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$li JtUAN-JACQUES ROUSSEAU,
uu vieillard, qu'un imbécile conduise uq homme sage, et qu'une poignée de gens regorge de superlluilés, tandis que la multitude affamée manque de nécessaire. >
PsnrfBvl oe 4I«cmw« e»t ■» 4e» ekehMl'«en«re dn ■•m«- «ean- — Toutes ces hardiesses, plus ou moins conjecturales, êlaieDt présentées avec une candeur de ion, une force de raisonnement, une solidité de style, une justesse et une poésie d'images, qui font de ce discours un des plus incontestables et des plus cu'actéristiques chefs-d'œuvre de Rousseau, < celui de tous mes écrits, déclare-t-il dans les Confessions, où mes principes sont manifestés avec le plus de hardiesse, pour ne pas dire d'audace ».
Trois abJeeUoMa e*nlre ce Mmeoarm. — Hais après avoir rêvé, raisonné, protesté avec l'auteur, le lecteur se sent l'esprit inquiété par des objections que nous ramènerons â trois principales : Où Rousseau prend-il le modèle de son état de nature ? — Y revenir serait donc le remède au mal social? — En tout cas, sous un Titauvais gouvernement, l'insurrection serait-elle le premier des droits et le plus saint des devoirs?
Euunea de* r4f onaes de Konasean Jt ees objection*. — Le pour et l« ca«ir«- — A ces trois ordres d'objectio&s, Bousseau a répondu plus ou moins directement, dans le corps même du discours, dans la dédicace qu'il en fit aux t magnifiques, très honorés et souverains seigneurs • de la répubhque de Genève — au risque d' c être coupable de quelque transport indiscret dans cette vive effusion de son cœur— ; dans sa préface ; dans ses polémiques, notamment avec le métaphysicien et naturaliste Bonnet de Genève, M. Philopolis, sous le masque; enfin dans les notes qu'il ajoute, selon < sa coutume paresseuse de travailler à bâton rompu •. Résumons ces réponses, conformément à notre dessein de chercher, dans Rousseau lui-même, le pour et le contre, ce qui est le plus court et le plus sûr moyen de trancher les polémiques innombrables qui hérissent les abords et masquent la vraie nature de ses écrits.
Première obJectlaB mmr U réMté de l'étM de «Btnre. — Avec Hobbes, et peut-être avant lui, trois contemporains de Rousseau l'avaient évidemment amené à considérer la flctioD de l'clat de nature, et à en tirer les conséquences politiques
CRITIQUE DU DISCOURS SUR VltiÈGALlTÉ. 013 et morales qui sont l'àme de ce discours et de tous ses écrits. L'un est cerlainement l'auteur de VEtprit de» lois qui écrit (I. VIII, c. m) : t Dans l'état de nature, les hommes naisseal bien dans l'égalité, mats ils n'y sauraient rester. La tociété la lear fait perdre; et ili ne i^deoiennenl égaux que par let lois >. L'aïUtre est te jurisconsulte genevois Buriamaqui que l'auteur du Contrai godai cite en ces termes, dans sa prérace : • L'idée du droit, dit M. Buriamaqui, et plus encore celle du droit naturel, sont manireslement des idées relatives à la nature de l'homme. C'est donc de cette nature même de l'homme, continue-t-il, de sa constitution et de son état, qu'il faut déduire les principes de celle science. • Le troisième, qu'il lisait assidûment, estimait fort, mais qu'il ne cite pas ici, est Buffon qui avait dit textuellement dans son Hisloire naturelle : i Un sauvt^ absolument sauvage... serait un spectacle curieux pour un philosophe; il pourrait, en observant son sauvage, évaluer au juste la force des appélils de la nature; il y verrait l'àme à découvert... et peut-être verrail-it clairement que ta vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, cl que le vice n'a pris naissance que dans la société. > Ces quelques lignes ne contiennent-elles pas en germe, en puissance, comme il aimait à dire, toute la mécanique sociale cl toute la thèse morale de Bousseauî
Um répoaae pér«mpt*lpe «ax «bJeedoBa de I* • 4e*l« htaloHqne •. — La considération de l'état de nature et 1' € hisloire hypothétique des gouvernements * seront donc, pour le Ihéoricien social, une hypothèse servant k remonter à la vérité des principes, sinon une histoire adéquale aux faits, et, dans l'espèce, une fiction de droit. Housseau s'est expliqué là-dessus, à maintes reprises, el avec une clarté qui semblait devoir écarior loules les méprises, et ruiner par la hase les objections obstinées que lui font encore de nos jours, au nom de la réalité des faits, les théoriciens spéciaux de l'écotc dite historique >. Qu'il nous suffise ici de cit«r ce passage entre autres : < Commençons donc par écarter tous les faits, car ils
ne toucheul point à la question. Il ne Taut pas preadre les recherches daas lesquelles on peut entrer siu: ce sujet pour des vérités historiques, mais seulement pour des raisonaements hypothétiques et conditionnels, plus propres à éclaireir la nature des choses qu'à en montrer la vétilabk origine, et semblables & ceux que font tous les jours nos physiciens sur la formation du monde, i Voilà la première réponse de Rousseau et elle nous parait péremptoire.
Uéfame & U deuièaie ekleeilsB. — Beste l'objection que si cet état de nature est la panacée sociale, il faut la retrouver et employer tout notre esprit à nous rendre bêtes. A Voltaire qui disait : € Vous donnez envie de marcher à quatre pattes >, Rousseau eût pu répliquer sur le même Ion que, dans son discours, il prouvait justement combien la conformation physique de l'homme s'oppose k cett« allure; sa conformation morale, œuvre des siècles, ajoutée à celle de ta nature, ne s'y oppose pas moins. ■ Que ceux qui se sentent capables d'aller reprendre dans les bois leur antique et première innocence n'hésitent pas! • Pour Jean-Jacques, il donnait à entendre, non sans tlnesse, qu'il n'était plus bon qu'à être le « roi des ours • de Mme d'Epinay, assez semblable en somme au citoyen civilisé qui < fait sa cour aux grands qu'il hait » ; et que s'il n'était, de par son humeur, qu'une chouette, suivant le mot de la Pompadour, du moins était-il celle de Minerve , selon la réplique d'une femme d'esprit. • Quant aux hommes semblables à moi, dit-il, dont les passions ont détruit pour toujours l'originelle simplicité, qui ne peuvent plus se nourrir d'herbes et de ^onds ni se passer de lois et de chefs; ceux qui furent honorés dans leur premier père de leçons sumaturetles; ceux qui verront , dans l'intention de donner d'abord aux actions humaines une moralité qu'elles n'eussent de longtemps acquise, la raison d'un précepte indiSërent par lui-même et inexplicable dans tout autre sy<itème; ceux, en un mot, qui sont convaincus que la voix divine appela tout le genre humain aux lumières et au bonheur des célestes inteUigeaces ; tous ceux-là tâcheront, par l'exercice des vertus qu'ils s'obligent à pratiquer, en apprenant à les connaître, à mériter le prix
CRITIQUE DU DlSCOUnS SUR L'INÉGALITÉ. AH
élemel qu'ils en doivent attendre, ils respecteront les sacrés liens des sociétés dont ils sont les membres. •
Réponse à U tr«lBlème «blecllaB. — Mais alors on abdique le droit de révoquer le pacte sociall ~- Bousseau semble en convenir rormellcment, au moins dans ces passages : « Les établissements humains paraissent, au premier coup d'œil, fondés sur des monceaux de sable mouvant : ce n'est qu'en les examinant de près, ce n'est qu'après avoir écarté la poussière et le sable qui environnent l'édifice, qu'on aperçoit la base inébranlable sur laquelle il est élevé, et qu'on apprend à en relever les fondements i; — * Mais les dissensions atn^uses, les désordres inlinis qu'entraînerait nécessairement ce dangereux pouvoir {le droit de renoncer d la dépendance), montrent, plus que toute autre chose, combien les gouvernements humains avaient besoin d^une base plus solide que la seule raison, et combien il était nécessaire au repos public que la volonté divine intervint pour donner à l'autorité souveraine un caractère sacré et inviolable qui àléX aux sujets le fimeste droit d'en disposer >. Ces considérations, difficiles à concilier avec les autres, et dont la dernière vient après l'éloge sophistiqué d'une déclaration de principes de Louis XIV, sont-elles de simples précautions oratoires, comme semble l'indiquer cette remarque finale : < J'ai t&chè d'exposer l'origine et le progrès de l'inégalité, l'établissement et l'abus des sociétés politiques, autant que ces choses peuvent se déduire de la nature de l'homme par les seules lumières de la raison et indépendamment des dogmes . sacrés gui donnent à l'autorité souveraine la sanction du droit divin »f iVous penchons pour l'affirmative. Ici Rousseau, après les hardiesses relevées ci-dessus, rompt et prend des parades, mais le Contrat social porta ensuite à ses adversaires un coup droit qui ne laisse pas de doute sur ses sentiments agressifs, dans l'espèce. On peut tenir Rousseau pour un théoricien du droit à l'insurrection considérée, en face du despotisme, comme le premier des droits et le plus saint des devoirs, ou du moins comme un partisan déclaré du droit de la risàlanee à Foppression, selon la formule des Droits de l'homme.
< Hais suivons le fil de notre hypothèse >, comme dit ici
018 JEAN'-JACOUES ROUSSEAU.
Housseau l'OvenuDl à son ihème primordial du la aociélé causse de la dépravalioD de l'homme. Nous touchons au bout d'ailleurs, car il ne nous reste plus qu'à ezamiaer U Lettrt à WAlem-
La Lettre tur Ui ipectacies.
L* thèse <■ - ife«ftir« «ille ■ da*« N«I«poI. — * Ce n'est pas au théâtre de remplacer l'Er an gile >, aurait dit U. deLamoignon à l'auteur de Tartuffe : l'auteur du Fih naturel pensait exactement le contraire, quand il s'écriait avec son humour ordinaire : i Ah! mes amis, si nous allons jamais à la Lampiedouze {Ue dfserte entre TwiU et Malte) fonder, loin de la terre, au milieu des Ilots de la mer, un petit peuple d'heureux, ce seront là nos prédicateurs {les thédlres).... Tous les peuples ont leurs sabbats et nous aurons aussi les nôtres. Dans ces jonrs solennels on représentera une belle tragédie qui apprenne aux hommes à redouter les passions, une bonne comédie qui les instruise de leurs devoirs et qui leur en inspire le goût >.
Répliques de KmisseMB. — <^Btre la porgalUna pi^ la tragédie. — U n'y a ni tragédie, ni comédie capables de produire ces effets, réplique Rousseau à Diderot, dans les circonstances qu'on a vues plus haut. Pour ce qui est de la tragédie, il lui refuse toute purgation efficace des passions. La ptHé à laquelle elle mène par la terreur n'est qu' t un reste de sentiment natuirel étoutle bientôt par les passions, une pitii stérile, qui se repaît de quelques larmes, et n'a jamais produit le moindre acte d'humanité >. Objectera-l'on les c pleureuses de loges si flères de leurs larmes >? Il réplique avec une ironie âpre et éloquente : < Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans les fables et pleurer des malheurs imaginaires, qu'a-t-on encore à exiger de luit N'est-il pas content de lui-même ? Ne s'applaudit-il pas de sa belle âmeî Ne s'est-il pas acquitta de tout ce qu'il doit à la vertu par l'hommage qu'il vient de lui rendre? Que voudrait-on qu'il fit de plusî Qu'il la pratiquât lui-mémeï II n'a point de rôle à jouer, il n'est pas comédiett. •
InnIIllM de la eomédie. ~ • Arleqnin aaavage • et le ft^a* tèMe de Bsnsseaa, — Quant aux comédies, les meilleures ne
LETTRES SUR LES SPECTACLES : LE THÉÂTRE UTILE. 619 valent rien, témoin, par exemple, l'Arlequin vauvage de Detisle, pièce de la foire pour laquelle Rousseau parait avoir une prédilection que la conforinité du sujet avec sou système sufOl à expliquer '.Ce n'est pas • le sens et la simplicité du personnage • qui lui valent le bon accueil des spectateurs, car nul ne voudrait lui ressembler : il n'est dû qu'aux ■ idées neuves cl singulières • de la pièce.
RonsBekM eanivc • le HUanthro^ -, ■•Itère et le pablle. — Pour prendre un exemple décisif, il examinera ■ de toutes les comédies de Molière celle qui contient la meilleure et la plas saine morale i, le Misanthrope, t Vous ne sauriez me nier deux choses, avancc-t-il i l'une, qu'Alceste, dans cette pièce, est on homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien ; l'autre, que l'auteur lui donne un personnage ridicule. C'en est assez, ce me semble, pour rendre Molière inexcusable. ■ Quant à Philinte, le ■ sage de la pièce >, t c'est un de ces honnêtes gens du grand monde dont les maximes ressemblent beaucoup à celles des fripons...; qui, autour d'une bonne table, soutiennent qu'il n'est pas vrai que le peuple ait faim >. 11 est vrai d'ajouter que dans cette comédie, ■ quoique Alceste ait des défauts réels dont un n'a pas tort de rire, on sent pourtant au fond du cœur un respect pour lui dont on ne peut se défendre. En cette occasion la force de la vertu remporte sur l'art de l'auteur et fait honneur & son caractère. Quoique Molière fît des pièces réprébensibles, il était personnellement honnête homme ■. Le vrai coupable en vérité, c'est le public et non
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