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duit insensiblement à y mettre de l'espril », Or il faudra aller, par delàMontesquieu, jusqu'à Voltaire et à Beaumarchais, pour en trouver plus que n'en a répandu Mme de Sévigné à travers sa correspondance, et c'est peut-être ce qu'on ne remarque pas
Sens doute il y a çà et là des traces de bel esprit, à la Voiture, comme une réminiscence des coneetli des salons où elle IVéquentait, au temps où Saumaise la comptait parmi les précieuses, par exemple lorsqu'elle appelle un oiseau une feuilte gui chante; que, conseillant à Pauline les lectures solides, elle s'écrie : ■ autrement votre goût aurait les pâles couleurs >, ou encore quand elle déclare qu' * elle laisse courir la plume et lui met la bride sur le cou >. Mais il est telle èpigramme sur la dispute du P. Bouhours et de Chapelain : * Ils se disent leurs vérités et souvent ce sont des injures >, qui a toute la malice aiguë de Voltaire. Quant aux traits où la délicatesse naturelle du sentiment fait avec la subtilité mondaine de la pensée ui) alliage dont elle a seule le secret, comme dans celui-ci : < Js n'ose pas lire vos lettres de peur de les avoir lues *, ils sont innombrables.
Sa farce dlnvMilsM dans resprcB«laii. — Verdeur e( poésies- — C'est à son imagination spirituelle qu'elle doit celte originalité d'expression si rare chez les femmes, et qui, cheE elle, éclate presque partout. Ce sont les citations qui louent le mieux ici.
Elle écrira par exemple : en voyant pointer aux arbres ■ les petits boutons tout prêts à partir qui font un vnU rouge * ; ( Nous couvons tout cela des yeux > ; sur ses avis en pure perte au jeune Grignan : « Sa jeunesse lui fait du bruit, il n'entend pas > ; à sa Illle : • Ne Croyez pas que votre santé ne soit pas bue ici > ; en narrant les fêtes des États de Bretagne : • Toute la Bretagne était ivre ce Jour-là.... 11 j a dans cette immensité de Bretons des gens qui ont de l'esprit-.. »; « Je vais en Bourdaloae..,, je suis entêtée du P. Bourdaloue >; à propos d'elle et d'une voisine de campagne : « Elle sait un peu de tout, j'ai aussi une petite teinture, de sorte que nos superficies s'accommodent fort bien ensemble * ; sur les romans et le style de La Calprenède : ( Je trouve donc qu'il est détestable et je ne laissa
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pas de m'y prendre comme à de la glu » ; sur une toilette eitraordinairement soignée du grand Condé, dont la négligence ordinaire était célèbre : < Toute la cour en fut témoin et Mme de Langiron, prenant son temps qu'il avait les pattes croisées ccmme le (l'on, lui fit mettre un justaucorps avec des boutonnières de diamants i ; sur H. de Harcillac Taisant faire sur ses terres le tour du propriétaire emprunteur à un riche financier : • Il avait GourviUe qu'il promenait comme un fleuve par toutes ses terres, pour y apporter la graisse et la fertilité ».
Cette invention dans l'expression va chei elle de la verdeur du style de Célimène b. une poésie toute racinienne. Tantôt elle risquera : • Toulcr^e ici de blé.... Je n'eusse jamais cru voir ft Vichy les chiens de visage qu'on y voit.... Sa nourrice avait peu de lait, celle-ci en a comme une vache i, ou elle dira, dans le style du village : c Je suis ici toute Jlne seule *, ou dans celui du Malade imaginaire, qu'elle va faire prendre les eaux au Bim Bon, l'abbé de Coulanges, c pour vider son sac, qu'il avait trop rempli à Epoisses • : et tantôt elle décrira avec une grâce poétique > ces beaux jours de cristal de l'automne,... les arbres parés de perles et de cristaux », ou, avec une mélancolie pénétrante, t ces réveils de la nuit qui ont été Hoirs », ajoutant qu' c un souf/le, un rayon de soleil emporte toutes ces réflexions du soir ».
ConelBHtoii 8Br Hne de Sé\igne. — Une verve enjouée et inépuisable, un esprit juste, une sensibilité d'artiste, une véritable force d'invention dans le style, et, fécondant tout le reste, une extraordinaire vivacité d'imagination avec un je ne sais quoi de gracieux jusque dans ta force et qui décèle le sexe, le tout dans un degré éminent, tels nous semblent être les mérites caractéristiques de Mme de Sévigné.
C'est gr&ce èi eux qu'elle a donné un relief incomparable à tous ces lieux communs des lettres missives : la famille et les affaires; les gros et les petits scandales du monde; les événements de la cour et de la ville, de la politique et de la guerre, de la religion et de la littérature, ajoutant même un thème au moins à tous les autres, à savoir le sentiment de la nature.
Mais il serait injuste de ne pas remarquer qu'on trouve largement cher ses contemporains, et surtout chez ses conlempo-