‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 215 sur 411 · C'est le vers · texte numérisé non relu

C'est le vers

Jérusalem prislja par traïsun; Si violai le tcm/de Salomun.

11 s'agit là il'un rnlifc falimilc qui renversa le saint Sépulcre, vers lOGO.

2. lille représente tous les cpisoiies de la concuiéln, et nomme les prini'ipnuit compagnons de Guillaume. Ce Turold serait mort en 109S.

sur le sens du mot décUnet qui signifie souvent achever^ mais pourrait bien s'appliquer simplement ici soit au cliant du jongleur, soit à la copie du scribe '. Celte hypothèse serait même d'autant plus plausible qu'aux environs du douzième siècle la plupart des poèmes populaires étaient anonymes.

Sans insister sur cette signature, nous affirmerons seulement que la chronique latine du faux Turpin ^ ne fut point, comme on a eu tort de le penser, la source à laquelle puisa le chantre àe Roland. CdiV de profondes différences d'accent et de ton distinguent ces deux écrits, inspirés l'un par une fierté toute féodale, et l'autre par l'onction d'un esprit ecclésiastique. D'ailleurs, M. Gaston Paris a démontré que dans cette fastidieuse chronique se trahit le travail de plusieurs mains. Si les cinq premiers chapitres paraissent remonter au onzième siècle, les suivants qui intéressent la légende de Roland ne sont pas antérieurs à la première moitié du douzième; car il faut regarder comme tout à fait apocryphe la prétendue lettre du pape Galixte II qui, datée de 1122, recommande cet ouvrage aux fidèles, en tête des Miracles de saint Jacques^. 11 n'y a donc aucune parenté entre la prose diffuse et béate du moine dévot qui composa cette compilation, et le poème si vif, si ferme, si franc, où un homme de guerre ne fait retentir que le bruit des armes.

Les manuscrits d'©xforil et «le Venise. — Il Convient de dire encore un mot sur les manuscrits qui nous l'ont transmis. A celui d'Oxford, qui est incontestablement le plus ancien et nous offre peut-être même la leçon originale, on ne saurait opposer que le texte de Venise, mais dont le français a été trop italianisé pour faire autorité, et qui se termine par une digression étrangère au sujet''.

1. Ajoutons que dans ce poème le mot geste désigne constammpnt une chronique anlérieure do\\. le poète prétend avoir été l'interprète. Plus tard, il signifia les actes d'une famille héroïque.

2. Le véritable Turpin, archevêque de Reims sous Charlemagne, mourut vers l'an 800. — Le Turpin de Roland meurt à Roncevaux, tandis qne celui de la chronique latine suT\h au désastre qu'il raconte avec toute la vie de Charlemagne.

3. La première mention authentique de cette chronique estde 1165, dit M. Petit de JuUeville.

4. Il appartientà la bibliothèque Siint-Marc, Manu-?crils français, n" 4. 11 a été

Quant aux six autres manuscrits que nous possédons*, ils sont tous postérieurs, et apparticnnentà une époque où, au lieu d'entendre les chansons de sresle, on se bornait à les lire. Aussi la version primitive a-t-elle été maladroitement remaniée ou amplifiée. La langue paraissant alors trop rude ou trop monotone, on ne se permit pas seulement de transformer les assonances en rimes; mais, sous prétexte de rajeunir et d'embellir l'original, on le rendit méconnaissable. C'est ainsi, par exemple, que les quinze vers où la mort de la belle Aude était racontée avec une brièveté si touchante furent délayés en une complainte dont la longueur égale la fadeur. Le jour vint même où la légende, traduite en prose, se confondit avec toutes les chansons carolingiennes dans un recueil italien intitulé les Realidi Francia'-. Cefut laque i'Arioste alla chercher le martyr de Roncevaux ; et le capri'::e de sa verve sceptique le transforma en un paladin d'opéra, pourfendant des géants de carton, assiégeant des villes fantastifiucs, chevauchant sur les nues, bataillant contre des fantômes. Pour dernier outrage, il ne restait plus à Roland qu'à descendre, de chute en chute, jusqu'au répertoire populaire de la Bibliothèque bleue où il vit encore, au fond de quelque village, à côté des Quatre fih Aymon.

ï.a prosodie du texte d'o.'vford. — Pour clore CCS préliminaires, ajoutons que le tcxte d'0.\ford comprend 4002 vers décasyllabiques', coupes, sauf erreur du copiste, par une césure après le quatrième pied, et divisés en 291 laisses

rédigé au douzième siècle, et suit le texte d'Oxford jusqu'au vers 3682. Il s'en écarte ensuite pour raconter la prise de Narbonne. M. Millier en a publié do nombreux fragments dans son Roland.

1. Celui de Paris (Bibliolh. nat. 8G0, anc. 7227-5), qui remonte au treizième siècle, a 13109 vers, au lieu de /iOOO. — Celui de Versailles, ipii appartenait h Louis XVI, contient 8330 vers. — Un autre, qui est do Venise, a' 7, a 8880 vers. — Celui de Lyon (n* 9G'i) date du quatorzième siècle. Il y manque, au début du poème, 84 couplets. — Celui de Cambridge (Ti inily Collège, B. 3-32) est du seizième siècle. Les 17 premiers couplets font défaut. — Le texte lorrain, découvert aux environs de Metz par M. MichclanI, n'est qu'un fragment de 351 vers, publiés par M. Génin.

2. Histoire royale de France. Le huitième livre, intitule Spagna, raconte le désastre de Roncevaux. C'est là que Puici, Hoiardo cl l'Arétin puisèrent plusieurs motifs de leurs œuvres. De là vient le liolnnd furieux de I'Arioste.

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