‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 108 sur 133 · SES FABLKS : LE PAYSAGISTE · texte numérisé non relu

SES FABLKS : LE PAYSAGISTE

Sa distance me fait juger de sa grandeur : Sur l'angle et les oAlês ma main la délermine. L'ignorant le croit plat ; j'épaissis sa rondeur, Je le rends immobile, et la terre chemine.

l.e payNUKiNte. — Sil se soutient sans effort dans les plus

hautes régions, il n'a pas besoin, pour se déployer à l'aise, (jue

la nature lui propose ses magnificences; son train familier cl

! quotidien suffit à lui inspirer la tendresse ou Tadmiration;

eroyons-en ce cri parti du cœur :

Solitude, 011 je trouve une doureur secrète,

FJeiix que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,

Loin du monde ot du liruit, goiltor l'omliri; et le frais?

Oh! qui m'arrêtera sous vos somlirea asiles!

Quand pourrcuit les neuf Sœurs, loin des cours et des villes,

M'occuper tout entier, et m'apprcn<lre des cieux

Les divers mouvements inconnus ."i nos yeux.

Les noms et le» vertus de ces clartés errantes

Par qui sont nos destins et nos mœurs dilTorentes!

Que si je ne suis né pour de si grands projets,

Du moins que les ruisseaux m'olTrenl de doux objets,

Que je peigne en mes vers quelque rive lleurie!

(Livre XI, fable iv.)

Il imite ici Virgile. Il dit ailleurs, en régalant d'original :

Je n'ai jamais chanté qu ; l'ombrage des bois, Flore, Écho, les zéphirs, et leurs molles haleines. Le vert lai>is des prés, et l'argent des fontaines.

Ce ton virgilien n'est-il pas préférable aux effusions des contemplateurs pris par le vertige du panthéisme? La Fontaine n'est pas, en effet, de ceux qui se noient ainsi dans les abimes infinis; car son bon sens ne perd jamais l'équilibre, et cependant quelle vivacité de sentiment! En un temps où la lilléralure, tout abstraite et psychologique, n'olTrait pas à l'œil un brin d'herbe ni une feuille d'arbre, il fut, avec Mme de Sévigné et Balzac, çà et là dans sa correspondance, le seul qui sût goûter la douceur d'un paysage rustique. Avant Housseau, pour lui appliquer un mot de Sainte-Beuve, il a mis du vert dans notre littérature. Que de tableaux dont la couleur est toute locale! Comme le trait en est toujours net et franc! Ces im-

ÉTUDES LlTTÉIIAIhUS. I. — 34

menses plaines de blé où le possesseur des champs se promène de grand matin, et où l'alouette cache son nid, ces bruyères et ces buissons où fourmille tout un petit monde, ces jolies garennes dont les hôtes font la cour à l'aurore, parmi le thym et la rosée, n'est-ce pas la Beauce, la Sologne, la Champagne ou la Picardie? On en reconnaît les fermes avec leur mare, leur basse-cour, leur colombier, et leur courtil, où les plantes utiles s'égayent de fleurs boui^geoises qui feront un bouquet à la ménagère. Voilà bien le clos attenant, derrière sa haie vive, toute parfumée de troène ou d'aubépine. Ici rien de factice ni de convenu, ce ne sont plus des réminiscences de la Grèce et de Rome; mais le procédé n'en est pas moins antique par l'expressive sobriété d'un pinceau qui, n'appuyant jamais, éveille l'imagination du lecteur, et lui laisse achever la peinture. Son grand secret fut de peindre de sentiment, à grands traits, comme Virgile, et non à la façon de Delille, dont les descriptions sont des inventaires.

Sa poétique. — Le culte des anciens. L'iniitatiou originale et inspirée. — Sa poétique, il l'explique volontiers lui-même en ces pièces diverses où il se plaît à converser comme à cœur ouvert. Et d'abord, écoutez-le raillant la manie du bel esprit, quand il fait dire à Uranie, dans sa comédie de Clymène (1671) :

Chacun forge des vers; mais, pour la poésie, Cette princesse est morte, aucun ne s'en soucie. Avec un peu de rime on va vous fabriquer Cent versificateurs, en un jour, sans manquer.

S'il fustige Oronte, il ne ménage pas non plus Vadius et Trissolin; car il écrit :

Un sot plein de savoir est plus sot qu'un autre homme :

Je le fuirais jusqu'à Rome,

Et j'aimerais mille fois mieux

Un glaive aux mains d'un furieux

Que l'étude en certains génies.

Ronsard est dur, sans goût, sans choix, Arrangeant mal ses mots, gâtant par son français Des Grecs et des Latins les grâces infinies. Nos aïeux, bonnes gens, lui laissaient tout passer, Et d'érudition ne se pouvaient lasser.

Page 1