‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 89 sur 244 · PASCAL : CONCLUSIONS SUR LES PENSÉES · texte numérisé non relu

PASCAL : CONCLUSIONS SUR LES PENSÉES

mais rapprochez-les du modèle, ce sont des monnaies du même

or, dont Pascal a marqué pour la première fois le titre. »

Ajoutons, pour terminer, que de tous les apologistes chrétiens il est le plus voisin de nous. Outre que sa polémique n'est plus dirigée seulement contre les hérétiques, comme celle de Bossuet, mais contre les incrédules, dont il prévoit les ass&uts, un siècle avant Voltaire, sa mélancolie est déjà celle de ces âmes en peine qui ont la blessure du doute, ou la tristesse des chutes et des ruines dont elles ont été les témoins ou les victimes.

Enfin le livre des Pensées, dans son éloquent chaos, dans le drame visible de ses raisonnements géométriques et de ses extases mystiques, est une sublime image de la tèle et du cœur de son auteur. Biaise Pascal parait bien avoir été tel que le définit le dernier en date de ses critiques, M. Sully Prudhomme : « un génie scientifique de la plus haute volée, engagé dans une âme religieuse au suprême degré, tant par nature que par éducation, dont le mysticisme fut exaspéré, dans le milieu le plus propre à le nourrir, par les suites cérébrales d'une longue et cruelle maladie >.

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PORTRAIT BIOQRAFHtQnE

Sa JeaNessc. — Jean de la Fontaine naquit, ie 8 juillet 1631, à Château- Thierry. Son père était maitre des eaux et forâts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir éii fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main ; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris, où il entraîna même son frère Claude, qui persévéra. Pour lui, il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, qui, dans l'espoir de ranger h la règle un Als trop désœuvi-é, s'empressa de le marier, en 1647, à Marie Uéricart — qui avait de la beauté, de l'esprit, mais la tête aux romans et à l'évent, un peu comme lui, — et de lui assurer la survivance de sa charge. Ce fut encore une erreur : car sa vocation conjugale n'était pas plus sérieuse que l'autre, et le seul signe qu'il en ail donné est cette exclamation qui lui échappe dans Pkilénon et Baucis :

Ils s'

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Ses inadvertancea ne tardèrent point à ie rendre aussi oublieux de son foyer que de son office. Des deux cAtés, il ne vit qu'une sinécure, et des prétextes aux distractions insouciantes.

Tandis que, sous apparence d'inspcct«r les forêts, après s'être barbouillé de quelques termes de l'art forestier, pris dans les dictionnaires, il promenait sa rêverie à l'ombre des bois soumis à sa juridiction, une ode de Malherbe, celle qui commence ainsi :

Que direz-voua, races futures ? etc.

qu'il entendit réciter par un officier, éveilla par hasard ses instincts poétiques. Il se mit donc à rimer au hasard, et à lire nos vieux auteurs, surtout Rabelais, Harot et ces fabliaux qui meublaient encore les bibliothèques de province. Épris d'une vive passion pour les pastorales de Bacan, il s'essaya même À traduire librement l'Eunuque de Térence (1634).

La FontMlae et Fonqnel, — Ce fut alors qu'un parent de sa femme, J. Jannart, substitut de Fouquet dans son office de procureur général au Parlement de Paris, profita de l'occasion pour présenter La Fontaine au surintendant, qui aimait et protégeait les lettres. Un si charmant esprit ne pouvait mançiuer de plaire à un connaisseur, et il devint rapidement le poète ordinaire d'une sorte de cour, célèbre par ses magnificences. Ce cercle brillant lui inspira le Songe de Vaux, des épltres, des ballades, des sizains et dizains, par lesquels sa reconnaissance acquittait les quartiers de la pension de mille livres que lui scn'ait son Mécène, En ces pièces légères il ne s'élevait guère au-dessus de Voiture, de Sarrasin ou de Benserade; et s'il fut bon que la faveur de Fouquet, en l'Initiant h la vie mondaine, lui donnât toute sa politesse, U risqua pourtant de s'assoupir ou de s'affadir parmi ces délices. Si ces douceurs s'étaient trop prolongées, un épicurien si naturellement ami du sommeil et du rien-fairc courait le péril de se relâcher en tous sens. Dans un pareil milieu, les bagatelles frivoles lui seraient venues plus volontiers que les fables, avec leur morale agréable et forte,

La disgrâce du protecteur, dont le contre-coup lui fut si cruel, le sauva donc des pentes faciles, le rendit à lui-même, et nous

BIOGRAPHIE : L'AUI DE fouquet; L'ÉPICUBIEN. 305 valut la touchante élégie où son génie éclata, non moins que son cœur, en des vers éloquents et courageux (1662) :

Les destins sont contents; Orante est malheureux.

Tout en prouvant qu'il aimait un bienfaiteur plus que ses bienfaits, il exerça sur l'opinion une inllence clémente, et, mieux que tout avocat, réussit à changer en pitié la malignité publique. Aussi pouvait-il dire à bon droit :

J'aceoutume chacun ï plaindre son malheur.

Remarquons aussi, avec Sainte-Beuve, que ■ dans cette pièce, comme dans son discours en vers à Mme de la Sablière, sur l'idée de se convertir, comme dans Philémon et Batiàs, ou te Songe d'un habitant du Mogol, il rencontrait, pour l'expression de ses vœux, de ses regrets et de ses goûts, un alexandrin plein et facile qui se loge de lui-même dans la mémoire, et qui est à lui autant que ceux de Corneille et de Racine leur appartien-

L'éplcarlen. — Le songe de Vaux une fois évanoui par la

captivité de l'enchanteur — un prévaricateur d'ailleurs, tout compte fait, — il retomba dans ses péciiés mignons, et dépensa son temps, sa fortune ou son esprit, sans savoir comment, au jour le jour, au service de tous. Nul n'ignore de quelle façon expéditive il mangea son fonds avec son revenu ;

Jean s'en alla comme il était venu.

Mangeant son bien avec son revenu.

Tint les trésors chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien le sut dispenser ; Deux paris en fit, dont il Boulait passer L'une a dormir, et l'autre à ne rien Taire.

Ses confessions plus enjouées qu'édifiantes nous dispensent d'entrer en des détails qui n'intéressent que sa vie privée ; nous ne suivrons donc pas les allées et venues de ce pigeon voyageur que ( le plaisir de voir et l'humeur inquiète > égaraient

loin de son nid. S'il visitait parfois Château-Thierry, c'était seulement pour y vendre quelque bout de terre, lorsqu'il fallait apaiser des créanciers trop pressants. Toutefois son bien seul y passa; car il n'y avait pas communauté entre sa femme et lui, de sorte qu'elle put vivre à l'abri du besoin. 11 y a toute une légende sur les dissipations de ce volage qui serait sans excuse, s'il ne nous désarmait par un air d'inconscience tellement ingénue qu'on est tenté de lui pardonner ses étourderies comme à un enfant auquel la raison n'est pas encore venue. Mais laissons dans l'ombre des faiblesses dont il fit pénitence, aui heures tardives du repentir.

Nous n'insisterons pas non plus sur les débuts qui révélèrent au public un talent de conteur qu'on ne peut louer sans en condamner l'emploi. Disons pourtant que la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin, partage la responsabilité morale du poète : car ce fut elle qui l'engagea dans un genre où il avait pour précurseurs, outre les trouvères de race gauloise, Rabelais, Bonaventure Despériers et la reine Marguerite de Navarre, sœur de François 1"^, sans parler de Boccace, de l'Arioste et du Pogge. 11 figure donc ici en glorieuse compagnie ; mais n'y cherchons pas les circonstances atténuantes d'une licence qu'aggrave la perfection littéraire à laquelle il dut l'équivoque popularité d'un succès assez compromettant, pour que Louis XIV lui en ait gardé longue rancune.

Le tebollsle (1668). — Ce méfait d'une jeunesse trop persistante, il eut du reste à cœur de le faire oublier, au moins si l'on en juge par la préface de son premier recueil, composé de six livres, qui parurent en 1668, sous ce titre modeste : ïables d'Ésope mises en vers par M. de la Fontaine. En les dédiant au dauphin, k l'élève de Hontausier et de Bossuet, il annonçait la bonne volonté de s'amender et de se réhabiliter. Il était temps ! ne touchait-il pas à la cinquantaine?

L'illustre imprévoyant vivait alors au Luxembourg, sous le patronage d'Henriette d'Angleterre, dont il était gentilhomme ordinaire : fonction qui ne déroba rien à ses loisirs; car il semble que tous ses protecteurs se soient entendus pour respecter cette bienheureuse et féconde paresse qui était comme la muse du voluptueux rêveur. Mais la mort précipitée de la

BIOGRAPHIE : LE FÀBLIEB; L'ACADÉMICIEN. 207 duchesse d'Orléans lui ravit tout à coup la sécurité du lendemain. Il allait doue, comme la cigale, se trouver fort dépourvu, si un dévouement généreux n'eût été sa providence. Grâce à l'hospitalité de Mme de la Sablière dont les prévenances délicates corrigèrent envers lui les torts de la fortune ou plutôt de sou caractère, il put, durant vingt ans et plus, goûter, parmi les charmes d'une société spirituelle autant que distinguée, les bienfaits d'une libéralité discrète; et la douceur d'une amitié familière, mais respectueuse. Près de celte femme aimable, qui, savante sans afficher la science, et bonne sans ostentation, répara des légèretés mondaines par la pratique de la charité chrétienne, puis par une conversion aussi sincère qu'éclatante (1683), on comprend que La Fontaine ait dit, avec l'accent d'une tendre gratitude :

Qu'un ami véritable est une douce chosel

A;aat dès lors t bon souper, bon ^te et le reste ■, c'est-à-dire l'indépendance, les libres entretiens, l'intimité des affections choisies et toutes les joies de l'esprit, il ne cessa plus de s'appartenir sans réserve, et de s'abandonner aux enchantements de son imagination. C'est ce qu'atteste son second recueil de fables, qui comprenait cinq livres, et parut en deux parties (1678 et 1679). Il s'y déploie dans la plénitude et la variété de son génie, sous les formes à la fois les plus vives et les plus sévères. Voilà son chef-d'œuvre. Car il y aura des inégalités de verve dans le douzième et dernier livre, qu'on appela le chant du cygne, et qui, destiné au jeune duc de Bourgogne, ne vit le jour qu'en 1694.

l.'»t!Ad€mUsiea (1SS4>. — Louis XlV, qui voulut bien accep* ter l'hommage de ce vdlume, n'y répondit cependant par aucune faveur. Car le maître tenait rigueur à l'incorrigible qui rimait encore, sous le manteau, plus d'une nouvelle grivoise, et, loin d'avoir la souplesse d'un courtisan circonspect, s'échappait en témérités à peine déguisées par le sourire d'une bonhomie malicieuse. S'il n'eutra qu'à soixante-trois ans à l'Académie française, la faute n'en fut donc pas à une Compagnie dont les découragées par une fantaisie peu soucieuse de sk

dignilé, oe devaient être agréées pur le coneentemeat royal qu'en 1684. Colbert étant mort, La Fontaine se vit pourtant admis à succéder au grand ministre qui ne lui avait pas pardonné la constance d'un attachement fidèle au souvenir de Fouquet. Élu en 1683, il n'eut le droit de s'asseoir dans son fauteuil qu'après une année d'attente, nous allions dire de purgatoire. Il avait été préréré & Boileau qu'appuyait ta faveur royale. Ce choix ne fut confirmé qu'après une vacance nouvelle qui permit au\ deux amis d'entrer ensemble à l'Académie. On avait fmi par croire à sa promesse d'être sage, en dépit de la ballade où il disait par expérience :

Promettre est un, et tenir eat un autre.

L'Académie, qui avait été sa seule ambition, devint une de ses dernières passions. Nul ne fut plus exact k toucher ses jetons de présence, dont il avait bon besoin, hélas ! Il se plaisait à ces séances, où il lui était permis de rêver tout éveillé, et même de sommeiller à son aise. Attribuons à un de ces oublis la distraction qui lui fil déposer une boule noire dans l'urne du scrutin le jour où Furetière, un de ses vieux amis, fut exclu — comme plagiaire du travail de ses confrères, dans son dictionnaire — par un vote auquel il n'aurait pas dû s'associer. Ce fut une faute qu'il expia. Car le grammairien bilieux qui le cribla de ses piquantes épigrammes prouva une fois de plus que les ressentiments d'une amitié morte sont impitoyables.

II prit aussi part à un autre débat, mais courtois celui-là, que venait de réveiller la polémique de Charles Perrault (1687). Entre les anciens et les modernes, il n'hésita pas, et défendit avec effusion la cause de l'antiquité, sans se douter que ses œuvres pouvaient être le meilleur argument de ses adversaires. Une des pièces les plus précieuses qui Itgurent au dossier de ce procès n'est-elle pas l'admirable Épitre à Huet, dans laquelle, préchant d'exemple, il enseigne les principes de cette imitation originale qui n'est que de l'émulation?

Ses centres dlTersea. — Pour compléter cette esquisse de l'histoire de son esprit, il conviendrait de dire quelques mots

BIOGRAPHIE : BECBUTES ET CONVEBSION. 209

des excursions que fit La Fontaine en dehors du genre auquel il doit son immortalité. Signalons surtout les Aventures de Psyché, roman d'Apulée, qu'il embellit de sa prose et de ses vers, IL y fut plus heureux que dans ses tentatives dramatiques. Car, sauf le Florentin, pelile comédie très amusante, — et aussi cette Coupe enchantée qui vient d'être reprise avec succès, — deux pièces où Champmeslé collabora d'ailleurs, sa gloire ne souffre guère de l'oubli qui s'est fait sur le reste de ses divers essais, entre autres sur la Mort (l'Achille, tragédie qu'il ne poussa pas au delà du second acte, et sur le poème du Quinquina, œuvre de commande tout à fait indigne de lui, etc. Mentionnons seulement un opéra que Lulli devait mettre en musique, engagement auquel il manqua : ce qui lui valut une violente satire, intitulée le Florentin, ou le bonhomme, qui n'aimait pas à être dupe, se vengea avec verve de ce qu'il appelait une trahison.

LlioMMe. Hechniea et coBvcndoa, — Ses jeux poétiques furent attristés bientôt par la mort de Mme de la Sablière qui le laissait orphelin, en 1693. Cette chère tutelle lui faisant défaut, sa vieillesse trop anacréontique eût été sans doute exposée h des rechutes périlleuses si, dans ce malheur qui le menaçait d'une affligeante détresse, ua ami ne s'était encore trouvé là pour consoler son deuil. * Venez donc loger chez moi », lui dit M. d'Hervart. « J'y allais », répondit le poêle avec une charmante candeur. Bien lui en prit : Mme d'Hervart fut pour lui plus qu'une mère, une maman. Ce fut dans ce dernier asile que, l'âge et les infirmités aidant, La Fontaine se sentit enfin repris, maïs définitivement, par les pensées sérieuses qu'il avait exprimées avec tant d'éloquence, dans ce discours en vers & Mme de la Sablière, qu'il lut à l'Académie, le jour même de sa réception (2 mai 1684), et qui est la confession naïve de ses erreurs et de ses fautes :

Des solides plaisirsje n'ai suivi que l'ombre : J'ai toujours abusé du plus cher de nos biens; Les pensera amusants, les vagues entretiens. Vains enfants du loisir, délices chimériqueB; Les romans et le jeu, peste des républiques, Par qui sont dévoyés les esprits les plus droits. Ridicule fureur qui se moque des lois;

ÉTUDBS tlTtftHAIRM, ir. — 'f,,,,!,.

J'ent«nds que l'on me dil

Douze lustres et plus onl

De soixante soleils la coi

Ne t'a pas vu goûter un moment de repos.

Quelque pari que lu sois, on voit k tout propos

L'inconstance d'une âme en ses plaisirs légÈre,

InquiËte, el partout hôtesse passagère.

Je m'aToue, il est vrai, s'il faut parler ainsi.

Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles,

\ qui le bon Platon compare nos merveilles :

Je suis chose légËre, et vole Éi tout sujet;

Je vais de fleurs en fleurs, et d'objet en objet;

A beaucoup de plaisirs je mêle un peu de gloire.

J'irais plus haut peut-être au temple de Mémoire,

Si dans un genre seul j'avais usé mes jours ;

Mais quoi! je suis volage en vers comme en amours,

Ed Taisant mon portrait, moi-même je m'accuse.

Et ne veui point donner mes défauts pour excuse;

Je ne prétends ici que dire ingénument

L'elTet bon ou mauvais de mon tempérament....

Tel que fut mon printemps, je crains que l'on ne voie

Les plus chers de mes jours aux va n dés n p o e.

' Non, cette fois, sa conversion ne fut po nt le ap ce d'un inconstant, mais un des beaux exemples de s e 1 qu propose ànotre orgueil tantd'admirables retours d on a égarées. Car il mit dans son repentir toute la andeu de son âme, et ne se montra pas moins sincère avec D eu qi aiec leshommes. Revenant donc k des sentiments religieux jusqu'alors négligés plutôt que méconnus, il fut aussi rigoureux dans la pénitence qu'il avait été relâché dans les plaisirs. N'alla-t-il pas jusqu'à se couvrir d'un cilîce, qu'on trouva sur lui quand on le déshabilla pour l'ensevelir? 11 fit même publiquement amende honorable en lisant à l'Académie une traduction du Dies irx. Tout en paraphrasant les psaumes, il désavoua les écarts de sa plume. Simple dans le bien comme il l'avait été dans le mal, arec quel clan de cœur ne s'écriait-il pas, dans une prière au Rédempteur :

Je te laisse le soin de mon beure dernière!

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BIOGRAPHffi : SA FIN. 2(1

Lui qui jadis avait dit, d'un ton alor^ un peu païen :

La mort ne surprend point le sage,

il écriTÎt, le 10 février 1695, à Maucroix cette lettre dont l'émotion est toute chrétienne : « Tu te trompes assurément, mon cher ami, s'il est bien vrai, comme M. de Soiasons me l'a dit, que tu me croies plus malade d'esprit que de corps. Il me l'a dit pour tâcher de m'inspirer du courage; mais ce n'est. pas de quoi je manque. Je t'assure que le meilleur de i«s amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n'est pour aller un peu à l'Académie, afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenais il me prit, au milieu de la rue du Chantre, une si grande faiblesse que je crus véritablement mourir. 0 mon cher! mourir n'est rien : mais songes-lu que je vais comparaître devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'élemité seront peut-être ouvertes pour moi. »

Malgré ce tremblement d'une àme coatristée, il dut à la foi de pures consolations, et vit approcher l'heure suprême avec une sérénité qui permet de dire :

Rien ne trouble sa Qd, c'est te soir d'un beau jour. ■

Ce [ut ainsi qu'il s'éteignit doucement, dans les bras de la religion et de l'amitié — « avec une constance admirable et toute chrétieune », dit Charles Perrault, — à l'hôtel d'Hervart, rue Plâtrière, le mercredi 13 avril 1695, âgé de soixante -treize ans et dix mois. ■ Dieu, par sa miséricorde, le veuille mettre dans son saint repos », écrivit Maucroix, dans ses Mémoires, apprenant cette perte, c c'était l'âme la plus sincère et la plus candide que j'aie jamais connue. » Le lendemain de sa mort, Féneton, qui l'avait associé à l'éducation du duc de Bourgogne, honorait le fabuhste de cette oraison funèbre : ■ Lisez-le, et dites si Anacréon a su badiner avec plus de grâce, si Horace a paré la philosophie et la morale d'ornements plus variés, si Térence a peint les mœurs des hommes avec plus de naturel et de vérité, si Virgile enfin a été plus touchant et plus harmo-

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