POLITIQUES ET PHILOSOPHES
commencent ainsi que d'éloquents bulletins de victoire, avec des invocations aux héros de Plutarque, et se terminent par des cris de désespoir et d'indignation, sous le couteau de la guillotine, avec l'effroyable sensation des mains liées, du cœur qui palpite encore pour' sa jeune femme, et de la iite séparée qui ouvre encore ses yeux moitranls sur Lucile (pp. 680, 685).
I«B pUlosophes E Diderot, d'Alenbert, G*llaKl. — La philosophie ayant pris peu à peu, dans les préoccupations de l'esprit public, au xviii' siècle, presque toute la place qu'y tenait la religion, dans le siècle précédent, en toute correspondance, ainsi qu'en tout autre écrit, elle donne sa note et glisse au moins * le bavard philosopkisme du grand peut-être cher au citadin qui a les pieds chauds et son pain cuit >, comme disait le marquis de Mirabeau. Pourtant on peut signaler, à part, des philosophes de proression qui restent tels dans leurs lettres. Celles de D'Âlembert, par exemple, permettent d'apprécier l'honnêteté de son esprit, la gravité limpide de son style et même la correclion de ses procédés quand il n'est pas soufilé par l'esprit de parti (pp. 229, 232, 239, 241).
Cette verve universelle et inégale et celte humeur prêcheuse, cette exubérance toute plébéienne et cette éloquence haletante, ce débordement torrentiel d'idées justes et de contre-vérités piquantes, qui faisaient, au dire des contemporains, le charme prestigieux de la conversation de Diderot, scintillent et bruissent à travers sa correspondance privée, comme à travers cette Correspondance dite de Grimm, dont plusieurs des meilleurs morceaux sont partis de sa plume, toujours en mouvement, comme sa langue (pp. 245, UT, 250, 233 sqq., 258, 262, 263, 267, 273).
Joignons à ces philosophes, pour l'universalité et le mouvement perpétuel de l'esprit, cet abbé Galiani, ce délicieux Arlequin, venu en droite ligne du fond de l'Italie, » pantomime depuis la tête jusqu'aux pieds >, selon le mot de Diderot. Il fut, pendant une dizaine d'années, la coqueluche des salons parisiens, en remporta dans son pays un goût passionné pour l'esprit français, et se l'assimila avec un succès qui seraii absolument prodigieux, si la parenté des langues et des génies ne l'exphquait en partie (pp. 446, 447, 450, 454, 455 sqq., 459). II. — 45*
710 LETTBES DU XYIIl" SIÈCLE.