‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 206 sur 244 · ANALYSE DU CONTRAT SOCIAL · texte numérisé non relu

ANALYSE DU CONTRAT SOCIAL

système », mais nous avons vu plus haut par quel chemin nous avions passé. Il ne reste donc qu'à tirer au clair ces eon)ien(j(tns qui sont le fondement de ce droit sacré.

CsavcnUoaa qol sant l« rondenenl de Vnrirc ■od*!. — 'L'unité de l'État est faile par l'union de ses membres, et cette union nait de l'obligation qui les lie. Mais quel est le fondement de cette obligation? Ce n'est pas la force, sinon on serait obligé, on conscience, de donner sa bourse au bandit qui vous surprend au coin d'un bois, quand'mëme on pourrait la lui cacber, car enfin le pistolet qu'il tient est aussi une puistance. Le fondcmei)t de l'obligation sociale n'est pas davantage l'autorité paternelle, car si le père et les enfants restent unis, passé l'Age où les enfants avaient besoin du père pour se conserver, ■ ce n'est pins naturellement, c'est volontairement, et laftunille elle-même lie se maintient que par convention *. Mais si, forçant l'analogie entre la famille et les sociétés politiques, on conclut, comme lirotius et Hobbcs, que l'autorité du gouvernement dure par delà l'utililé du gouverné, voilà l'esclavage établi, ( voilà l'espèce humaine divisée en troupeaux de bétail, dont chacun a son chet qui le garde pour le dévorer >. Or le droit d'esclavage est nul, étant illégitime et absurde : ■ Soit d'un homme à un homme, soit d'un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : c Je fais avec toi une eonvenlion toute à ta < charge et toute à mon profit, que j'observerai tant <iuHi me plaira, « et que tu observeras tant qu'ii me plaira. » Enfin, revenant hardiment sur ce sujet, dans une note de la sixième ■ Lettre de la Montagne >, Rousseau ose compléter sa pensée et disputer contre ceux qui prétendent donner pour fondement à l'obligation sociale la volonté de Dieu, car « il n'est pas clair que Dieu veuille qu'on préfère tel gouvernementàtelautre,niqu'on obéisse à Jacques plutôt qu'à Guillaume. Or voilà de quoi il s'agit. •

Ce qui est évident, c'est qu'un peuple voulù^il se donner un roi, il faut d'abord qu'il soit un peuple. Ainsi l'acte par lequel il est un peuple étant antérieur à l'acte de sa donation, il s'en^ suit que ce premier acte est le t vrai fondement de la société >. > P«a««ce «e l'éUI de »«lBre * l'état dvU. — Arrivé là, Rousseau indique avec une précision lumineuse comment les hommes ont passé de l'état de nature à l'état civil, c'est-à-dirç

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comment ils ont été amenés k sceller le pacte qui a fondé la société. Où Montesquieu indiquait vaguement < ce désir de vivre en société qui est une quatrième loi naturelle », Rousseau fait toucher du doigt l'intérêt du genre humain : < Je suppose, dit-il, les hommes parvenus à ce point oà les obstacles qui nuisent k leur conservation dans l'état de nature, l'emportent par leur résistance sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état. Alors cet état primitif ne peut plus subsister, et le genre humain périrait s'il De changeait de manière d'être. >

De 1» neUleore Ibr^e h érnamne wt p*ete ••cIaI. — U pose alors, avec une netteté admirable, le problème de la meilleure forme à donner à ce pacte. Il s'agit, dit-il, de t trouver use forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'& luimême, et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. >

SolBtlon de ce ■ problème r*iid»aieatal • t le peaple. — Voici en bref cette solution : il faut considérer trois choses : le peuple, le souverain et le gouvernement. Le peuple est constitué par le contrat, c'est-à-dire par 1' * aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à la communauté >, en un corps moral et collectif qui s'est ^pelé tour à tour cité, république, corps politique, sujets ou État.

Denzlène terae 4m prabième ■ Le • ■•■vevaln ■ eeB>Ut«é par te v*leNté fémértde, ém penple..— Le souverain n'estantre que la volonté générale du peuple fondée sur la pluralité des suffrages. Cette pluralité • est elle-même un établissement de convention et suppose, au moins une fois, l'unanimilé >.

Certes cette unanimité ne persiste pas, et il peut se manifester des volontés contradictoires : < Otez de ces méraes volontés les plus ou les moins qui s'entre-délruisent, reste pour somme des difTéreaces la volonté générale *. Nous dirons donc, pour continuer k parler avec Rousseau le langage des géomètres, que la volonté générale est une somme algébrique des volontés individuelles, dont le total est positif et constitue une loi très impérative.

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Le pacte social, en effet, n'est pas un min formulaire, et » quiconque refusera d'obéir à la volonté générale y sera coutraint par tout le corps ; ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre »; car, ajoute ailleurs Rousseau avec une noblesse remarquable, I' c impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance îi la loi qu'on s'est prescrite est liberté ■. C'est ainsi que Rousseau a sinon inventé, du moins élucidé cl posé, avec une autorité et un éclat sans précédents, quoi qu'on dise, le dogme de la souveraineté populaire.

TrslHltaie ternie dN problème I Le ■ conTerncmcnt -.earpa ebargé d'«ppliqii«r la volonié céBépKlc. — Deste à le mettre en pratique, c'est-à-dire à donner te mouvement au corps politique qui a déjà l'existence et la volonté. C'est la Tonetion du gouvernement, que Rousseau, le premier, a nettement distingué du souverain.

11 est chargé d'appliquer aux cas particuliers tes lois ou • actes de la volonté générale » pour le plus grand bien de tous, c'est-à-dire en sauvegardant par-dessus tout la liberté et Végnlilé.

C'est une Fonction dinicile; aussi ItoiisHcau s'attache t-il k définir le râle que doit jouer le gouvernement, qu'il appelle encore, comme k Venise, le prince, vis-à-vis du peuple considéré - tour à tour comme sujet et comme souverain.

JeN de ces Irols resserta. — Le B«ii>*eruement imia c» éqaatloii. — Il emploie k ce propos, et pour être court, un subtil étalage de termes algébriques dont quelques-uns ont besoin d'être rajeunis pour la clarté.

Cela fait, on aboutit, croyons-nous, à dégager de ces pages curieuses la formule suivante : Le gouvernement peut se mettre eu équation. Cette équation est formée par l'égalité entre deux rapports qui sont : l'un, le rapport du peuple souverain au gouvernement, et l'autre le rapport du gouvernement au peuple sujet; de sorte que le gouvernement est iiae moyenne proportionnelle entre les deux eitrèmes , à savoir entre le peuple souverain et le peuple sujet.

Celte équation d'ailleurs n'est pas numérique et ce serait • tourner ce système en ridicule *, que de prétendre calculer cette moyenne par le pi-océdé ordinaire et, pour € former le

£T(IDE3 LlTTtRAinGS. II, -~ iO

e2ft JEAN-JACQUES ROUSSEAU,

corps du gouvernement, tirer la r&cine cairée du nombre du peuple >. — ( En effet, les rapports dont je parle, ajoute Rousseau, ne se mesurent pas seulement par le nombre des hommes, mais en général par la quantité d'action, laquelle se combine par des multitudes de causes; au reste, si, pour m'eiprimer en moins de paroles, j'emprunte un moment des termes de géométrie, je n'ignore pas cependant que la précision géométrique n'a point lieu dans les quantités morales. > lh>Sni« d« I* ■«■veralaeté papalalre. — En résumé, le peuple constitué par le Contrat social est le seul souverain, le seul législateur, et délègue au gouvernement l'application de la loi, r ( exercice légitime de la puissance executive *, pour le plus grand bien de tous, c'est-à-dire pour la liberté et l'égalité. Noua ne pousserons pas plus loin l'analyse du mécanisme social imaginé par Rousseau, heureux si nous en avons exactement extrait les vrais principes.

Mayena paor résonÂiw l« plupart <es »h»emrttém im • G^itrmt social •- — Quant aux obscurités de détail du Contrat tocial, beaucoup d'entre elles seraient éclaircies, si l'on se reportait davantage au Discours sur Vitiégaliti, aux objections que soulève celui-ci, et aux réponses plus ou moins péremptoires mais si nettes que l'auteur y a faites et qu'on a vues plus haut. On lit trop vite ce discours, qui a la réputation de n'être qu'une boutade éloquente, sinon on y verrait très nettement sur l'état de nature et sur les vraies conditions de temps et de milieu, relatives au contrat et à d'autres points réputés obscurs, des explications que l'on a cherchées laborieusement dans le Contrat lui-même et ailleurs *.

Nous ne saurions nous-méme terminer cette analyse de

1. Ces mîmes oxplicstiotis viennent d'èlrs rceherchëei atoc ragftcité pW M. Alexii Bertrand dans nn msDnscrit complet du Contrat mtiai, daUnt d« ns4, iléji pr6t poor l'impression et Tolontairoment mntilé par Ronssean, «ïbc le dessein de faire ressortir aui yeux de tod) celle nnité foncière de son ajstème que nous avons tenté de démêler plus haut et qu'il sentait trop latente. Celte excellente monographie (le Texte primitif du Cantral irtial, mémoire la à l'Acaddmie des sciences morales et politiques dans la séance du 4 avril IS9I. par U. Altxii Oertrnnd. Paris. Alphonse Picard, ISBl) compMM tT6s QtileaMnt les «rades de MM. Paul Janet et A. Feaillde citées plus haut sur lea thdories politiques de Rensseau ; et nous y renvoyons les apprentis en économie politique et on civisme, c'eal-i-dire — par le temps qui court — tons las éMdiUitl en

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