En vain contre le Cid un ministre se ligue
Tout Paris pour Chimèna a les yeux de Rodrigue..
L'Académie en corps a beau le censurer,
Le pultlic révolté s'obstine à l'admirer. (IIoileau.^
rldîcules, elle a le lort de prendre parti pour la médiocrité prudente contre les heureuses hardiesses du génie.
Elle eut pourtant le bon effet d'animer à de nouveaux exploits dramatiques le grand homme qui avait le cœur e* le caractère de ses héros.
Corneille et Giiillen de Castro. — Ce fut à l'Espagne que Corneille dut non-seulement le sujet de sa pièce, mais tous les personnages qu'il y représente et la plupart des incidents qui la composent. Outre que son penchant naturel le portait vers la patrie de l'héroïsme chevaleresque, il obéissait au goût d'un temps qui puisait volontiers à cette source. D'ailleurs le hasard s'en mêla : car un vieux courtisan, J\I. de Ghalon, retiré à Rouen, et ami de Corneille, lui signala le drame intitulé là jeunesse du Cid\ que son auteur, Guillen de Castro, né eu 156(», fit jouer à Madrid en 1615. C'était une suite d'épisodes épiques détachés des vieilles chroniques et des romanceros que l'imagination po- •pulaire avait consacrés à la légende de son Achille national, Rodrigue Diaz de Bivar, surnommé le Campeador (de campear, courir la campagne). Dans la première partie do sa vasle composition, Cuillcn racontait, en trois journées séparées par de longs intervalles*, les amours du Cid et de Chiraèno, le duel qui élève entre eux une barrière infranchissable, la vendetta qu'impose à la fille du mort sa piété filiale, les prouesses qui sauvent à la fois rEspagn(! et Rodrigue, le combat singulier dont une amante doit êlre le prix, enfin l'union traversée par tant d'obstacles, mais appelée par tous les vœux comme la récompense d'un héroïsme qui, sans étouffer la passion, n'a pas cessé d'obéir à l'honneur. Dans ce rapide résumé, nous reconnaissons d'avance toute la tragédie de Corneille ; et cej)eiulant, mal-