambition, des soins et un sérieux aussi triste qu'il est vain. » C'est moins vif, mais plus profond encore que le croquis de La Bruyère : < 11 y a un pays où les joies sont visibles mais fausses, les chagrins cachés mais réels. Qui croirait que l'empressement pour les spectacles, que les éclats et les applaudissements aux théâtres de Molière et d'Arlequin, les repas, la chasse, les ballets, les carrousels, couvrissent tant d'inquiétudes, de soins et de divers intérêts, tant de craintes et d'espérances, des passions si vives et des affaires si sérieuses? » (Ghap. viH, De la eotir.)
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Détachons aussi cette esquisse de la Fronde : < Quel trouble, quel affreux spectacle se présente ici à mes jeux! la moDarcbie ébranlée jusqu'aux fondements, la guerre civile, la guerre étrangère, le feu an dedaua et au dehors; les remèdes de tous calés plus dangereux que les maux; les princes arrêtés avec grand péril, et délivrés par un péril encore plus gnmd; ce prince que l'on regardait comme le héros de son siècle, rendu inutile à sa patrie dont il avait été le soutien, et ensuite, je ne sais comment, contre sa propre inclinatiou, armé contre elle; un minisire persécuté, et devenu nécessaire, non seulement par l'importance de ses services, mais encore par ses malheurs où l'antorité souveraine était engagée. Que dirai-jeT ÉtaJt-ce là de ces tempêtes par où te ciel a besoin de se décharger quelquefois? et le calme profond de nos jours devait-il être précédé par de tels orages? Ou bien, était-ce le dernier etTort d'une liberté remuante, qui allait céder la place h l'autorilé légitime? Ou bien était-ce comme un travail de la France prête à enfanter le règne miraculeux de Louis? » Que de nuances dans ce résumé! Mais le style pourra en paraître bien solennel; car cet accent de terreur tragique noua semble détonner un peu en face d'une comédie politique dont les espiègleries ont un air d'enfantillage, du moins si on les compare aux crises des siècles suivants. 11 est vrai que Bossuet parle ici comme on pensait au temps de Louis XIV. Aussi ne sourions pas quand il attribue cette folle équipée h Dieu même, » qui voulait montrer qu'il donne la mort et qu'il ressuscite, qu'il plonge jusqu'aux enfers et qu'il en retire, qu'il secoue la terre et la brise >.
D'autres passages ne saisissent pas moins l'attention par la puissance du relief ou l'éclat des couleurs. Tel-est, par exemple, ce tableau tout biblique du vainqueur de la bataille de Varsovie : ( Charles-Gustave parut à la Pologne surprise et trahie, comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces. Qu'est devenue cette rednutablc cavaleritî qu'on voit fondre sur l'ennemi avec la ^Jlfs-ic il'un aigio? Oi'i sont ces âmes guerrii-rc:;, ri'^ marlcjnix irnimes tant vantés, et ces arcs qu'on ne vit jamais tendus en vain? Ni les chevaux ne sont assez vîtes, ni les hommes ne sont adroits que pour fuir devant le vainqueur.... Tout nage dans le sang, et on ne marche
ORAISON FUNÈBRE D'ANNE DE GONZAGUE. 401 que sur des corps morts.... La reine n'a pas de retraite, elle a quitté le royaume; après de courageux, mais vains efforts, le roi est contr&int de la suivre.... Il ne leur reste qu'à considérer de quel câté allait tomber ce grand arbre ébranlé par tant de mains, et frappé de tant de coups h ses racines, ou qui enlèverait les rameaux épars. ■
Tel est le fond historique sur lequel ressort la ligure de la princesse Palatine, avec ses rarc.>i talents, son art de concilier les intérêts opposés, son insinuante éloquence, sa fidélité aux engagements; mais aussi avec les faiblesses d'un cœur où se fera bientôt * sentir le vide des choses humaines t, et avec l'inienpérance • d'une raison superbe qui ne tenait plus à Jésus-Christ par aucun lien > : déplorable aveuglement, où Bossuet trouve l'occasion de foudroyer, dans un passage célèbre, • ces rares génies qu'on appelle par ironie des esprits forts »,
Deaxième partie. Oh In main d« Dlea l'a élevée. — Hais la pécheresse et l'incrédule va revenir à la foi comme auï vertus de son enfance : car • à la souveraine misère reste la souveraine miséricorde », qui suit de son regard une âme déchue, pour la relever par un miracle. Cette opération de la Gnlce est le sujet que se propose l'orateur. Il l'emprunte aux coulidi'ut'es d'une Ame illuminée tout à coup par deux songes. C'esi la morte elle-même qui preud ici la parole, et nous redit avec ravissement ses joies intimes. Il était malaisé d'assortir au ton de l'éloquence funèbre le détail de ces rêves, où une ima^'ination exallée crut entendre un ordre du ciel. Mais uu art qui se dérobe, se joue de ces dimcultés. Dansi ce ■ puussin » cnlcvipar un chien, sou- l'aile de sa mm: lums ne voyiuis plus qu'une parabole i-ehaiissce jiiii' 1ù sentijin'iil qui rinli'rpiviu. L'émotion d'une foi naïve comniuiiiquo doue à ce niervuiUeux l'air de vraisemblance qu'aurait nu lait tout naturel.
Cette familiarité, nous ne l'aimons pas moins dans les pages où Bossuet admire l'active charité d'une Madeleine repentante. Il se garde bien alors de nommer les choses par les termes les plus généraux, comme le voudra plus tard lïuffon. Mais, préférait la franchise de l'expi-ession vive- à la fausse noblesse des périphrases, il enchâsse dans l'or de sa parole les traits naïfs que lui offre le journal de la princesse Palatine : « Otons vive-
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méat cette bonne femme de Yétable où elle est, et mettons-la dans un de ces petits lits. * Si les délicats s'en offensent, que lui importent leurs dégoûts? Ne dit-il pas très haut : t Je voudrais Qc plus parler que ce langage; car il efface les discours les plus magniliques. >
PépomlsoB. — Cette impression nous suit dans la péroraison, qu'on est tenté de résumer par ce vers de Virgile, au risque de mêler le profane au sacré ;
Discile juilUiam moniti, et non leainere dlaos.
(Apprenez par mon exemple à respecter la justice, et à ne pas mépriser les dieux) : car elle met encore en scène la princesse Palatine faisant trembler par son exemple < lant d'àmes insen~ sées qui cherclienl le repos aans le naufrage de la foi ». A des censures menaçantes qui vont droit aux orgueilleux s'associent des encouragements pour < ces fidèles pauvres, ignorés et connus de Dieu seul », qui se cachent derrière ■ les piliers du temple », derrière les grands et les princes. Bossuet va chercher dans l'ombre ces affligés que consola souvent la pieuse défunte; et c'est en glorifiant les humbles qu'il prend congé ( de son illustre audience ».
DE MICHEL LE TSLLIER, CUANCEUER DE FltVNCG