SON THÉÂTRE. — OPUSCULES : LE LÉVITE, ETC
malion. Ce n'est pas seutemeDt parce que Rousseau y tentait de marier une prose chantante et rythmée avec un accompagnement musical — ce qui est d'ailleurs fort remarquable, et conséquent avec sa théorie sur le récitatif —, mais aussi parce que la situation est filée avec art, que le style en ent coloré et que les tableaux devaient être d'un bel effet plastique.
Nous ne serions pas surpris de voir Pygmalion remonter sur ta scène, avec un plein succès, h l'aide d'une musique dans ce style tout moderne de la > mélodie continue >, comme on dit aujourd'hui, que Rousseau demandait déjà, et avec raison, à Gluck.
Intérêt reUtir àm théâtre de ■«iiMe«N. — Tel est le théâtre de Rousseau. A ne considérer ses mérites de détail qu'en valeur absolue, c'est-à-dire en dehors de l'intérêt qui leur est prêté par le nom de l'auteur, et par le piquant des contrastes qu'ils offrent parfois avec le reste de ses œuvres, il est médiocre. Housseau était trop plein de lui-même pour caractériser fortement des personnages qui lui fussent extérieurs.
OpnsenleB. — DiBH«rtatloii« teekai^ses. — • L* ■«!>• tmalaaqHe. • — Les ■ lettres * S«r» •, — -Le Uvlte d'ÉphraloB. ■ — R»Bs««Bn crltiqne et poAte mé41*ere«, — Parmi ses opuscules publiés h. diverses époques, figurent des dissertations plus ou moins techniques, notamment celle sur l'Économie poUUque, dans l'Encyclopédie (1736), premier crayon du Contrat social, très important à consulter pour l'ensemble de ses idées politiques ; ou encore celles sur VOrigine des languee, sur la musique, sur la botanique, voire même sur la sphère. Nous n'avons qu'à y relever cette solidité de langue, cette nettete d'exposition et, h l'occasion, cette rigueur de dialectique qui ne l'abandonnent presque jamais.
Son conte de la Reine fantasque se recommande par d'autres qualités, et est vi-aimeot d'une allure assez dégagée, qui est rare chez lui. Mais bien qu'il se défende d'y < étaler du phœbus h des marmots >, et qu'il se fût essayé à y moraliser sans grivoiserie, le sujet ni le ton n'en sont guère à leur portée, et l'on y trouverait plus de rapprochements à faire avec les récits scabreux do Mademoiselle de la Force, qu'avec l'iaimilable nuveté des Contes de ma mère l'Oye.
Signalons encore, dans ses mélanges, une nouveauté qui a soD prix, pour l'histoire du sentiment dans la littérature. Ce sont quatre lettres A Sara, sorties d'une autre gageure, souvent gagnée depuis sur la scène, celle de rendre intéress&nt un quioquagénaire. Rousseau n'y a pas trop mal réussi, et noua avons là peut-être une transposition atténuée de ses lettres perdues & Mme d'Houdetot.
Mais mieux vaut s'arrêter, pour finir, à un autre de ses opuscules, le Lévite d'Éphraim.
Si nous en croyons l'auteur, c'est un chef-d'œuvre Uv» digne de clore l'inventaire critique de ses œuvres complètes : € Le Lévite d'Éplvaim, dit-il, s'il n'est pas le meilleur de mes ouvrages, en sera toujours le plus chéri,... je suis sbr de n'avoir rien fait en ma vie, oii règne une douceur de mœurs plus attendrissante, un coloris plus frais, des peîn tureâ plus naïves, un costume plus exact, une plus antique simplicité en toutes choses *, etc. C'est beaucoup trop louer ce petit poème en prose, dans la • manière de Geasner >. Hais nous savons que Rousseau est un médiocre critique, qu'il méconnut notamment la main de Voltaire dans le Sentiment den citoyens, et reconnut formellement celle de Diderot dans la Fausse Lettre de Frédéric, œuvre de deux Anglais. La vérité est pourtant ici que le ■ style champêtre > est visible et souvent heureux. Hais il se concilie mal avec le ton de certains passages déclamatoires', par exemple avec celui de l'/nvocalion qui rappelle de très près le début des Hisloirei de Tacite que Rousseau avait traduit jadis, pour se faire la main. 0 y a d'ailleurs de l'émotion, de la rapidité, de la simplicité même, et, à tout prendre, un écho assez direct de la Bible, dont il avait fait alors son livre de chevet.
Enfla, outre ses comédies, il avait rimé, ea difTéreals temps, quelques riens de circonstance, tels que le Verger de» Charmettet ou VAUée de Sylvie. Mais ce n'est pas en vers qu'il est poète et ses écrits n'ont plus rien à nous apprendre sur son génie. Nous connaissons d'ailleurs toute sa vie et pouvons essayer de porter un jugement déflnitif sur l'homme et sur l'auteur.
JUGEMENT d'ensemble SUB BOUSSEAU.
JUGEMENT GÊNËAAL BUR Ii'HOMliE ET BUR Ii-AUTEUR
Appela de Boiwse»a * U J««le poMérlté. — Rousseau,
comme le héros de son cher Plutarque, pensait souvent k la postérité, et appelait volontiers par-iievant elle de tous les dénis (le justice dont il accusait ses contemporains.
« La seule gloire qui ait jamais touché mon cœur, écrivait-il, est l'honneur que j'attends de la postérité et qu'elle me rendra parce qu'il m'est dû, et que la .postérité est toujours juste. • Après un siècle écoulé, et b. considérer l'ensemble des études dont il vient d'être l'objet, on peut estimer que la postérité lui marchande encore trop l'honneur qui lui est dû, et qu'en somme sa pleine justice est bien lente k venir. Que de réticences se m^ent à tous les éloges I et quel tort font encore aux mérites de l'écrivain, et même à certaines vertus de l'homme, les fautes de sa vie et les outrances de ses idées! Et pourtant que de circonstances atténuantes pour les unes, et çà et 1& que < (le sages corrections apportées aux autres, à tout prendre '. Mais il faudrait tout prendre.
BoMsseftD ae vent pas Mre • «•«■■ à demi >. — Devolm de Ift critique enver* son génie. — Ah! qu'il avait raison d'écrire à H. de Malesherbes : ( Ce qui peut m'étre le plus défavorable est d'être connu à demi ». Mais aussi pour tenter de le connaître tout entier, quel labeur! L'assumer est pourtant le premier devoir de la critique envers ce génie complexe. Rousseau, après tout, n'est pas un monstre incompréhensible, quoi qu'on veuille dire; mais il est souvent, dans ses actes et quelquefois dans ses théories, une énigme que ni la sagacité ni l'esprit ne sauraient suffire à déchiffrer. 11 y faut joindre un patient interrogatoire de tous les témoins à charge ' et h dé-
1. Y aoniprispunii ces deraien. plnUt qoep^rmi let premierg. M. Henri Beau-
670 JEAN-JACQUES BOUSSBAU.
charge, une lecture vigilante de toutes ses œuvres, et un compte scrupuleux des diverses influences qu'il a exercées et exerce encore sur ta politique, la religion, la morale et la littérature.
Ainsi iuscrit dans ce cercle de recherches, Jean-Jacques peut encore échapper par plus d'un point à ses critiques, mais c moins ont-ils acquis le droit de dire leur sentiment sur celte fière déclaration dix fois réitérée du pauvre grand homme : < charge et k décharge, je ne crains point d'être vu tel que
Voici le notre, sans étaler (lavantage nos preuves, car elles sortiraient désormais du ton comme du cadre de cette étude. L'hamme. — ClrcuiBtaBces alICaïuutle» de •«« EftnteS' —
Les tares morales et même physiques qu'il devait k ses « origines un peu troubles et limoneuses' >, une éducation déplorablement négligée, une sensibilité dévoyée dés l'âge de sept ans par la lecture des romans et par la sensiblerie d'un père volage, un caractère exalté par la lecture précoce de Plutarque et par les commentaires politiques qu'y ajoutait à tort et b travers )e citoyen Isaac Rousseau, certaines camaraderies et rudesses de l'atelier, les inévitables souillures du vagabondage et de l'oftice, enfln toutes les suggestions de la misère et de la faim, mauvaite conseillère, comme dit le poète, nous semblent être des excuses suffisantes pour les polissonneries de son enfance et pour les pires aventures de son adolescence.
Une seule faute n'est pas vénielle dans cette période, c'est celle du vol d'un ruban, qu'une fausse honte l'empêcha d'avouer, et dont il chargea une pauvre jeune fille domestique comme lui, chez Mme de Vercellis. Mais sur quel ton il s'accuse ici! Non, un remords si éloquent, si cuisant, après quarante àas écoulés, ne peut partir d'une de ces « âmes cadavéreuses > qu'il avait en horreur. Et cette confession n'est pas pour nous donner le change, car il y en ajoutera une plus grave encore, celle de l'abandon de ses cinq enfants, qu'il fit déposer successivement à l'hôpital, dès leur naissance. Voilà l'aveu qui a longtemps déconcerté ses apologistes les plus intrépides, qui lui aliène bien des lecteurs, et discrédite singulièrement certaines de