‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 228 sur 411 · Il y avait 1800 navires tant grands que petils · texte numérisé non relu

Il y avait 1800 navires tant grands que petils

3. .Sainl Louis projetait la fondaliiin d'une prande lolunlc en Egypte; il voiii.iit r.'en faire un point il'appui pour la i'onc|uc"Me de la Terre Sainte. Il avait cniporlé des inslruinenls de IjImiir.iL'''. et des onlils de toute sorte.

'i. Un millier fut poussé vers la ville d'Acre cl antres terres élrangcres.

b. • La noise que il nienoient de leur nacairee. » voir nos Origines, p. 80, etc.

livrer bataille, si les Sarrasins ne s'y refusaient pas. Notons en passant qu'aux jeux de ces races ferventes les jours consacrés par l'Évangile avaient une vertu surnaturelle.

Ce serait ici le lieu de comparer saint Louis et Bonaparte, ne fût-ce que pour apprécier les différences de ressources, de talent, de prévision, de calcul, et par suite de succès*. Mais, en nous bornant à indiquer ce parallèle que chacun pourra faire à loisir, disons seulement que sous les contrastes où se marque la distance des temps éclate des deux côtés une vaillance également entreprenante, et dont la furie est toute française. Oui, nous retrouvons l'air de famille dans ces preux du moyen âge qui se disputèrent l'honneur de se signaler au premier rang.

Pour aborder, il leur fallait de ces bateaux légers qu'on appelait ^a/ics. Joinville en fit demander un au chandbellan du roi, Jean de Beaumont, qui n'en eut pas à lui fournir : car tout allait à l'aventure, et l'on comptait plus sur la grâce de Dieu que sur les précautions de la prudence. Force lui fut donc de se tirer d'embarras, comme il put,

1. Joinville ne nous donne pas la proclamation de saint Louis; mais elle so trouve dans le t. III (p. 239) de sa vie par le scrupuleux Tillemont (édition de M. de Gaulle, publiée par la Société de l'Histoire de France). La voici : « Mes lidèles amis, nous serons insurmontables si nous demeurons ainsi dans la charité. Ce n'est pas sans une permission de Dieu que nous sommes arrivés si promptement. Ce n'est pas moi qui suis roi de France, ni qui suis la sainte Eglise; je ne suis qu'un seul homme dont la vie passera comme celle d'un autre homme quand il plaira à Dieu. Toute aventure nous est sûre; si nous sommes vaincus, nous monterons au Ciel en qualité de martyrs; si noussom:iies vainqueurs, on publiera la gloire du Seigneur; et celle de toute la France, ou plutôt de toute la chrétienté, en sera plus grande. Dieu qui prévoit tout ne m'a pas suscité en vain : il faut f|u"il ait quelque grand dessein. Combattons pour Jésus-Christ, et il triomphera en nous; et ce sera à lui et non à nous qu'il en donnera la gloire, l'Iionneur et la bénédiction. »

Apres cinq siècles et demi, Bonaparte, escorté d'un Voluey, d'un Monge, d'un état-major où figurait l'élite de nos savants, adressait cet ordre du jour à son armée qui débarquait sur la plage d'Alexandrie : « Soldats, vous portez à l'Angleterre le coup le plus sensible, en attendant que vous lui donniez le coup de mort... Vous réussirez dans toutes vos entreprises... Les destins vous sont favorables... Dans quel- <|ues jours, les Mamelucks qui ont outragé la France n'existeront plus. Les peuples au milieu desquels vous allez vivre tiennent pour premier article de foi qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et que Mahomet est son prophète : Ne les contredisez pas... Les légions romaines aimaient toutes les religions. Le pillage déshonore les armées, et ne prolite qu'à un petit nombre. La ville qui est devant vous, et où vous serez demain, a été bâtie par .Alexandre. »

au risque de noyer ses gens. En revanche, les liommes de ce temps-là avaient des scrupules de conscience que nous ne connaissons guère. Par exemple, avant d'appareiller, Joinyille obligea deux de ses plus braves chevaliers, Villain de "N'ersey et Guillaume de Damraarlin, « qui étaient en grande haine l'un contre l'autre 3>. à faire la paix, et à s'embrasser, «jurant sur reliques qu'ils n'iraient pas à terre avec leur rancune'.» Ils obéirent; et alors, tout à fait rassuré, Joinville usa de telle diligence qu'il réussit même à devancer la chaloupe du Roi. Les gens qu'elle ])orlait enf'urent irrités, et « crièrent après lui », pour qu'il laissât le pas à l'enseigne de Saint-Denis. Mais « il ne voulut point les en croire, » et s'élança fièrement sur le rivage devant « une grosse bataille de Turcs'' : il y en avait bien six mille à cheval. Sitôt qu'ils nous virent, ils vinrent vers nous, piquant des éperons. Lors, nous fichâmes les pointes de nos écus dans le sable, et dirigeâmes vers eux le fer de nos lances. Or, du moment qu'ils les virent tout près de leur entrer aa railieu du ventre, Us tournèrent devant derrière, » et s'enfuirent à toute bride.

En parlant ainsi de lui-même, Joinville ne se targue d'aucun avantage. Loin d'envier leur gloire à ses frères d'armes, il déclare même que, dans celte rencontre, la plus brillante attitude fut celle du comte de Jafl'a. « Car sa galère arriva toute peinte eu dedans et en dehors aux écussons de ses armes, lesquelles sont d'or, à une croix de gueule pâtée''. Il avait bien trois cents rameurs, et pour chacun un bouclier à ses armes, et à chaque bouclier un pennon* brodé en or à ses armes. Pendant qu'ils venaient, il sembldit (jue la f/alère volât, tant les nageurs'' la contraignaient à force d'avirons, et fjue la foudre tombât des deux, U'\ bruit menaient les nacaires^, les tambours, et cors sarrasinois i\\ù étaient eu sa galère. Sitùl (|u'(,'lh' fut

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