ANALYSE CRITIQUE DE L'ÉMILE
Ëmne «t l'idée 4« propriété. — Sea yerbu 4e •!■■«. — Sem
nallUea. — Là nous lui donnerons d'abord l'idée de la propriété présentée comme le ■ droit de premier occupant par le travail ». Nous ferons détruire par le jardinier les fèves qu'Emile aura plantées juste sur un carré de jardin déjà ensemencé. Hur ridée de la propriété se greffe celle de sa conservation, et < nous voilà dans le monde moral; voilà la porte ouverte au vice » et à la punition, • Voilà les misères de la vie humaine qui commencent avec ses erreurs. •
Dès lors, prêchei-le d'exemple ; qu'il prenne d'abord, par l'imitation, des vertus de singe, en attendant mieux, et donnezlui le temps de mûrir. Et surtout n'attachez -pas trop d'importance à ses saiUies plus ou moins heureuses ; i Un instant vous diriez, c'est un génie, et l'instant d'après, c'est un sot. Vous vous tromperez toujours, c'est un enfant. C'est un aiglon qui fend l'air un instant, et retombe l'instant d'après dans son aire ■-
< Ne lui brouillez pas la tête avec plusieurs langues, c'est là une des inutilités de l'éducation > et même un de ses dangers, si l'on en croit Bousseau, car < les tètes se forment sur les langages, les pensées prennent la teinte des idiomes >.
Le» laacveBt les ftikle* M L» FvBMdae) U leetare et la réetUllMt) iMt eXevelee* phyklqvea. — Hais l'auteur de l'Snitiâ se corrigera plus loin, car son élève rapportera de son tour d'Europe la connaissance des deux ou trois principales langues. Ce n'est pas d'ailleurs parler plusieurs langues que de parler plusieurs dictionnaires ; or c'est le cas — tou' jours d'après Rousseau et jusqu'à douze ou quinze ans — de < ces petits prodiges qui croyaient parler cinq ou six langues ».
Ici reparaît le précepte, signalé dès le premier Age, de ne pas se payer de mots. Rousseau le pousse jusqu'à écrire i ( Emile n'apprendra jamais rien par cœur, pas même des Mies, pas même celles de La Fontaine) toutes naïves, toutes channantes qu'elles sont >. II fonde son exclusion du grand fabUer sur des raisons tirées de la diftlcullé du sens des mots dans ses fables^ et surtout des vices de leur morale mondaine^ Ces raisons sont fameuses, sinon irréfutables et nous les avons
exftminées plus haut<. Nous retrouverons d'ailleurs plus loio le moment d'apprendre ces mêmes fables et tous les élogequ'elles méritent.
Hais ici la méthode de. Rousseau devient tout à fait radicale : ( En ôtant ainsi tons les devoirs des enfants, j'dte lei instruments de leur plus grande misère, savoir les livres. La lecture est le fléau de l'enfance et presque la seule occupation qu'on sait lui donner. A peine k douze ans Emile saura-t-il ce que c'est qu'un livre. >
Voilà le plus hardi de ses paradoxes, mais il est suivi des plus sages considérations sur l'utilité des exercices du corps, auxquels Emile se livrera selon son âge, * sans abrutir son esprit >. Et il cite à l'appui les anciens et Locke et le bon Rollin, etc., en ajoutant avec dépit cette prophétie que notre temps se charge de démentir : « C'est le plus judicieux de leurs préceptes, c'est celui qui est et sera toujours le plus négligé >.
Jeux d«B aena et d« l'esprit. Le deMln ««bs modèle des- •Iné. L« sé*Bi«lrle par I«a fanfrea. — Aux exercices du corps s'ajoutent les jeux et tout un système d'inventions, de trucs, pour développer l'adresse de l'esprit avec celle du corps.
Notons, au passage, ce précepte, aujourd'hui universellement suivi, de n'apprendre le dessin à Emile que d'après les objets, et non d'après des dessins. Un exemple encore, pour flnir et montrer à la fois l'ingéniosité et la subtilité de la méthode : € Je n'oublierai jamais d'avoir vu à Turin un jeune homme à qui, dans son enfance, on avait appris les rapports des contours et des surfaces en lui donnant chaque jour à choisir dans toutes les figures géométriques des gaufres isopérimètres. Le petit gourmand avait épuisé l'art d'Archimède pour trouver dans laquelle il y avait le plus à manger. > Certes le procédé a du bon, en passant ; la généralisation en serait grotesque, et elle a été tentée, hors de France. Si Emile doit apprendre ainsi le calcul des maxima et des minima, il court le risque d'élre plus tôt barbon que bachelier es sciences. Hais l'objection, nous le savons, eût fort peu louché l'auteur de V£mile.
Troisième étape (livre 111). Un • enftwt fait •. Age dM étade*. < \»n malta, aed aiBltpm. • — Arrivé là, il considère
l.Cf., p. 23» sqq.
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Emile dans le troisième étal de l'enfance, c'es^à-dire comme un € enfant fait >, au moral et au physique, et il ajoute : Le premier pas que nous allons faire au delà doit être un paa d'homme. L'enfant robuste fera des provisions pour l'homme faible.... Voici donc le temps des travaux, des instructions, des Études; et remarquez que ce n'est pas moi qui fais arbitrairement ce choix, c'est la nature elle-même qui l'indique. •
Avant (le s'engager dans ces < périlleux sentiers >, Rousseau rétrécit le cercle de ses investigations, et, revenant à une idée et à une image du Dûcoms sur les sciences et les arts, s'écrie : ( Ténèbres de l'entendement humain, quelle main téméraire osa toucher à votre voileî Que d'abimes je vais creuser par nos vaines sciences autour de ce jeune infortuné! >
Voici d'ailleurs l'esprit de sa méthode excellemment défini : « Souvenez-vous toujours que l'esprit de mon institution n'est pas d'enseigner à l'enfant beaucoup de choses, mais de ne laisser jamais entrer dans son cerveau que des idées justes et claires *.
IiCfABs <le l'expérience et dn sentlMe**. Un lever 4e soleU. Lm physique mus «wehlNeB. — Emile transformera ses sensations en idées, en passant graduellement des objets sensibles aux objets intellectuels, et il ne fera rien sur parole : ( nos vrais maîtres seront l'expérience et le sentiment >.
La première leçon de cosmographie lui sera suggérée par un lever de soleil, dont Kousseau fait une description fameuse. Mais n'essayez pas, pendant ou après ce spectacle, de communiquer votre enthousiasme k Emile. Point de dissertations non plus, même en face de la nature : « Pure bêtise ! C'est dans le cœur de l'homme qu'est la vie du spectacle de la nature; pour le voir il faut le sentir. L'enfant aperçoit les objets ; mais il ne peut apercevoir les rapports qui les lient, il ne peut entendre la douce harmonie de leur concert. Il faut une expérience qu'il n'a point acquise. •
Les tours d'un joueur de gobelets, attirant un canard mécanique et flottant sur l'eau, avec un aimant caché dans du pain, lui feront trouver les lois de l'aimantation; un bâton à moitié plongé dans l'eau et paraissant brisé lui fera trouver l'optique : < Emile ne saura jamais la dioptrique ou je veux
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qu'il rappredne autour de ce bâton », comme l'enfanl de Turin apprenait ta géométrie des surfaces autour d'un gAteau. Point de machines ingénieuses qui rendent l'esprit passif: retrouvons-les : par exemple, point de balances, mais ■ bAton en travers d'une chaise t pour la première leçon de s tique, etc.
On voit la méthode et son excellence en principe : elle part de l'objet pour arriver à l'idée, et gagne les idées génêrtdes par la méthode de proche en proche, celle-là même qu'avait trouvée et suivie Rousseau autodidacte, aux Charmetles.
NalaMtaee des Idée* générale*. • A tp^itt cel» esi-il bout ■ — Balil*s*n CraHaé- — De ces idées générales, la première acquise est celle de l'utile : « A quoi cela ett-il bon? Voilà désormais le mot sacré » ; et Rousseau cherchant » une situation od tous les besoins naturels de l'homme se montrent d'une manière sensible à l'esprit d'un enfant >, la trouve dans Robinson Crusfié qui sera le premier et longtemps le seul Uïre d'iimile. € C'est le vrai château en Espagne de cet heureux àgr, où l'on ne reconnaît d'autre bonheur que le nécessaire et la liberté i>. La pratique des arts naturels mène Emile, itutalii dans ton île, h la recherche des arts d'industrie, de ceux qui exigent le partage et la distribution du travail. Voilà donc Emile promené d'atelier en atelier, comme l'élève de Rabelais, mais mettant lui-même la main à l'œuvre.
Naltons ée l'échange et de l'égalité, — Ënlie Btenninler d len FévolntUns à venir. — Il a appris à connaître les hommes < par leur rapport sensible avec son utilité >. La notion de l'égalité lui vient par celle de l'échange. 11 sait ce que c'est que la vie, il doit donc apprendre à la conserver. Un métier y pourvoira, le travail des mains étant, de tontes les occupations propres à fournir la subsistance à l'homme, < celle qui le rapproche le plus de l'état de nature ».
■ Un métier à mon fils ! mon ftls artisan ! monsieur, y pensezvous? — J'y pense mieux que vous, madame. » Écoutez plutôt ces paroles qui prophétisaient si nettement la Révolution, encore éloignée d un tiers de siècle : • Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions, Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors? Tout ce qu'ont fnit