MŒUAS FEODALES : LA FORCE ET LE DROIT. 2H
Alors les évoques bénissent les eaux,
El mènenl païens aux baplislËrea.
S'il en e*( un qui rè.^isU à la volonté de Charles,
Il le fait pendre, occire, ou brûler.
Ainsi furent baptisés plus de cent mille,
Oui deviennent bons chrétiens; seule, la Reine est mise it part.
Elle sera menée captive en douce France;
C'est par amour que le Roi veut la convertir '.
{V. 3Gflt sqq.)
La cruauté n'est pas moindre, quand Gancioii subit son châtiment; on lui lie les mains et les pieds à qnatre chevaux sauvages qui l'écartèlent :
Tous ses nerls sont moult tendus,
El tous ses membres de son corps s'arracliant.
Sur l'herbe verte se répand le sang clair.
(Y. 3910 sqq.)
Son supplice entpaine même celui des trente parents qui sonl venus au plaid pour le défendre ;
Alors, le Roi appelle un sien viguier, Basbrun :
- Va, pends-les tous à cet arbre de malheur, < Par cette barbe dont les poils sont chenus.
> S'il en échappe un seul, tu es perdu, tu es mort. (V. 3B52 sqq.)
Il est vrai que ces rigueurs s'exercent toujours au nom de la justice, et avec une sorte d'innocence. Cette constante préoccupation du droit est même un des traiLs les plus saillants de l'état social qui sert de cadre au tableau. Toutes les fois qu'une aclion guerrière s'engage, elle s'inaugure par des vers tels que ceux-ci ;
Païens ont tort, et chrétiens ont droit.
Charles a droit contre la genl païenne. Dieu nous a mis à son vrai jugement.
Vous le sftveï : contre païens j'ai droit.
— Les Francs répondent : Sire, vous dites vrai.
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1.C9 Sarrasins et les chrétlea«. L-'enthaiislasine de la croisade. — C'est d'ailleurs l'unique différence qui existe entre les Francs et les Sarrasins. Par suite d'une assimilalion ordinaire à la poésie primitive, ils se ressemblent tellement qu'on pourrait les confondre, sans la croyance qui tes sépare. Bien des inndèles mériteraient en effet cet éloge donné à l'un d'eux :
FAt-il chrétien, ce serait vrai baron.
Quand le trouvère les appelle félons, il n'entend donc par ce mot que la trahison commise envers Dieu : car c'est un des préjugés do moyen âge de ne pas admettre la bonne foi dans l'erreur. Du reste, les vêtements, les armures, les coutumes et les institutions sont tout à fait analogues. Le pouvoir de Maraile est, comme celui de Charles, tempéré par un concile des grands. Blancardin s'appelle chevalier au même titre que tes preux de France. De l'un et de l'autre côté, les chefs encoura' gent leurs vassaux par des promesses de tlefs en pays conqui;. Les sectateurs du Coran et ceux de l'Évangile ont également des clercs et des chanoines. En un mot, il en est d'eux comme des Troyens et des Grecs, dont les mœurs se rapprochent au point qu'il est parfois malaisé de les distinguer.
La question religieuse étant seule en cause entre ces adversaires qui représentent surtout des cultes hostiles, on ne s'élonnc plus de l'ignorance naïve qui se mêle à ces haines d'Eglise. On peut même dire que les anachronismes de la légende ne sont pas trop démentis par l'histoire. Par exemple, si les Francs du Nord, situés fort loin des Pyrénées, virent des Sarrasins dans tous les ennemis de Charlemagne, c'est qu'il n'y avait point encore de patrie sarrasine. L'unité du monde musulman tenait au nom seul de Mahomet, et, l'ignorance géogra|)hique aidant, l'invasion arabe eut d'abord va caractère cosmopolite. L'émir de Babylone ne vient-il pas au secours du roi Marsiie? A plus forte raison, les races occidentales ne pouvaient-elles savoir au juste quelles étaient les prescriptions du Prophète. Aussi tous ses fidèles furent-ils indistinctement réputés des païens et des adorateurs d'idoles. Le trouvère dit que Marsiie sert Mahomet, et < se réclame d'Apollon >. Après