‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 116 sur 133 · CHRONOLOGIE DES SATIRES ET ÉPITRES · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE DES SATIRES ET ÉPITRES

'Connaissance de soi-même) ; de 1675, les épitres VIII et IX {Au Roi, les Délassements pendant la paix ; Au marquis de Seignelay, Rien n'est beau que le vrai); de 1677, les épitres VI et VII {A M. de Lamoignon, les Plaisirs des champs; A Racine, VUlilité des ennemis) ; de 1695, les épîtres X, XI et XII (A mes vers ; A mon jardinier; A l'abbé Rcnaudot, V Amour de Dieu).

Les trois principales époques de sa vie littéraire. — 1° La première, qui va de 1060 à 1668, est toute militanle. Ces huit années correspondent à la jeunesse d'un poète dont la tète grisonna de bonne heure : elles comprennent neuf satires. Les unes (III, IV, V, VI, VIII) se distinguent par la vivacité du badinage, ou l'art de tourner élégamment les plus menus détails en descriptions plaisantes. Boileau s'y montre versificateur habile, exact, scrupuleux et piquant, mais moraliste de second ordre. Les sujets sont petits. C'est du simple bou sens relevé par des portraits. Les quatre autres (I, II, VII, IX), purement critiques, nous font assister à ses combats contre les sots rimcurs. Ce sont les plus intéressantes ; car il est là comme à la fête, il s'en donne à cœur joie. C'est en vain que Cotin lui prodigue l'injure et la calomnie, l'appelle le sieur Des Vipéreaux, l'accuse « d'ériger partout des autels à la débauche, par le décri de la raison et de la justice, par la profanation du trône », ces libelles diffamatoires ne désarment pas l'ironie d'un bon sens qui

Appelle un chat un chat, et Roliet un fripon.

Chapelain a beau travailler sournoisement pour faire briser le sceau du privilège accordé au « satirique effréné », Boileau, qui ne prétend à aucune pension, n'en est pas moins impitoyable à chasser les intrus du Parnasse, et à donner, dans la neuvième satire, le coup de grâce à ses ennemis impuissants. Ce fut aussi vers le même temps qu'il se moqua des héros de roman, dans un dialogue où il fustigeait le Cyrus et la Clélic de Mlle de Scudéry; mais, pour ne point chagriner c cette brave fille » qui, « après tout, avait encore plus d'honneur que d'esprit », il attendit sa mort avant de livrer à l'impression une parodie dont l'à-propos divertissait les compagnies.

2» La seconde époque, qui s'étend de 1669 à 1677, est celle de

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sa maturité. Maître du champ de bataille, fort de son crédit à la cour et des suffrages publics, il s'apaise de plus en plus. Sa réputation même l'oblige à des ménagements. Appi'écié du roi, qui le nomme son bistoriographe, il épargne des vaincus, et songe à profiter de sa victoire pour donner des lois à la poésie rentrée enfin dans le devoir. C'est alors que, sous la dictée d'Horace, dont il n'a pas la grâce et l'abandon, il promulgue son Art iwétiqueiidili), non sans récréer ses loisirs par les quatre premiers chants du Lutrin (1672-1674). Ce changement de ton est sensible dans ses épitres, où il dit en propres termes :

Aujourd'hui, vieux fion, je suis doux et trai table; Je ne sens plus l'aigreur de ma bile première Et laisse aux froids rimcurs une libre carrière.

(lipitrc V.)

Si le démon le tente encore, ce n'est que par furtive reprise et comme à son insu. Ses hyperboles contre les femmes (Satire X) ne prouvent-elles pas, avec une certaine incompétence, qu'il a perdu l'habitude de la satire, et n'y est plus à son aise? A cette diatribe on préférera donc VÉyitre à Lamoignon, qui témoigne d'une imagination presque souriante, d'une sérénité philosophique et capable de délicieux passe-temps. Cette veine de gaitc rassise se joue aussi en toute liberté dans l'épopée comique o j l'esprit des fabliaux et du JRoman de la Rose taquine sans méchanceté les gens d'église, et tourne encore l'amusement en leçon littéraire. Il est en effet visible qu'il veut ici protester contre la manie du burlesque; car, au lieu de dégrader les grands sujets, il rehausse une humble matière, et transforme en héros de minces personnages. Tout en rendant justice à l'adresse du poète, M. D. Nisard regrette qu'il y ait disproportion entre la richesse de son art et la pauvreté de sa matière, « qu'un esprit si viril s'épuise à peindre im lutrin, à allumer poétiquement une chandelle, à parodier les plaintes de Didon dans le discours d'une perruquière délaissée, et les paroles d'or de Nestor dans la harangue de la Discorde aux amis du trésorier; à décrire an combat à coups d'in-folio arrachés à la, boutique de Barbin ». Vraiment ces scrupules ne font-ils pas voir un peu trop de délicatesse? Ne chicanons pas notre plaisir quand il est de celle qualité.

LES TROIS EPOQUES DE SA VIE LITTEUAIRE. ;i03

S" La troisième phase, celle du déclin, va de 1G77 à 1711. Elle a SCS lueurs encore, puisqu'elle nous vaut deux chants du Lutrin. Mais il est manifeste que l'haleine commence à devenir courte. Ne parlons donc pas de VOde ù Namur, ni dos ingrates satires sur V Equivoque et V Amour Je Dieu : car ce sont les derniers soupirs d'une muse désormais trop janséniste, que gagne aussi cette extinction de voix pour laquelle Boileau, valétudinaire et quinteux, allait prendre les eaux do Bourbon, po;idaut rélé do 1G87. Les sources commençant à se tarir pour sa verve désenchantée, l'aigreur et les jeux de mots remplacent ces irrésistibles saillies qui emportaient la pièce. Bref, il ne sut pas prendre à temps sa retraite. Reçu tardivement à l'Académie française — où nous avons vu que La Fontaine avait été son concurrent préféré, et où le retard du consentement du roi pour ce dernier permit aux deux amis d'entrer ensemble, — en 1683, à quarante-sept ans (car son âpreté lui avait fait bien des ennemis); attristé par la perte do Racine, il fut encore assombri par des infirmités douloureuses, une sorte de disgrâce de cour, le deuil des désastres publics, et le sentiment exagéré d'une décadence prochaine. 11 désespérait de l'avenir, et sa vieillesse chagrine croyait trop à la fin du monde. Puis de nouveaux écrivains, les Boycr et les Pradon, par un ellet de mirage, étaient en train, dit-il lui-même, de lui paraître des soleils. A ceux qui s'informaient de sa santé, il répondait par ce vers de Malherbe :

Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.

Ce fut donc sous linipression des plus amers pressentiments qu'il mourut d'une hydropisie de poitrine, le 13 mars 17H, (Mtrc les bras du chanoine Lenoir, son confesseur, chez lequel il dcmi'urait, au cloître Notre-Dame, depuis qu'atteint de surdité, il avait vendu la chère maison d'Auteuil, où quatorze ans durant s'étaient gaiment rencontrés ses illustres amis : il avait >oixantequinzc ans. On l'enterra sans pompe, suivant son désir, dans la Sainte-Chapelle, au-dessous de la place occupée par le Lutrin qu'il avait rendu si fameux. Exhumés en 1800, ses restes furent transportés, le li juillet 1819, dans l'église Saint- Germain-des-Prés, où ils reposent encore.

b(^* BOILEAU.

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