ANALYSE : LE DÉPART. S
A mesure que la flotte avance, Joiovilie note tous les iacidents qui varient la traversée, entre autres, • la fière merveille qui leur advint > près des côtes de Barbarie. Vers Theure de vêpres, ils se trouvèrent en vue d'une montagne toute ronde ; et, le len- (Icmain matin, après avoM- navigué toute la nuit, ils l'aperçurent encore, malgré les cinquante lieues qu'ils croyaient avoir parcourues : ce que voyant, les • mariniers tout ébahis > [irirent peur. Alors < un priidhome de prestre * qui était è. bord iléelaraque jamais en sa paroisse menace fâcheuse de séchereeseou de pluie n'avait pu résister à trois procesaions faites par trois iamedis de suite. Justement, c'était un samedi, et aussitôt l'équipage se mit h circuler, bannières déployées, autour des deux mâts dé la nef. Tout malade qu'il était, Joinville se Ht porter k bras sur le pont, pour participer k la cérémonie : < Ur, depuis, ajoute-t-il, oncques ne vimes la montagne >. Le troisième samedi, on arrivait à Chypre, sans encombre.
C'est ïh que Joiaville trouva le roi, qui était parti d'Aiguesiiiortes, et qu'il entra directement à son service. L'occasion en fut k pénurie où il se trouvait, après avoir soldé les frais de *a nef el de son ravitaillement. C'est en effet à Chypre qu'avaient ^té réunis les approvisionnements de vins, d'orge et de froment; et pour les peindre, Joinville a des images pittoresques;» Il semblait, dit-il,quece fussent mountaignes». Louis IX apprit qu'il était à court d'argent; et, pour lui venir en aide, il l'attacha de près à sa personne : el il n'était que temps, car des chcTaliers de Joinville menaçaient de l'abandonner • s'il ne se pourvoyait de deniers >. Voilà l'origine de ta liaison qui suivit, ''i devint aussi familière que celle du fidèle Achate et du pieux Enéc, D'autres l'ont comparée à l'amitié de Henri IV et de Sully ; mais ici le sentiment seul serait analogue; tout au moins y ïufail-il cotte différence que, dans le cas présent, les reparties ■ piquantes viennent du sujet, et les sages conseils du souve-
•« fraple Bjqoif & la mer. .
"■•ms avons yonln citer d'gliotd le toïte i ISn Je rendre la lecture moins épincnse, nous ne le Ce
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rain, un vrai Mentor. Ajoutons pourtant que Henri IV, sous ses
airs de légèreté, était encore plus politique et plus avisé (
Sully.
Mois QC nous attardons pas avec saint Louis en cette station (le Chypre où il se laissa trop débonnairemenl amuser et duper par les ambassades des princes d'Asie qui, sous prétexte d'alliance, venaient l'endormir par de vaines promesses. Ces lenteurs furent telles que plusieurs croisés perdirent patience, el l'cvinrent en France. Enfin, le samedi 22 mai 1249, les pèlerins quittaient la pointe de Limesson, • ce qui fut moult belle chose; car il semblait que toute la iner, tant que l'œil pouvait voir, fût couverte de voiles ». On cingla vers l'Egypte, où saint Louis projetait la fondation d'une grande colonie qui eùl été sa base d'opérations pour la conquête de la Terre Sainte, il avait emporté des instruments de labourage et des outils de toute sorte. Après avoir plus ou moins rallié les débris de sa flotte dispersée par une tempête, le roi (ou plutôt le vent) décida qu'on mettrait le cap sur Damiette.
DébarquemeDl h Daml«ll«. — S«lail LomIs el BaiiMpulCi — C'était le premier jeudi après la Pentecôte : cette heure fut aussi solennelle que périlleuse, car il fallut débarquer ea face de l'armée du Soudan. « Nous trouvâmes là toutes ses forces, sur le rivage de la mer, fort belles à regarder; car le Soudan porte les armes d'or, où frappait le soleil qui faâait armes resplendir. Le bruit qu'ils menaient avec leurs naeaires (timbales) et leurs cors sarrasiaois était épouvantable i écouler. • A cette vue, le roi mande ses barons, * pour avoir conseil >. Beaucoup étaient d'avis qu'il convenait d'attendre • le retour de ses gens », dont le tiers avait été disséminé par l'ouragan sur les côtes de Syrie. Mais i il ne voulut oncques les en croire >, et sa principale raison fut que par là • il donnerait cœur & ses ennemis ». Aussi Unit-on par décider que Ton descendrait sur la plage « le vetidredi devant la Trinité », pour livrer bataille, si les Sarrasins ne s'y refusaient pas.
Ce serait ici le lieu de comparer saint Louis et Bonaparte, ne fût-ce que pour apprécier les différences de ressources, de talent, de prévision, de calcul, et par suite de succès, Maisi en nous bornant k indiquer ce parallèle que chacun pourra faire à