‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 43 sur 244 · DAMIETTE : SAINT LOUIS ET BONAPARTE · texte numérisé non relu

DAMIETTE : SAINT LOUIS ET BONAPARTE

Idgir, disons seulement que sous les contrastes où se marque te distance des temps, éclate des deux côtés une vaîllanre également entreprenante, et dont la furie est Loule française. Oui, nous retrouvons l'air de famille dans ces preux du moyen âge qui se disputèrent l'honneur de se signaler au premier rang. JoJnville ne nous donne pas la proclamation de saint Louis, mais elle se trouve dans le tome 111 (p. 239) de sa vie par le scrupuleux Tillemont (édition de M, de Gaulle, publiée par la Société de l'Histoire de France). La voici : t Mes fidèles amis, nous serons insurmontables si nous demeurons ainsi dans la charité. Ce n'est pas sans une permission de Dieu que nous sommes arrivés si promptement. Ce n'est pas moi qui suis roi de France, ni qui suis la sainte Église; je ne suis qu'unteui homme dont ta vie passera amune telle d'un autre homme, quand il plaira à Dfeu. Toute aventure nous est sûre ; si nous sommes vaincus, nous monterons au Ciel en qualité de martyrs ; si nous sommes vainqueurs, on publiera la gloire du Sauveur; et celle de toute la France, ou plutôt de toute la chrétienté, en sera plus grande. Dieu qui prévoit tout ne m'a pas suscité en vain : il faut qu'il ait quelque grand dessein. Combattons pour Jésus-Christ, et il triomphera en nous; et ce sera à lui et non à nous qu'il en donnera la gloire, l'honneur et la bénédiction. »

Or après cinq siècles et demi, Bonaparte, escorté d'un Volney, d'un Honge, d'un état-major où Hgurail l'élite de nos savants, adressait cet ordre du jour à son armée qui débarquait sur la plage d'Alexandrie : • Soldats, vous portez à l'Angleterre le coup le plus sensible, en attendant que vous lui donniez le coup dû mort.... Vous réussirez dans toutes vos entreprises.... Les deslins vous sont favorables.... Dans quelques jours, les Hamelucks qui ont outragé la France n'existeront plus. Les peuples au milieu desquels vous allez vivre tiennent pour premier anicle de foi qu'ii n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et que Mahomet est son prophète : Pîe les contredisez pas.... Les légions romaines aimaient toutes les religions. Le pillage déshonore les années, el ne profite qu'à on petit nombre. La ville qui est devant tous, et où VOUE serez demain, a été b&lie par Alexandre. >

L'n* pace d'épopée — Pour aborder, il fallait de ces bateaux légers qu'on appelait galles. Joinville en fil demander un au

chambellan du roi, Jean de BeaumoDt, qui n'en eut pas à lui fournir ; car tout allait à l'aventure, et l'on comptait plus sur la grâce de Dieu que sur les précautions de la prudence. Force lui fut donc de se tirer d'embarras, comme il put, au risque de noyer ses gens. En revanche, les hommes de ce temps-là avaient des scrupules de conscience que nous ne coonaissons guère. Par exemple, avant d'appareiller, Joinville obligea deux de ses plus braves chevaliers, Vîllain de Versey et Guillaume de Dammartin, qui s'iftaienf pris aux cheveux en Morée, et * qui étaient en grande haine l'un contre l'autre *, à faire la pai.t, et h s'embrasser, * jurant sur retiques qu'ils n'iraient pas à terre avec leur rancune ». Ils obéirent; et alors, tout à fait rassuré, Joinville usa de telle diligence qu'il réussit même h devancer la chaloupe du roi. Les gens qu'elle portait en furent irrités, et » crièrent après lui », pour qu'il laissât le pas à l'enseigne de Saint-Denis. Hais c il ue voulut point les en croire >, et s'élança flèrcmeut sur le rivage devant t une grosse bataille (corps de troupes) de Turcs : il y en avait bien six mille à cheval. Sitôt qu'ils nous virent, ils vinrent vers nous, piquant des éperons. Lors, nous fichâmes les pointes de nos êcus dans le sable, et dirigeâmes vers eux le fer de nos lances. Or, du moment qu'ils les virent tout près de leur entrer au milieu du venlre, ils tournèrent devant derrière », et s'enfuirent à toute bride.

En parlant ainsi de lui-même, Joinville ne se targue d'aucun avantage. Loin d'envier leur gloire à ses frères d'armes, il déclare même que, dans cette rencontre, la plus brillante attitude fut celle du comte de JaCfa : « Car sa galère arriva toul« peinte en dedans en en dehors aux écussons de ses armes, lesqueUes sont d'or, à une croix de gueule pâtée {rouge et en forme de palle). Il avait bien trois cents rameurs, et pour chacun un bouclier à ses armes, et à chaque bouclier un pennon {petite bannigre) brodé en or à ses armes. Pendant qu'ils venaient, ii semblait que la galère voldl, tant les nageurs {rameurs) la coutraignatent à force d'avirons, et que la foudre tombât des deux, tel bruit menaient tes nacaires, les tambours, et cors sarrasinois qui étaient en sa galère. Sitôt qu'elle fut entrée dans le sable aussi avant qu'elle put, et lui, et ses chevaliers saillirent

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