‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 212 sur 244 · ANALYSE CRITIQUE. DE L'ÉMILE, ^H · texte numérisé non relu

ANALYSE CRITIQUE. DE L'ÉMILE, ^H

les hommes, les hommes peuvent le détruire; il n'y a de caraotères inefiïiçaJiiles que ceux qu'imprime ta nature, et la nature ne fait ni princes, ni riches, ni ^ands seigneurs. Que fera. donc, dans la bassesse, ce satrape que vous n'avez életé quâ pour la grandeur? Que fera, dans la pauvreté, ce publicain qui ne sait vivre que d'or? Que fera, dépourvu de tout, ce fastueux imbécile qui ne sait point user de lui-même, et ne met son être ^e dans ce qui est étranger à lui? Heureux celui qui «ait quitter alors l'état qui le quitte, et rester homme en dépit du sort! >

Écoutez ces paroles plus graves encore sur la révolution de demain : * 11 n'est point juste que ce qu'un homme a fart pour ta société en décliarge un autre de ce qu'il lui doiti Ainsi la dette sociale lui reste tout entière tant qu'il ne paye que de son bien. — Mais mon père, en le gagnant, a servi la ftociété. — Soit, il a payé sa dette, mais non pas ta vôtre. Celui qui mange dans l'oisiveté ce qu'il n'a pas gagné lui-même te vole; et un rentier que l'état paye pour ne rien faire ne difïère . guère, à mes yeuj, d'un brigand qui vit aux dépens des passants. >

Emile apprendra donc un métier « qui put servir à Robinson dans son ile >, il sera menuisier en dépit des préjugés de ses * agréables contemporains >.

Énlle • appreiiU homniG >. — Hats un autre apprentissage plus long et plus pénible le réclame aussi ; malheureusement ■ nous ne sommes pas seulement apprentis ouvriers, noue gommes apprentis hommes i.

Ouvrier, il a ressenti l'inégalité des conditions, il compara ses sensations, il est forcé de juger, au risque d'errer souvent. 11 reste à lui apprendre à bien juger : ce sera l'objet du quatrième livre.

Hais établissons avec .Rousseau le bilan de l'éducation d'Emile à quinze ans.

■Omi 4e rédiaeRtl*n fÉMlle k quluse »am. — 11 sait peu, mais il ne sait rien h demi ; ses connaissances sont véritablement siennes. Elles sont t naturelles et purement physiques >. Il ne sait < ni histoire, ni métaphysique, ni morale. Il connut les rapports essentiels de l'homme aux choses, mais nul des rap-

ports inoraui de l'homme k l'bomme.... Il sait peu généraliser d'idées. > Quelques figures de géomèirie, quelques signes d'algèbre, voil& les seuls * supports de ses abstractions >. 11 est < labofieux, tempérant, patient, ferme, plein de courage.-.. Il a le corps sain, les membres agiles, l'esprit juste et sans préjugés, le cœur libre et sans passions >, hormis une poiiite d'amour propre qui n'altère pas ses vertus personnelles, et va nous servir, dans le livre IV, à acquérir les vertus sociales qui lui manquenl. En somme, * sans troubler le repos de personne, il a vécu content, heureux et libre, autant que la nature l'a permis, » et, satisfait de son œuvre, Rousseau s'écrie, d'un air de défi : > Trouvez-Tous qu'un .enfant ainsi parvenu è. sa quinzième année ait perdu les précédentes? »

En un mot, à quinze ans, Emile est bon à tout et propre à rien, sauf à être garçon m«iuisior, ce qui est bien quelque chose, d'ailleurs. Hais patience! Rousseau nOus le répète sur tous les tons.

I^MrièMe éUf« (Um IV), — Ënll» «doleaetnt et les yatHloma. — Emile est adolescent, les passions le guettent : t Ulysse, (t sage Ulysse! crie Rousseau au gouverneur, prends garde à toi, les outres que tu fermais avec tant de soin sont ouvertes; les vents sont déjà déchaînés; ne quitte plus un moment le gouvernail, ou tout est perdu >. Ici Rousseau élabore toute une psychologie de la sensibilité dont le but est do se servir des passions naissantes pour gouverner Emile, comme on se sert du vont pour naviguer.

Éàme*Uoa ûm Bentlmeal ée U plUé. — ÈaaUc » letë hmw» de l«t-n>èBie ■. — Le t premier sentiment relatif qui touche le cteur humain selon l'ordre de la nature », c'est la pilié. Voilà par où Rousseau aura, suivant son expression favorite, une nouvelle prise sur le cœur d'Emile. Mais, pour empêcher la pitié de dégénérer en faiblesse, il faut la généraliser et l'étendre sur tout le genre humain, c Je jette ainsi mon élève hors de lui' même >, remarque-t-il énergiquement. Emile va devenir altntiite, comme nous disons depuis Auguste Comte. Son premier ami sera son gouverneur.

Les hamnaea « McnilréH an loin • par l'hlatôlre. — Criil- Viea «•ture Un klniarlcMs. — Pour lui apprendre h connaître

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