‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 164 sur 244 · LE ROUAIN IDÉAL ET LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

LE ROUAIN IDÉAL ET LA CRITIQUE

que • l'usa.^ rustique de ce qu'avait entre les mains un peuple grossier qui se contenta de peu, parce qu'il se passait dos plaisirs dont nul n'avait l'idée >. Lo lieutenant de Condé ne consentit pas à voir les premiers capitaines du monde dans < ces consuls qui ôtaient la bride k leurs cheyaux. pour donner plus d'impétuosité k la cavalerie, et se reposaient de la sûreté de leurs gardes sur des oies et des chiens dont ils punissaient la paresse ou récompensaient la vigilance >. * C'étaient, dit-il, des gens fort' braves et peu entendus qui avaient affaire à des ennemis moins courageux et plus ignorants. > Il sut ainsi rajeunir par ,ses boutades et souvent par son bon sens une matière qui paraissait usée. De celte esquisse tn^ cavalière se détachaient des portraits ingénieusement tracés par un fin psychologue- Telles sont les figures de Scipion, de Marius, de SjUa, de César, de Pompée, d'Auguste. Hais le peintre manquait d'érudition et de ip-avité. 11 fut trop aventureux, trop paradoxal, et trop enclin à décrier, à dénigrer, ou du moins k expliquer les grands effets par de petites causes.

Eaprit eriUqae de Hnalesqiiteii. Ses erreur» fnrenl de «on temps. — Tel n'est point Montesquieu; car, s'il y eut aussi chez lui du bel esprit, il se double d'un grand esprit, dont le savoir, bien que légèrement porté, mériie toute confiance. Ce n'est pas qu'il soit infaillible; mais ses lacunes et ses erreurs furent imputables à son temps plus qu'à lui-même. On pourra, par exemple, lui reprocher d'affirmer avec trop d'assurance l'existence des premiers rois. Il ue parle pas de la religion; il ignore Torganisalion du patriciat et celle de la famille. 11 a des vues indécises sur la Cité antique. Son imagination de poèl^ et d'orateur le tire parfois d'une difficulté par un mot éloquent. Sans se demander comment une ville de pâtres a construit ces immenses égouts dont les vestiges nous saisissent encore aujourd'hui d'étonnement, il se borne à dire : c On commençait à bâtir la Ville Eternelle •. Mais jusque dans cette crédulité brillent des lueurs subites; car il devine dès l'abord que Borne naissante fui un camp de brigands, • comme ces villages de Crimée faits pour enfermer le butin, les bestiaux et les fruits de la campagne *. 11 est si natureUement prompt & raisonner sur les faits, qu'il ne peut s'en défendre, même quand ils sont

légendaires. Ainsi, de ce que Bomulus remplaça, dil-oa, le petit bouclier Argien par celui des Gabiens qui était plus large, il conclut à une pratique définitive qui consistait à emprunter aux vaincus ce qu'ils eurent de meilleur. A ces signes, -on reconnaît l'explorateur qui fera merveille, quand il pouira mettre enfin le pied sur un terrain solide.

Dès lors, ses affirmations auront autant de force que d'autorité. Guidés par celte lumière, essayons d'analyser sommairement les principaux ressorts de Vintlitutian qui rendit une ville maîtresse du monde.

CsNse* de (niNdenr. Fol des RoMaios âma» le«r dentinée. CAïuUuMi. I,« gaerre. Iji pollUqBe. — Parmi les causes qui, dès l'origine, concoururent à la grandeur de Rome, il faut compter la foi qu'elle eut dans son avenir. Oui, elle dut en partie l'empire à cette conscience de sa destinée, ei bi«i qu'on peut dire des Romains : Possunt, quia passe videntur. (Ils peuveat parce qu'ils croient pouvoir) ; car ce sentiment créa des vertus, et il fit des Romains le plus fier, le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé, le plus ferme, le plus avisé, le plus laborieux et le plus patient de tous les peuples. Voilà pourquoi, parmi de cruels revers, il n'a jamais désespéré. Sa constance fut un prodige, comme son oi^ueil ; il ne voyait dans la défaite que l'aiguilloa de la revanche, et ne se décidait à la paix que victorieux. Or sa supériorité morale et militaire méritait de vaincre, et son, habileté sut toujours profiler de la victoire : ( Ce n'est pas la perte réelle que l'on fait dans une bataille qui est funeste à un État, mais ta perte imaginaire et le découragement qui le privent des forces mêmes que la Fortune lui avait laissées * (ch. IV). La guerre et la politique, voilà donc les deux secrets de sa fortune.

La guerre, les Romains l'apprennent, parce qu'ils ta font sans cesse ; et ils la font parce qu'elle est une nécessité pour le Sénat qui, par ce dérivatif, veut distraire l'humeur séditieuse des plébéiens, pour les consuls qui sont ambitieux d'honorer par un triomphe leur magistrature annuelle, pour le peuple qui a besoin de gagner du butin et des terres. Les premières luttes soutenues contre des voisins pauvres sont l'école militaire où se forme, pour la conquête de l'Italie, de l'Espagne, de l'AMque

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