CONCLUSION SUR SA DOCTRINE ET SA POÉSIE
plus (.le contes; Molière eût donné davantage dans les Scapins, et n'aurait pas atteint les hauteurs du Mis'mthrope. En un mot, chacun eût abondé dans ses défauts. Boileau les contint, et les contraignit tous, par sa présence respectée, à leurs œuvres les meilleures et les plus graves. » Sainte-Beuve qui avait traversé et un peu conseillé les deux cénacles romantiques, ajoute qu'aux poètes de notre siècle a manqué un Boileau : voilà pourquoi « ils se sont parfois conduits comme des écoliers en vacances »,
Rappelons enfin qu'il a mérité ce jugement de La Bruyère : « 11 passe Juvénal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui, et se rend propre tout ce qu'il manie. Il a, dans ce qu'il emprunte des autres, toutes les grâces de la nouveauté, et tout le mérite de l'invention. Ses vers, forts et harmonieux, faits de génie quoique travaillés avec art, pleins de traits et de poésie, seront lus encore quand la langue aura vieilli, et en seront les derniers débris. » Sa doctrine fut tellement un progrès sur son temps, qu'elle a suffi pendant un siècle et demi. André Chénicr lui-même l'accepta et ne crut point la dépasser; pour la compléter, il a fallu l'étude du moyen âge et des littératures étrangères, avec le contre-coup d'une révolution politique et sociale. Soit que Boileau blâme, soit qu'il admire, jamais critique ne jugea ses contemporains avec plus de sûreté. Tant qu'il sera permis de dire : « Ceci est bon, cela est mauvais », il est donc souhaitable que son exemple fasse tradition.
Conclusion sur la doctrine et la poésie de Boileau. — Nous conclurons donc, en essayant de résumer, après tant de dissertations pour et contre, les traits essentiels de tous ses préceptes sur l'art d'écrire et ceux de sa physionomie de poète.
Complétée par ses épitres parallèles ou postérieures à VArt Poétique, la doctrine de Boileau peut se résumer comme il suit.
Son rationalisme. — Tous ses préceptes se suspendent à celui-ci :
Aimez donc la raison; que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.
C'est son refrain, son cpée de chevet, qu'il s'agisse de batailler
contre Véclutante folie, venue d'Espagne ou d'Italie, d'asservir la rime ou de dresser les bornes naturelles des grands et des petits genres. Nous avons entrevu d'ailleurs ci-dessus, à propos de Scaliger, les origines lointaines de ce ratiGnalisme littéraire qui offre une conformité frappante sinon une relation de cause à elTet, avec le rationalisme cartésien.
Ce premier principe philosophique de la critique de Boileau se complète par cet autre :
Uien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.
La raison étant la pierre de touche du vrai sera donc aussi celle du beau, et elle engagera à ses règles tous les poètes; mais elle n'a qu'une méthode :
La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.
L'imitation de la nature. — Quelle est-elle? La nature répond partout Boileau, d'accord en cela, on le sait déjà, avec Molière et avec tous les écrivains qui l'entourent :
Jamais de la nature il ne faut s'écarter.... Mais la nature est vraie, et d'abord on la sent.
Copions-la donc après l'avoir sentie :
11 n'est point de serpent ni de monstre odieux ^
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux;
et cela, sans oublier la couleur locale, le costume, qui sera si \ cher à Fénelon : ;
Des siècles, des pays étudier les mœurs; ^
Les climats font surtout les diverses humeurs. 4
Mais il y faut de l'art, il faut au copiste
D'un pinceau délicat l'agréable artifice.
Les règles et les maîtres. — Or quel est cet artificel Ce n'est rien moins que l'ensemble des règles générales et particulières de chaque genre; et Boileau les promulgue, au nom