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sens, qu'elle ne surpasse pas Andromaque. » C'était mettre de pair deux chefs-d'œuvre. Mais elle craint d'avoir été trop généreuse ; car elle termine par ces mots de repentir : « Pour ce qui est des belles comédies de Corneille, elles sont autant au-dessus que votre idée éloit au-dessus de.... Souvenez-vous de cette folie, et croyez que jamais rien n'approchera (je ne dis pas surpassera) des divi)is endroics de Corneille.... Cependant je voudrois, ma bonne, que vous fussiez venue avec moi, après dîner; vous ne vous seriez point ennuyée ; vous auriez peut-être pleuré une petite larme, puisque j'en ai pleuré plus de vingt. «
Tel fut l'émoi de sa première surprise; mais, à la réflexion, elle se ravisa. Dès que la tragédie eut été imprimée, elle la lut à tète reposée; et, l'envoyant à sa fille, l'accompagna de cette boutade: « Voilà Bajazet. Si je pouvois vous envoyer la Charupmeslé, vous trouveriez cette comédie belle. Mais, sans elle, elle perd la moitié de ses attraits. Je suis folle de Corneille. Il nous redonnera encore Pulchcric, où l'on verra encore
la main qui crayonna
La mort tin L'^rand Pompée, et l'amour de Clinna. »
C'est que la cabale avait eu le temps de s'enhardir, et de rallier ses troupes. On s'en aperçoit à ce dernier billet que reçut Mme de Grignan : « Je voudrois vous envoyer la Cha)npmeslê, pour vous réchauft'er la pièce. Le personnage de Bajazet est glacé ; les mœurs des Turcs y sont mal observées. Ils ne font point tant de façons pour se marier. On n'entre point dans la 'raison de cette grande tuerie. Il y a pourtant des choses agréables, et rien de parfaitement beau, rien qui enlève, point de ces tirades de Corneille qui font frissonner. Ma fille, gardons-nous bien de lui comparer Racine; sentons-en la dilïérence. Il y a des endroits froids etfoibles, et jamais il n'ira plus loin ({nAlcxitndre ^i i\\x Andromaque. Bajazet est au-dessous, du sentiment de bien des gens, et au mien, si j'ose me citer. Racine fait des pièces pour la Champineslé, et ce n'est pas pour les siècles à venir. Si jamais il n'est plus jeune, et qu'il
cesse d'être amoureux, ce ne sera plus la même chose. Vive donc noire vieil ami Corneille! Pardonnons-lui de méchants vers en laveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent : ce sont des traits de maître qui sont inimitables. Despréaux en dit encore plus que moi'; en un mot, c'est le bon goût, tenez-vous-y. » On voit par cette explosion queMmede Sévigné se dédommagea d'une contrainte qui lui avait coûté. Ce jugement nous prouve qu'elle avait sur le cœur la défaite de Corneille, et peut-être aussi les équipées de son fils, le jeune marquis mêlé avec Racine à une société d'acteurs où certains périls alarmaient la tendresse d'une mère.
Il y eut donc en ces conclusions une partialité tort injuste , mais pourtant assez clairvoyante sur • les faiblesses du peintre, notamment sur les fausses couleurs de son tableau. Ce fut en effet le point vulnérable; et Corneille, qui se piquait de vraisemblance historique, donna le premier signal d'un blâme qui éveilla bien des échos. Un jour qu'il assistait à une représentation de Bàjazet, il aurait dit à Segrais : « Je me garderois de le confier à d'autres qu'à vous, car on m'accuseroit de jalousie; mais il n'y a pas là un seul personnage qui ait les mœurs qu'il doit avoir, et qui conviennent à Constantinople : ils ont tous, sous un habit turc, les sentiments qu'on a au milieu de la France^. »
Les critiques. Donnean de Tisé. La vérité historique mise en cause. Apologie de Racine. Les mystères du Sérail. La vraisemblance. — La brèche étant Ouverte, un autre y passa. Ce fut Donn eau de Visé, le fondateur du Mercure^. Tout en affectant une courtoisie aigre-douce
1. Il parait que Boileau, tout en appréciant l'exposition de cette tragédje, jugea la ver»itication négligée. Depuis qu'il était illustre. Racine s'affranchissait de celle tutelle. De là des ombrages. L'Aristarque fronçait parfois le sourcil.
2. Le gazetier Robinet l'avait déjà dit, en cette épigramme :
Champmeslé dessus ma parole De Bajazet soutient le rûlo, En Turc aus^i doux qu'un François; En Musulman des plus courtois.