‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 218 sur 411 · A la lète des Français brille le drapeau tricolore · texte numérisé non relu

A la lète des Français brille le drapeau tricolore

Uni gunfanuns blancs e vermeils e blois{v. 1800).

2. Ces douze pairs rappellent l'institution germanifino du compagnonage mililaire associée au souvenir des douze apùtres.

3. « Holand est rouge de sang, rouge est son lianbei't, rouges sont ses bras,^ rouges sont ses épaules et le cou do son cliuval. *

Mais hélas! il a beau faire miracle, le flot déborde toujours plus pressant. Tandis que cette moisson d'ennemis semble renaître et se multiplier sous le fer, il ne reste plus à Roland que soixante compagnons. Aussi des cris de détresse succèdent-ils à la confiance et à l'entrain du premier élan*. Turpin ne dit plus : « Si vous mourez, vous serez martyrs », mais bien : « Il est très sur que nous allons mourir ». En effet, voici que Marsile dévale de sa montagne avec dix bataillons tout frais; et, devant cette avalanche, Pvoland qui voit gisante la fleur de ses preux, en est réduit à regretter enfin son imprudence.

Le eor «le iîolantl — Appel desespéré. — Pris de remords, c'est lui maintenaat qui va demander à son frère d'armes s'il ne faudrait pas sonner du cor. Mais Olivier l'en dissuade avec vine tragique ironie : « Non, non ! ce serait trop grande vergogne à tous vos parents qui en porteraient l'affront toute leur vie. » C'est dire qu'il n'est plus temps de réparer une faute. Roland sent la piqûre du reproche, et la querelle risquerait de s'envenimer, si Turpin qui l'entend n'intervenait pour réconcilier les deux amis. Alors^ sur son conseil (car il faut du moins que Charles venge les morts et les ensevelisse en terre sainte), Roland sonne de sa trompe. Il y souffle d'un si furieux effort que de sa bouche « jaillit le sang vermeil », et que ses tempes en éclatent : appel désespéré qui franchit les montagnes, et, à trente lieues de là, frappe en sursaut les oreilles de l'empereur.

Dans l'écho lointain il reconnaît l'âme du héros, et s'arrête inquiet : « C'est le cor de Roland, dit-il; certes il ne sonnerait pas, s'il n'était en bataille. — Non, reprend le traître Ganelon qui veut lui donner le change, de bataille il ne s'agit point. Pour un seul lièvre, Roland ne va-t-il pas cornant toute une journée avec ses pairs? Sans doute il est en train de rire. » Cependant, Roland continue de plus fort à « sonner l'olifant à longue haleine, à grande douleur, à grande angoisse. » Au râle éperdu de sa fanfare,

1. « Ah! quel déchet des nôtres! » s"écric l'un de ces preux.

le doute n'est plus possible. « C'est un brave qui sonne », crie le duc >saymes de Bavière : « On se bat autour de Roland. » Hélas! oui; mais, si rapide que soit la course de l'armée qui fait volte-Cace, en toute hâte, elle arrivera trop tard : car cinquante mille païens, « qui n'ont de blanc dans le visage que les dents », viennent d'assaillir cette poignée de survivants trois fois vainqueurs, et toujours vaincus.

La mort d'Olivier et de Turpin. — Rien de navrant comme cette fin de bataille. Pourtant, Durandal ne cesse de flamboyer, et de foudroyer, à droite, à gauche. ]\Iais contre une forêt que peut la hache d'un seul bûcheron? Olivier est le premier qui va succomber. Blessé à mori, livide, aveuglé par son sang, mais rôdant sur le champ funèbre. Haute-clair à la main, pour frapper encore à tâtons, le voilà qui, sans le savoir, rencontre son ami; et, le prenant pour un païen, il assène son épée sur son casque qu'elle fend « du cimier jusqu'au nasal. » Par bonheur, la tête fut épargnée. Roland le regarde, et « doucement, doucement », lui adresse cette question: « Sire compagnon, l'avez-vous fait exprès? Vous ne m'avez point défié, (|ue je sache*. » Et Olivier de répondre : « Je vous entends parler; mais point ne vous vois; Dieu vous protège, ami ! Si je vous frappai, pardonnez-moi. — Je n'ai aucun mal, reprit Roland tout endolori; je vous pardonne ici, et devant Dieu. » Puis, les deux frères s'inclinent l'un en face de l'autre, et se séparent pour aller mourir. Est-il adieu plus mélancolique, et plus éloquent? Achille a-t-il pour Patrocle des larmes plus tendres que celles de Roland pleurant ainsi son ami :

Bien des années, bien des jours, nous avons été ensemble Jamais lu ne me fis de mal ; jamais je ne t'en fis : Quand tu n"cs plus, c'est peine que je vive *.

Olivier mort, l'agonie commence pour les deux survi-

1. Les lutlps clainnt assujclties à des règles. Pour que l'honneur fùl sauf, il fallait que le déli préccilàt le combat.

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