‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 105 sur 133 · LE POETE : LE REVEUR ET L OBSERVATEUR · texte numérisé non relu

LE POETE : LE REVEUR ET L OBSERVATEUR

faut (jui s'élonuc ou s'amuse de ses découvertes, et cela, sans int'jiigt's de fausse noblesse, sans préréivnccs aristocratiques : car il ne dédaignait rien de ce qu'a produit la mère de toute ( léature. Tous les motifs, les plus humbles en apparence, comme les plus relevés, lui deviennent matière de poésie. (.hénc ou brin d'herbe, lion ou grenouille, rois ou manants, |i,ilais ou taudis, tout ce (jui voit la clarté des cieux, tout ce qui respire, fut au même litre digne de servir de modèle au peintre i|ui sut allier à la grâce du Corrège le réalisme de Teniers. Rappelons, par exemple, cette peinture de la Nuit :

Par de calmes vapeurs mollcmenl soutenue, La tôte sur son bras, et son bras sur la nue. Laisse tomber des fleurs, et ne les répand pas.

La même main, dans la Vieille et les Deux Servantes, écrivit :

Aussitôt notre vieille, encor plus misérable, S'arfublail d'un jupon crasseux et détestable.

Mais cette exactitude ne fut jamais triviale; car elle n'était que simplicité, candeur et bonne foi chez un rêveur auquel pourrait -appliquer le sons de ce mythe du Phèdre de Platon : t On dit ipie les cigales étaient des hommes avant que les Muscs fussent nées. Lorsqu'elles naquirent, et que le chant parut, il y eut des hommes si transportés de plaisir qu'en chantant ils oublièrent lie manger et de boire, et moururent sans s'en apercevoir. C'est d'eux que naquit la race des cigales, et elles ont reçu ce don des Muses, de n'avoir plus besoin de nourriture, sitôt qu'elles -ont nées, mais de chanter dès ce moment, sans manger ni boire, jusqu'à ce qu'elles meurent. Ensuite elles vont annoncer aux Muses quels hommes ici les honorent. Vodà pourquoi La Fontaine oublia pour la poésie presque tout ce qui fait le devoir ou l'intérêt des autres hommes.

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