‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 247 sur 411 · C'est le mot de I,:imarline sur son chien I''iclo · texte numérisé non relu

C'est le mot de I,:imarline sur son chien I''iclo

Frère, à quelque dugrc qu'uil voulu la naturo.

ser jusqu'à eux. C'est l'antipode de la théorie cartésienne qui ne verra dans les bêtes que de simples automates. Tout au moins nous refuse-t-il le droit de mépriser ces humbles existences, et de mesurer l'intervalle qui sépare de notre raison ces merveilles d'activité, de prévoyance, de dévouement ou de courage. « Quand je me joue à ma chatte, dit-il, qui scait si elle passe son temps de moy plus que je ne fais d'elle? 5) Ne laissant pas même à notre vanité le privilège de certaines misères que les animaux ignorent', il nous ramène outrageusement à la condition commune, et nous refoule dans la troupe des êtres obscurs qui peuplent la surface du globe.

Les arts de la paix et de la guerre. — Quant aux arts et aux inventions qui sont le génio de la paix ou de la guerre, il ne peut nous en ravir l'honneur; mais il incrimine l'usage qu'en font trop souvent nos passions. Eh quoi ! s'écrie-t-il, s'il est glorieux de verser le sang de nos semblables, cette fureur ne sévit-elle pas aussi parmi toutes les races vivantes? Deux essaims ne savent-ils point lutter et mourir aussi vaillamment que deux arrhées? Sans doute nos moyens de destruction sont plus terribles; mais pareils appétits agitent un ciron et un puissant monarque. Il ne tarit pas en sarcasmes contre les conquérants et leurs exploits. Jugez-en par ce trait : « Geste armée, ce furieux monstre à tant de bras et à tant de testes, c'est toujours l'homme, foible et calamiteux; ce n'est qu'une /bwr//«'//«ère esmue et eschau/fée : un soufile de vent contraire, le croassement d'un vol de corbeaux, le fauls pas d'un cheval, le passage fortuit d'un aigle, un songe, une voix, un signe, une brouée matinière suffisent à le renverser et porter par terre. Donnez-luy seulement d'un rayon de soleil par le visage, le voyla fondu et esvanoui; qu'on luy esvente seulement un peu de poulsière aux yeulx comme aux mouches à miel de nostre poète, voyla toutes nos enseignes, nos légions, et le grand Pompeius mesme à leur teste, rompus et fracassés. » C'est encore ici que se rencontre cette

1. Il n'est pas vrai, dit-il, que l'homme naisse plus nu, plus désarmé que les autres êtres.

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énergique pensée : « Quant à la force, il n'est animal au monde en butte à tant d'offenses que l'homme; il ne nous fault point une baleine, un éléphant et un crocodile, ny tels aullres animaux desquels un seul est capable de dcsi'aire un grand nombre d'hommes : les poidls sont suffisants pour faire vacquer la dictature de Sylla; c'est le desjcuncr d'un petit ver que le cœur et la vie d'un grand et triomphant empereur. 5) Ce motif, Pascal n'aura plus qu'à le reprendre, he petit grain de sable y jouera l'office d'un insecte qu'on ne nommait pas au dix-septième siècle'. Seulement, il nous offre le contrepoison de cette moquerie décourageante, quand il dit : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau, sufiil pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraseroit , l'homme seroit encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rjen -. » Voilà ce que Montaigne n'ajoute point; car, chez lui, nôtre bassesse n'a pas de contrepoids. Il se garde bien de nous tirer du néant où il nous plonge. Il n'appelle point le coup d'Ltat de la Grâce pour en finir avec ces misères « qui nous tiennent à la gorge. » Au coQtraire, il nous y condamne définitivement.

I.a science et les renflons. — Il n'est pas jusqu'à la science dont il ne raille les ambitions. A peine sert-elle à nous mieux convaincre de notre ignorance; car. vue de près, elle n'est ([u'inccrlitude et déception. An lieu de nous rendre plus humbles, elle ne fait ({u'exaller notre orgueil, parfois jusqu'à la folie'. La philosophie, par exemple, qu'on réputé le sublime effort d'un libre esprit, qu'est-elle sinon un stérile conflit d'opinions variables et d'imaginations

1. 0 Crnmwcll alloil ravac^er toute la clirélifltitn : la familln royale éloit perdue, el la sienne a jamais piiisjanle, sans un ndil prain de sahie (|ui se mil dans son urelère. Home nii'mo alloit trembler sous lui; mais ce petit gravier s'i'tant mis là, il et-t mort, sa famille ahaisséo, toul en paix, et le roi rétabli. » (Ed. llavct I, p. 35), Pascal n'est pas plus poignant que Montaigne : il l'égale.

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