LA MORALE DE L'EXPÉRIENCE
lui dispute, c'est que sa fable n'a pas seulement l'attrait du récit, mais l'intérot d'une ample comédie qui nous apprend à nous mieux connaître, nous et nos semblables. Dans le conteur il y a donc un observateur qui nous instruit en nous charmant. Moraliste dramatique et non dogmatique, moins soucieux de guérir les ridicules et de les attaquer avec des bras d'Hercule, que de les peindre pour son plaisir et pour le nôtre, La Fontaine n'est ni un médecin qui propose des remèdes, ni un mentor qui prétend nous servir de guide. Aussi ne réserve-t-il point un poste d'honneur au précepte et à la maxime. L'un et l'autre ont l'air de n'intervenir qu'accidentellement, si l'occasion s'en préseule. En mainte rencontre, la leçon reste à l'état latent, et circule sourdement dans l'action d'où la dégage un lecteur avisé : ou bien, lorsqu'elle est exprimée, ce n'est plus d'une façon impersonnelle; mais elle se transforme en un tour éloquent, et devient une émotion soudaine. C'est alors tantôt un regret, tantôt un souhait, ailleurs un cri de l'àme ou un simple sourire, presque toujours un de ces mouvements spontanés qui partent de nous cà notre insu. Il advient même qu'avouant son embarras, le narrateur dit ingénument :
Quelle morale puis-je inférer de ce failf Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait. J'en crois voir quelques traits, mais leur omOre m'abuse.
(Livre Xll, fable u.)
Et pourtant, bien que La Fontaine n'ait point l'intention de nous édifier ou de nous instruire, ses apologues offrent réponse à toute question, petite ou grande et, comme le remarque Saint-Marc Girardin, on peut en tirer à volonté une moralité familière et médiocre, ou élevée et généreuse : tout dépend du questionneur. Seulement ne lui demandons que la science de la vie, c'est-à-dire la bonne foi d'une expérience impartiale qui, sans condamner et sans absoudre nos travers, les représente fidèlement, ne conseille guère que la prudence, et réduit pour nous la sagesse à n'être ni dupeurs ni dupés. Ce n'est pas que La Fontaine ait le parti pris de La Rochefoucauld, et se plaise à découvrir, jusque dans nos vertus, des instincts égoïstes pullulant comme des animalcules dans uoe goutte d'eau vue au
microscope. Ce pessimisme serait tout à fait contraire à son tempérament. Mais il n'a pas non plus l'optimisme qui s'aveugle ; car sa clairvoyance égale sa sincérité. Aussi ne nous cachct-il pas qu'il arrive souvent aux faibles d'être opprimés sans espoir de revanche, au.x moutons d'être croqués par les loups, et aux battus de payer l'amende. C'est, en général, aux renards qu'il donne les rôles avantageux; si le tour est bien joué, il semble même oublier le guet-apens, et ne plaint pas trop les victimes. Que de vérités amères ne pourrait-on pas recueillir ici, chemin faisant!
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
(Livre I, fable x.)
Voilà le train du monde et de ses sectateurs, On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs....
(Livre I, fable m.)
Le fabricaleur souverain Nous créa besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : Il lit pour nos défauts la poche de derrière, Et celle de devant pour les défauts d'autrui....
(Livre I, fable vu.)
— Chacun tourne en réalité, Autant qu'il peut, ses propres songes; L'homme est de glace aux vérités, 11 .est de feu pour les mensonges.
(Livre IX, fable vi.)
Ailleurs, après avoir mis en scène une chauve-souris qui dit tantôt :
Je suis oiseau, voyez mes ailes!
Vive la gent qui fend les airs!
et tantôt
Je suis souris, vivent les rats !
Jupiter confonde les chats!
n'ajoute-t-il point :
Le sage dit, selon les gens, Vive le roi! vive la Ligue!
SA SAGESSE IMPARTIALE ET TOLERANTE. .i43
Que serait-ce donc si nous examinions do près tous ces animaux avides, gloutons, rapaces, impudents, orgueilleux, serviles, envieux, irascibles, perfides, cruels, menteurs et hypo crites, qui cherchent leur bien premièrement, et }mis le mal d'autruit Orgueil et dureté, voilà le lion, ce roi des animaux. Il voit tous ses pauvres sujets comme des vermisseaux, de « chétifs insectes, excréments de la terre ». Le fond du personnage est un amour parfait de soi-même. Dans la mauvaise fortune, il débite un beau discours sur le bien public, et ne songe qu'au sien. Mais il est toujours digne; t chargé d'ans » et pleurant € son antique prouesse », il meurt avec majesté.
Tel maître, tels valets. Le cerf met au rang des dieux la reine qui jadis avait « étranglé sa femme et son fils ». Le singe dépense autant d'esprit à ramper qu'à régner. Le renard a le génie de l'adulation; quel sang-froid! quelle atrocité de sarcasme dans ses vengeances !
D'un loup écorché vif appliquez-vous la peau Toute chaude cl toute fumante.
Messirc loup vous servira, S'il vous plail, de robe de chambre!
Il fait arme de tout, est toujours prêt sur le pour et le contre, prend tous les masques, imagine plus d'expédients que le hasard d'obstacles, espère encore quand il n'y a plus d'espérance, ne cesse jamais, jusqu'en ses mésaventures, d'être spirituel, inventif, maître de soi, prompt à l'à-propos, éloquent pour vivre aux dépens des autres.
Et Grippeminaud, le bon apôtre, le chat « faisant la chattemile, le saint homme de chat, bien fourré, gros et gras », cet archipalelin tout confit de mielleuses paroles! Toutes les passions, tous les vices, défileraient ainsi sous nos yeux, en des satires, qui, sans en avoir l'air, sont plus hardies que celles de Molière et de La Bruyère. Car il n'est guère de condition, ni de classe qu'elles aient ménagées. Nul n"a parlé moins respectueusement des e puissances », des t mangeurs de gens », des « volereaux », de tous ceux qui ont « belle tête, mais de cervelle point ». Toutes les fois qu'il touche aux maîtres de la terre, il ne se montre ni séduit, ni ébloui. Toutefois il n'a
jamais de parti-pris hostile, il ne songe point à flatter ce peuple d'Athènes, qu'il appelle l'animal aux têtes frivoles.
Chicanes de J.-J. Rousseau et de Lamartine. Est-il vrai que la morale de La Fontaine soit pessimiste ou sceptique?
— Mais gardons-nous d'en conclure que La Fontaine en veut à la nature humaine. Si son miroir ne nous embellit pas, c'est notre faute, et non la sienne. Gardons-nous donc de déclamer contre lui avec Rousseau qui s'écrie : « On fait apprendre les fables de La Fontaine à tous les enfants ; et il n'y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les entendraient, ce serait encore pis; car la morale en est tellement mêlée, et disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu. » Analysant, pour le prouver, la fable le Renard et le Corbeau, il ajoute, à propos de la moralité {Cette leçon vaut bien un fromage sans doute) : « La pensée est très bonne; cependant il y aura bien peu d'enfants qui sachent comparer une leçon à un fromage, et qui ne préférassent le fromage à la leçon. Est-ce à des enfants de six ans qu'il faut apprendre qu'il y a des hommes qui flattent et mentent à leur profit? Au lieu de s'observer sur le défaut dont on veut les guérir ou les préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. » Le paradoxe de Rousseau vient de ce qu'il confond deux procédés d'enseignement moral, l'un, direct, celui du précepte; l'autre, indirect, celui de l'expérience. Or ils vont au même but, par des voies différentes. Car si le premier nous instruit sur ce qu'il convient de faire, le second nous apprend ce qu'il faut éviter. Tous les deux parlent à la conscience et à la raison. Non, La Fontaine ne flatte point nos défauts, mais il nous rappelle à une estime modeste de nous-même. Mieux vaut donc rendre justice à la sûreté d'un bon sens fin, profond et pratique, plus fait, nous en convenons, pour les hommes que pour les enfants, s'inspirant souvent de l'intérêt bien entendu, comme fera Franklin : —
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
(Livre V, fable xm.) Quel que soit le plaisir que cause la vengeance, C'est l'acheter trop cher que l'acheter d'un bien Sans qui les autres ne sont rien; —
(Livre IV, fable xm.)
cinr.ANF.s i)K .J.-J. iiuussKAU KT DE lamaihinl:. ;;v5
ni.iis consojllanl Imijoiirs, sinon îe sncriCioc cl rhéroïsnic, du moins les vcrliis moyennes et accessibles qui sont la meilleure garantie de loules les relations sociales. La Fontaine n'a pas eu elTet rétofTe . d'un Alccsle Loin de jeter l'eu et flammes, il serait plutôt résigné d'avance au train ordinaire des choses. Voilà pourquoi Lamartine, après .'ean-Jacques Rousseau, s'est montré Tort dur pour lui. 11 on vont à ces animaux « qui se moquent les uns dss autres, sont égoïstes, railleurs, ava'-es, sans pitié, sans amitié, plus mkliants que nous ». Dans ce réquisitoire injuste et paradoxal, on sent ranlipathie de deux natures, le conflit de deux poésies.
En même temps qu'il nous apprend à fuir l'excès, à concilier l'habileté avec l'honnêteté, à nous tenir dans ce juste milieu qui est la raison même, La Fontaine fait aimer tous les sentiments bienveillants qui naissent sans elTort d'un esprit droit et d'un cœur généreux. Parmi ces acteurs, il n'y a pas seulement des lions et des loups, des renards et des singes, des chauvessouris qui changent de cocarde, et des lices qui gardent volon tiers le bien d'aulrui. On y rencontre aussi de bonnes et douces bétes dont l'exemple nous invite à la compassion, à la charité, à la reconnaissance : tels sont le rat délivrant le lion, et la colombe sauvant la fourmi par le brin d'herbe qu'elle lui jette, an moment du péril Telle est encore la fourmi qui, par gratitude, mord au talon le villageois dont l'arbalète visait sa bienfaitrice :
Le vilain retourne la léle.
La colombe l'entend, part, et tire de long.
Ce devoir de mutuelle assistance est un de ceux que recommandent le plus souvent ces apologues où le bien se trouve à coté du mal, comme dans la vie quotidienne dont ils sont l'image. Ne lisons-nous pas ailleurs cette salutaire maxime :
En ce monde il se faut l'un l'autre secourir : Si ton voisin vient à mourir.
C'est sur loi que le fanieau tombe.
(Livre VI, fable xvi.)
Les hommes n'étant ni des héros ni des saints, il n'est pas mauvais de les intéresser à l'honnête par l'utile.
ÉTinF.S UTTf.r.AIRKS. I- — 3.)
Quant à ceux qui s'affligent d'assister ici trop souvent aux succès de la violence, de l'audace et de la ruse, ils ne doivent point oublier mainte réflexion dont le dessein manifeste est de consoler les humbles par la conscience des compensations qui les dédommagent.
Une tête empanachée N'est pas petit embarras.
Le trop superbe équipage Peut souvent en un passage Causer du retardement.
Les petits, en toute afTaire, Esquivent fort aisément :
Les grands ne le peuvent faire.
Sans parler du moucheron qui déclare la guerre au roi des animaux, et se retire avec gloire du combat où il demeure victorieux, l'orgueil des puissants est aussi rabattu par ces vers d'une simplicité sublime :
Qu'importe à ceux du firmament Qu'on soit mouche ou bien éléphant?...
Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.
(Livre XII, fable xyi.)
C'est le mot de Lamartine disant :
L'insecte vaut un monde : ils ont autant coûté.
Ailleurs le rat dit de l'éléphant :
Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes? Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants? Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes, D'un grain moins que les éléphants.
L'indifférence pour les faux biens nous semble donc une des leçons les plus familières à la raillerie du poète qui a dit :
Se croire un personnage est fort commun en France; On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois.
C'est p^'oprement le mal François, La sotte vanité nous est particuhère.
SA PHILOSOPHIE PRATIQUE. o47
VAne velu de la peau du lion, La Mouche du coche, Le Corbeau qui veut imiter Vaigle, Le Geai paré des plumes du paon, Le Mulet se vantant de sa généalogie, Le Chameau, Les Bdfons flottants, Les Deux Chèvres, Les Deux Anes, Le Pot de terre et le Pot de fer, toutes ces fables égayées d'ironie ne sont-elles pas autant de traits lancés contre ces gens qui
De loin sont quelque chose, et de près ne sont rien?
La pliiloKophie pratique de La Fontaine. Il rajennit les lieux communs. — D'autre part, quelle conviction pénétrante, lorsqu'il prise les biens véritables, en particulier Tamitié, qui n'eut jamais plus touchant interprète! De quel accentue s'écriel-il pas :
Qu'un ami véritable est une douce chose! Il cherche vos besoins au fond de votre coeur.
11 vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même :
Un songe, un rien, tout lui fait peur. Quand il s'agit de ce qu'il aime !
(Livre VIII, fabie xi.)
II disait, dans le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat :
A qui donner le prix? Au cœur si l'on m'en croit. Que n'ose, et que ne peut l'amitié violente? Cet autre sentiment que l'on appelle amour Mérite moins d'honneur.
(Livre XII, fable xv.)
Ce cri part d'un cœur qui fit ses preuves, et témoigna de sa constance, malgré Jupiter même et les vents orageux, comme il dit à Mme Harvey. Son tour n'est pas moins personnel, lorsque, s'appropriant ce fonds d'idées générales qu'on nomme lieux communs, il les rajeunit par une émotion si naïve qu'il parait avoir découvert le premier ces vérités qui sont du domaine public. C'est ainsi que, sans ressembler ni à Lucrèce ni à Bos- Buet, il les égale dans certaines fables où il prêche à sa façon sur le néant de l'homme, l'instabilité de la fortune, et l'inévitable loi de la mort. Dans le concert des voix éloquentes, la sienne n'a-t-elle pas son timbre distinct, quand, par exemple, à
îi48 LA FONTAINE.
propos du centenaire qui demande grâce, il réconi'orte les pus il lanimes par la bonhomie attendrie et souriante de ces vœux?
Je voudrais qu'à cet âge,
On sortît de la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte, et qu'on fit son paquet : Car de combien peut-on retarder le voyage? Tu murmures, vieillard! Vois ces jeunes mourir; Vois-les marcher, vois-les courir A des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles. J'ai beau te le crier, mon zèle est indiscret : Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.
(Livre VIII, fable i.)
Quel pur et mâle accent gaulois dans toute cette harangue de la mort! {La Mort et le Mourant).
Dans le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes, sa philosophie est plus haute encore. A l'orgueil et à l'insolence des jouvenceaux qu'enivrent « le long espoir et les vastes pensées », voyez comme il oppose la sérénité mélancolique du sage, qui, prêt à perdre « les clartés de la voûte azurée », prend plaisir à planter cet arbre dont l'ombrage réjouira ses arrière-neveux.
Gela même est un fruit que je goûte aujourd'hui; J'en puis jouir demain, et quelques jours encore;
Je puis cnOn compter l'aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux.
Malgré les dures paroles qui l'ont offensé, la bonté clémente de ce patriarche n'en pleurera pas moins le trépas prématuré des présomptueux qu'a châtiés la divine justice. Cette indulgente pitié qui pardonne aux misères humaines, La Fontaine semble l'éprouver jusque dans ses plus rigoureuses censures; et c'est une des grâces de sa raison aimable qui donne à la vertu l'air avenant d'une volupté supérieure à toutes les autres. Si ce mérite n'est pas de ceux que sent tout d'abord la jeunesse, il se goûte de plus en plus à la longue, à mesure que les années nous instruisent à nos dépens; il en est de ses fables comme de ces vins excellents auxquels Voltaire comparait les poésies d'Horace et qui ne peuvent que gagner à vieillir, et M. D. Nisard
L'AME des bêtes : et la providence. ;J49
a dit excellemment : « La Fontaine est le lait de nos premières années, le pain de l'homme mûr, le dernier mets substantiel du vieillard.... C'est le génie familier de chaque foyer.... Il nous fait aimer cette vie, sans nous cacher une seule de ses misères.... Il n'y a de plus populaire que le livre de la religion. Celui qui n'a que deux ouvrages dans sa maison a les fables de La Fontaine. »
L'àinc des bêtes. La Providence. — Nous aimerions à extraire ainsi le suc de tant de pages exquises, où tout est substance et saveur. Mais quel serait le moyen de classer ces fables, sans en méconnailre l'esprit, et attenter à leur diversité? Signalons pourtant au premier rang, en passant, ces grandes fables morales, le Berger et le Hoi, le Paysan du Danube, où il entre ua sentiment élevé de l'hr^toire et presque de la politique. Le Savetier et le Financier e'.>l une comédie de Molière en miniature, les Deux Pigeons sont une élégie, nous allions dire une odyssée.
Ce serait d'ailleury mal comprendre La Fontaine que de prétendre soumettre son génie cà l'unité d'une doctrine littéraire ou morale; car il n'a pas ptécisément de principes; il a plutôt des sentiments, des idées provisoires. Il arrive souvent que son humeur dit oui là où sa raison dit non. Il nous suffira donc de dire que ce distrait sut tout voir, tout peindre et qu'on doit lui appliquer son vers :
Il ne faut pas jugei' des gens sur l'apparence.
Toutes les idées qui s'agitèrent autour de lui intéressaient sa curiosité voyageuse. C'est ainsi que nul n'a plus spirituellement réiulé l'alticre doctrine de Descartes sur l'automatisme des bêtes. Tandis que les superbes et les dédaigneux les réduisaient à n'être que d'insensibles machines, lui, le rêveur qui s'était un jour attardé jusqu'au soir à suivre l'enterrement d'une foirmi, il se fit l'avocai, des humbles liéros qu'illustraient ses fables, et réhabilita la merveilleuse inlelligence de ces inslincls que Gassendi appelait la fleur la plus vive et la plus pure du sang. Il propose donc ses explications sur ces subtiles matières, et revendique pour ses clients, pour ses amis, le privilège d'une
parcelle de souffle divin, divinœ particulam aurse, comme disait son ami Horace :
Quintessence d'atome, extrait de la lumière, Je ne sais quoi plus vif, et plus mobile encor Que le feu....
Cette sorte d'âme obscure, il la met dans l'enfant, ainsi qu'en l'animal auquel il appliquerait volontiers ce vers de Lamartine :
Frère à quelque degré qu'ait voulu la nature.
Pour démontrer ses fantaisies platoniciennes, que d'ingénieux exemples n'allègue-t-il pas, et le cerf poursuivi qui en suppose un plus jeune, et la perdrix qui contrefait la boiteuse, et les castors architectes, et la stratégie des renards polonais, et les expédients des deux rats qui veulent sauver leur œuf!
Mais ici La Fontaine ne perd point l'équilibre; pas d'ambitieuse théorie : sa croyance n'est que sentiment; car il ne s'aventure jamais au delà du raisonnable. Cette mesure, nous la retrouvons encore en d'autres excursions de ce genre, notamment dans la fable où son philosophe scythc représente « ces indiscrets stoïciens » qui retranchent de l'âme
Désirs et passions, le bon et le mauvais,
Jusqu'aux plus innocents souhaits.
Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Us ôtent de nos cœurs le principal ressort; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.
(Livre XII, fable xx.)
Terminons en disant que, chez lui, ce goiit de spéculation recouvre toujours le respect des vérités universelles, et s'associe souvent à des éclairs de foi religieuse :
Vouloir tromper le ciel, c'est folie à la terre ; Le dédale des cœdfs en ses détours n'enserre Rien qui ne soit d'abord éclairé par les dieux : Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux, Même les actions que dans l'ombre il croit faire.
(Livre VI, fable xxvi.)
CONCLUSION SUR LA MORALE DE SES FABLES. liol
Aimer les hommes, leur être bienfaisant, supporter leurs défauts pour que les nôtres nous soient pardonnes, suivre la loi de 'nature, se confier à Dieu, ne chercher ni à juger la création, sinon avec le bon sens expérimental de Garo, ni à prévoir l'avenir, voilà donc les conseils qu'insinue sa morale tolérante dont le ton s'éleva sensiblement, dans les années voisines d'une conversion aussi ingénue que l'avaient été ses faiblesses, témoin ces derniers vers qui furent comme son testament :
Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu'impose à tous mortels la Majesté suprême. Vous ètes-vous connus dans le monde habité? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
Troublez l'eau : vouk y voyez-vous?...
Cette leçon sera la fin de mes ouvrages : Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir! Je la présente aux rois, je la propose aux sages :
Par où saurais-je mieux finir?
(Livre XII, fable xxv.'i
Son enfance. — Fils de Gilles Boileau, greffier à la grand' chambre du Palais, et d'Anne de Niélé, Nicolas Boileau — dit Desprcaux d'un pré qui était au bout du jardin de la maison de campagne de son père, à Crosne — naquit à Paris, le l"'' novembre 1636, dans une maison de la cour du Palais, non loin de la Sainle-Chapelle, et, suivant une tradition, qui, à défaut d'une authenticité prouvée, a le mérite d'être inoubliable, dans la chambre même où le chanoine Gillot et ses compères avaient collaboré à la Satire Menippde. Agé de deux ans lorsqu'il perdit sa mère, il ne connut point ces douces affections qui développent la sensibilité. Cadet d'une nombreuse famille, qui ne compta pas moins de onze enfants, abandonné aux soins d'une vieille gouvernante acariâtre qui le relégua plus d'une fois au grenier, dans une sorte de guérite, il eut une enfance triste, pesante, malingre et taciturne. Aussi son père disait-il volontiers de ce dernier venu : « Pour celui-là, c'est un bon garçon qui ne dira jamais de mal de personne ». On le mit le plus tôt possible, vers sept ou huit ans, au collège d'Harcourt, puis à celui de Beauvais où se terminèrent ses études. L'opération de la taille qu'il subit, en quatrième, et les infirmités qui en résultèrent, ne durent pas être non plus sans influence sur son humeur un peu morose. Il eut pourtant de bonne heure l'instinct poétique; mais un seul de ses maitres, M. Scvin, régent de troisième au collège do Beauvais, s'en
SON FNFANCE : l'air DE FAMILLE. •;:;:{
aperçut et rcncoiuagea. On raconte aussi que l'écolier passait des nuits entières à lire des romans, et s'oubliait dans sa passion studieuse jusqu'à ne pas entendre la cloche à l'heure des repas.
A dix-sept ans, son portefeuille contenait déjà l'ébauche d'une tragédie cl bien des vers de rhétoricien préludant à une vocation qu'allait contrarier la volonté paternelle Après avoir été tonsuré à onze ans et mis à la théologie à seize, sans enthousiasme, il se laissa iroltcr de procédure et recevoir avocat en 1056. Du droit et de son passage par l'étude d'un procureur qui le déclara tout à fait incapable, il rapporta juste assez de termes de chicane pour les souffler à l'auteur des Plaideurs; et de la théologie il relira le prieuré de Saint- Paterne, bénétice de huit cents livri's dont il restitua loyalement tous les revenus ' lorsque, huit ans après, la mort de son père lui permit d'écouter enfin ses goûts, et de se consacrer tout entier au.v lettres, sans souci du lendemain.
L'hérédité. L'air de famille — L'e.xemple de ses aines semblait lui tracer sa voie. Car la verve caustique était comme un signe de race dans la lignée toute gauloise à laquelle il appartenait. Deux de ses frères avaient déjà pris les devants. L'un d'eux, Ciilles IJoileau, grand lecteur de Régnier, et qu'on surnommait le criliquc, le grammairien, était un de ces beaux esprits bourgeois et frondeurs qui donnaient le ton aux clercs de la Basoche, et s'égayèrent librement aux dépens du Mazarin. 11 devait entrer à l'Académie, vingt-cinq ans avant celui qu'il traita d'impertinent, en le voyant marcher sur ses brisées.
Un autre, Tabbé Jacques Boileau, docteur en Sorbonne, doyen de l'église de Sens, puis chanoine de la Sainte-Chapelle, possédait plus décidément encore le don de facétie et de gaillardise, non sans une pointe de jovialité boulTonne qui tournait volontiers les choses en caricdlure. Deux échantillons de sa manière suffiront à la caraclériscr. Un molinisle disant un jour devant lui que Pascal, retiré à Port-Royal, y faisait des souliers par pénitence, l'abbé répliqua : « Je ne sais s'il faisait des souliers ; mais convenez, mon révérend, qu'il vous a porté une
1. Cctto somme servit, dit-on, de dot à Mlle Marie de Brutaavillo qu'il avait aiméo, cl qui outrait co rcligiou.
fameuse botte ». Une autre fois, le grand Condé, passant par la ville de Sens, fut complimenté par les corps et compagnie de la municipalité; il se plaisait à se moquer des orateurs; et, quand vint le tour de l'abbé Boileau, pour le déconcerter, il avança sa tête et son grand nez du côté du doyen, comme s'il faisait semblant de le mieux écouter. L'abbé s'aperçut de la malice, et, feignant d'être interdit, il commença ainsi son compliment avec une crainte affectée : « Monseigneur, Votre Altesse ne doit pas être surprise de me voir trembler en paraissant devant Elle, à la tête du compagnie d'ecclésiastiques : car, si j'étais à la tête de trente mille hommes, je tremblerais bien davantage. » Gharmé de ce début, le prince embrassa l'orateur, sans le laisser achever. Ainsi s'accusait chez Jacques Boileau l'air de famille, mais avec excès. A ses coups de boutoir, à la verdure de ses brusques gaietés manquait trop la solidité d'un emploi judicieux; il annonçait pourtant son frère Nicolas, dont le mérite original sera d'associer la malice héréditaire à ce bon sens magistral qui fera dire à un de ses amis : « Il y a plaisir à entendre cet homme-là : c'est la raison incarnée. ». Aussi Sainte- Beuve écrit-il spirituellement : « Quand la nature créa Gilles, elle essaya un premier crayon de Nicolas ; elle resta en deçà et se repentit, elle prit le crayon et appuya quand elle fit Jacques ; mais cette fois elle avait trop marqué. Elle se remit à l'œuvre une troisième fois, et ce fut la bonne. Gilles était l'ébauche, Jacques la charge, Nicolas est le portrait. »
Ses débuts, 1660. Opportunité de la satire littéraire. — Voilà ce que justifièrent dès l'abord ses premières satires. Le Départ du poète, 1660; — le Genre satirique, 1663; — la Rime et la Raison, à Molière, 1664. A vingt-quatre ans, en 1660, lorsqu'il débute, il apparaît armé de toutes pièces. Il a déjà le ton, sinon l'autorité de l'aristarque, dont l'inspiration constante sera la haine d'un sot livre. Dans sa voix ne vibre pas le timbre ému de la jeunesse. De cet âge il n'eut jamais le rayon et la flamme, mais seulement un entrain de vaillance prêt à tout oser pour la cause de l'esprit français. Or c'était une vertu nécessaire à son dessein; car il ne visait à rien moins qu'à faire rentrer dans le néant cette foule de rimeurs en vogue, dont le crédit ne prospérait que par l'aveuglement du goût public.
BIOGRAPHIE : SES DÉBUTS, SES VICTIMES. !i55
Il semble pourtant qu'après Malherbe et Corneille il ait suffi de se régler sur d'excellents modèles. Mais il n'en fut rien. Et d'abord Corneille lui-même avait eu ses écarts. En lui se confondaient le puéril et le grandiose, la déclamation et la çimplicité sublime, Templiase espagnole et le pur génie français. En fait, de 1627 à 1660, toute tradition périclitait, faute d'une doctrine qui fit loi. Dociles aux influences de la mode, les intelligences flottaient à l'aventure dans une anarchie qui ressemblait au pêle-mêle politique de la fronde. Autant la prose était déjà sûre d'elle-même, autant la langue du vers fut alors indécise et factice. Les beautés du Cid n'avaient point fait prendre en dégoût les platitudes de Scudéry. On mettait le père Lemoine au même rang que Virgile. L'invasion espagnole, repoussée de nos provinces, se continuait toujours dans notre littérature. La contagion de ses défauts, subtilité précieuse, afféterie, abus des métaphores, clinquant, mis à la mode par l'école de Gonyora, d'où leur nom de Gongorisme, avait atteint les deux genres qui se partageaient les suffrages mondains, l'un soutenu, qui comprenait les pièces de théâtre, les poèmes descriptifs et l'épopée; l'autre, galant, où foisonnaient les vers à Iris, les badinages renouvelés de Marot, les requêtes et les remerciements, en un mot, ces mille riens qu'on appelait conceptos au delà des Pyrénées, et concetli au delà des Alpes. On cherchait le grand fin, le fin des choses, le fin du fin *.
Les victimes de Boilean. — Deux sortes de poètes usurpèrent la faveur des salons. C'étaient d'abord les continuateurs de Ronsard, restés fidèles à ce système de facilité prolixe qui permit à leur maître d'expédier quatre cents vers dans sa journée. Ainsi Godeau, évéque de Grasse, improvisait en un jour trois cents vers en stances de dix. Dans VAlaric de Scudéry il n'y a pas moins de cent cinquante descriptions. L'une, celle de la bibliothèque d'un ermite, tient presque la moitié du cinquième livre. Puis venaient les prétendus disciples de Malherbe, ceux qu'il eût désavoués, ces puristes qui, outrant ses prescriptions jusqu'à l'absurde, ne se proposaient que des tours de force, transportaient la difficulté des choses aux mots, et s'in-
1. Voir, pour l'histoiro de ces influences, Précis hitlorique et critique de la littérature française, par Eugène Liotilbac, ch. i (Paris, André âls).
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géniaient à rimer richement des pauvretés. L'un d'eux, Gom- Lerville, s'était rendu célèbre par sa haine pour le mot car : il en demandait l'abolition à l'Académie' et se vantait de ne l'avoir pas employé une fois dans les cinq volumes de son Polexandrc. Or ne disons pas que Boileau allait fondre sur des gens à terre; car ces oubliés d'aujourd'hui tenaient alors le haut du pavé, grâce aux grands seigneurs dont ils furent les clients, ou aux coteries qui les prônèrent comme leurs patrons. S'en prendre à Chapelain, par exemple, n'était-ce pas s'exposer aux vengeances de ses Mécènes, du duc de Longueville qui doubla sa pension pour le consoler d'une épigramme, ou du duc de Montausier qui voulut bâtonner La Ménardière et jeter Linière à la Seine, pour leur apprendre à respecter son favori?
Car tout n'irait que mieux Quand de ces médisans, l'engeance tout entière Irait, la tête en bas, rimer dans la rivière.
(Sat. IX.)
Tous ces improvisateurs médiocres se tenaient d'ailleurs par la main. Le quartier générai de leurs cabales fut, entre autres, le salon de Mlle de Scudéry, où, se réunissant tous les samedis autour du poète de la Pucelle, ils se concertaient pour affermir leur crédit, et ruiner celui de leurs adversaires. En 1696, ils tenaient encore La Bruyère en échec, après son discours académique. Qui pourrait contester la puissance occulte ou déclarée de Chapelain, ce grand distributeur des grâces que Colbert, dans le voisinage des maitres, choisissait pour régler la répartition des libéralités royales? Séguier se vit forcé de supprimer un privilège donné à La Ménardière, pour le punir d'une critique contre Chapelain. Des comédiens de Clermont furent censurés pour l'avoir joué sur leur théâtre. Oui, lancer un trait contre le mieux rente de tous les beaux esprits, c'était presque un attentat de lèse-majesté, vers le temps où six éditions de la Pucelle inachevée s'épuisaient en dix-huit mois, et quand Louis XIV faillit donner pour précepteur au Dauphin celui devant lequel Racine lui-même s'inchna si bas, en disant : « Je rapporleiai le jugement de M. Chapelain comme le texte de l'Évangile, sans y rien changer ».
SON ORIGINALITK DANS LA SATIHE LITTERAIRE. .io?
Hoileau fut donc seul contre tous, lorsque, dans le silence universel, il résolut de s'insurger contre le personnage qu'il rendit ridicule, au moment où les plus grands tremblaient devant ses oracles. Celte témérité qui parut d'abord un scandale, et eut bientôt pour elle tous les rieurs, il en prit l'initiative, à ses risques et périls, et se proposa d'opérer dans la poésie française une rél'orme analogue à celle que Pascal avait accomplie dans la prose. Or il y réussit h ce point que l'on peut dire, en un certain sens, avec M. D. Nisard : < La matière d'un grand siècle e.vistait en France, avant Boileau, de même qu'avant Louis XIV, dans la France victorieuse de l'Espagne et de la féodalité, il y avait la matière d'une grande nation. Mais comme il fallait un Louis XIV pour organiser cette nation, cl lui apprendre ce dont elle était capable, il fallait aussi un Boileau pour diriger toutes les facultés, discipliner toutes les forces, et faire voir à la France une image éclatante de son génie dans les lettres. » Disons du moins que Boileau contribua plus que tout autre à enhardir Molière, Racine et La Fontaine, à les éclairer sur eux-mêmes, et hâter l'heure où ils se fixèrent dans la perfection.
L'originalité de Boiiean. — Voilà son originalité vraie. Elle consiste dans la satire littéraire. Vengeur et conservateur du goût, il parle sur ses contemporains comme la postérité même. Il ne fut en défaut que bien rarement, lorsqu'il mit Voiture à côté d'Horace, quand il méconnut quelque temps Quinault, quand il oublia de nommer La Fontaine. Sans se laisser troubler par l'inlluence des personnes, les caprices de la mode ou les inléièts d'amour-propre, il sut mettre chacun à son rang, discréditer les uns par ses censures, consacrer les autres par son estime, enseigner toutes les bienséances du langage, et graver dans tous les esprits, en traits incllaçables, les vérités qui doivent être la conscience de tout écrivain. En dehors de cotte magistrature cvercée par un juge presque infaillible, nous accorderons volontiers que ses devanciers lui ont été supérieurs. Horace et Régnier sont des moralistes mi des peintres près desquels pâlit un talent de conception qui dévie aisément vers le lieu commun, cl ne se relève que par le détail de la facture ou l'agrément du poitrail. Ajoutons pourtant une restriction. Où suflisent l'ima-
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gination et l'esprit, Régnier excelle ; mais pour fustiger les vices, il manque d'autorité ; et Horace n'en a pas de reste avec tout son bon sens. Mais, dès qu'il s'agit des ouvrages de l'esprit, il reprend tous ses avantages ; car c'est là que triomphe sa faculté souveraine, cette pure raison dont il a pu dire, sans craindre un démenti :
Sais-tu pourquoi mes vers sont lus dans les provinces, Sont recherchés du peuple, et reçus chez les princes? Ce n'est pas que leurs sons, agréables, nombreux. Soient toujours à l'oreille également heureux : Qu'en plus d'un lieu le sens n'y gêne la mesure, Et qu'un mot quelques fois n'y brave la césure, Mais c'est qu'en eux le vrai, du mensonge rainqueur, Partout se montre aux yeux, et va saisir le cœur: Que le bien et le mal y sont prisés au juste. Que jamais un faquin n'y tient un rang auguste. Et que mon cœur toujours, conduisant mon esprit, Ne dit rien aux lecteurs qu'à soi-même il n'ait dit. Ma pensée au grand jour partout s'offre et s'expose, Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose. (Épître IX, à Seignelay.)
En ce domaine qui lui est propre, quelle nouveauté dans ce style vif, net et tout personnel! Comme il sait donner à chaque idée son relief et sa lumière! Quelle plénitude d'expression! que de justesse dans sa verve! que de sincérité dans ses éclats! Quel accent de poète anime les arrêts d'un législateur toujours fidèle à sa maxime :
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable î
Un de ses chefs-d'œuvre en ce genre est cette satire IX qu'il adressait à Son esprit. Dans ce sujet familier, il revit tout entier; nous l'y retrouvons tel que nous le montre ce beau buste de Girardon, que l'on peut admirer au Musée de sculpture. C'est la même attitude un peu fière, avec ce port de tête assuré que ne dépare point la noblesse d'une ample perruque; voilà bien son regard fin et viril, son sourire moqueur, sa bouche railleuse et mordante, dont la lèvre entrouverte ne sait pas retenir le trait, cette cordialité qui tempère ses brusqueries, ce mélange d'humeur sourcilleuse et de franchise enjouée, où l'ingénieux