SES SOURCES
l'Eglise et au prolitde son i^ègne (rùt/attme) •. L'autre parle < de ses grani chevaleries, el do ses graiiï (ah d'armes >. Le premier livre où sonl recueillis les bonnes paroles et les pieux cDseignetnents du roi n'est qu'un préambule édifiant, d'environ vingt pages; il va du g 10 au ^ 67. Les anecdotes, sentences ûu exemples dont il se compose sont l'écho des enquêtes faites ou des travaux publiés soit par Geoffroy de Beaulieu, i^onfcsseur du prince, soit par Guillaume de Chartres, son chapelain. L'un avait rassemblé, en 1276, à la prière de Grégoire X, t la fleur dos bonnes paroles et des bons exemples > du roi. L'autre avait réuni, vers 1277, soixante-cinq miracles opérés par la vertu de saint Louis. Joinville leur emprunta notamment ce qu'il nous rapporte des peines infligées aux Masphémateurs et de la collation des bénénccs. Une de ses sources fut encore, selon toute pi-obabilité, la vie de saint Louis traitée en latin et en français par Guillaume de Nangis qui gardait les archives de l'abbaye de Saint-Denis, et dont l'iEuvrc fait partie des Grandes Chroniques de France (t. XX). Joinville le consulta sans doute pour la plupart des chapitres où il parle des dernières années du roi, car il n'était plus alors aussi riche en souvenirs personnels. Nous savons aussi que le comte d'Alcncon lui apprit directement ce qui intéressait la maladie el la mort de saint Louis.
Quant au second livre, qui s'étend du g Ctj au § 7G9, il est de beaucoup te plus considérable, puisqu'il débute à la naissance lie Louis IX et finit à sa mort. Est-il besoin d'avertir que, dans ce tableau, les épisodes les plus inléressanls sont ceux où Joinville fut acteur ou témoin? Mais, alors même, il ne s'assujcllil point à une méthode d'c^tposttion suivie. Or nul ne sauvait s'en plaindi-e, car c'est une convenance de plus dans ces annales qni marchent au hasard, comme la guerre dont elles sont la vivante peinture. Voilii ce que nous voudrions démontrer par t'analyse sommaire de oe journal où revit, avec une simplicité fort expressive, la sublime folie d'une aventure mer ïeillcuse comme une légende cl vraie comme l'histoire.
ttCDu untntiBBs.
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[I. — Analyse de l'oîuvhe.
Ëvell de h» curiosité. — Le dépari, — Inddcnls de la lr«versée. — Slallon de Chypre. — Le temps perdn. — Oublions
donc, s'il est possible, nos idées et nos mœurs pour enirer en sympathie passagère avec celles d'un âge encore plus éloigaé de nous que l'antiquité grecque ou latine. Si l'on s'engage dans cette lecture sans arrière-pensée politique, sociale ou religieuse, on sera séduit par la sincérité d'un esprit dont la candeur égale la finesse et le perpétuel éveil. La curiosité de JoiaviUe noua est une garantie de sa bonne foi. Elle ouvre des yeux attentifs à toutes les surprises de l'inconnu. Ses émer\'eiilemenLs cMfs se manifestent dès le port. C'est ainsi qu'il obsen-c et décrit avec un entrain allègre les moindres détails du départ : < Au mois d'aoust entrâmes en nos nez (navires), à la Roche de Hai'seille. A cette journée liât l'en (fou /îi) ouvrir la porte de la nef, et mist l'en touz nos chevaux ens (dedans) ; et puis rcclost l'eu la porte, et l'emboucha l'en bien, ainsi comme l'en naye un tonnel, pour ce que, quand la nef est en la mer, toute la porte est en l'yaue. Quant les chevaux furent ens, nostre mcstre notonoicr escria à ses nolonniers qui estoienl au bec de la nef, et leur dit : t Est arée (purée, achevée) vostre besoigne? > et ils respondirent ; « Oy, Sire, vieignent avant les clers et les provêres (prêtres) >. Maintenant que il furent venus, il leur escria . < Chantez de par Dieu >, et ils s'cscrièreut touz à une voix : Veni Creator Spiritus. Et il escria à ses nolonniers : ■ Faites voile de par Dieu ! > et il si (ainsi) firent. Et en bricf tcns le vent se feré ou voille Iférit en la voile), et nous ot lolu (enlevé) la veuedela terre, que nous ne veismes que le ciel et yaue; et chascun jour nous esloigna le vent des païs où nous avions esté nez. Et ces choses vous monslrè-je que celi est bien fol hardi qui se ose mettre en tel péril, à tout autrui chastcl (avoe chdleau d'aulmi sur la conscience), ou en péchié mortel; car l'en se dorl le soir où en ne soet se l'en se trouverra ou fon (au fond) de la mer au malin <. >
1. Joinville reprcod ici nvec un sentiment cliriSiioa 1o motif d'Uoraoo : Illi