‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 271 sur 411 · Il y entraîna son frère Claude, qui persévéra · texte numérisé non relu

Il y entraîna son frère Claude, qui persévéra

2. Il épousa en 1647 Marie Héricart, qui avait de la beauté, de l'esprit et aimait beaucoup trop les romans.

3. Le seul signe qu'il en ait donné est cette exclamation qui lui échappe dans Philémoa et Baucis :

Ils s'aiment jusqu'au bout, malgré l'effort des ans. Ah' si.... Mais autre part j'ai porté mes présents.

pas plus sérieuse que l'autre; et ses inadvertances ne tardèrent point à le rendre aussi oublieux de son foyer que de son office. Des deux côtés, il ne vit qu'une sinécure, et des prétextes aux distractions insouciantes.

Tandis que, sous a])})arence d'inspecter les forêts, il ])romenait sa rêverie à l'ombre des bois soumis à sa juridiction', une ode de Malherbe'^ qu'il entendit réciter à un officier éveilla par hasard ses instincts poétiquos'. Il se mit donc à lire nos vieux auteurs, surtout Rabelais, Marot, et ces fabliaux qui meublaient encore les bibliothèques de province. Epris d'une vive passion pour les pastorales de Racaii^ il s'essaya même à traduire librement V Eunuque de Térence* (1654).

La Fontaine et Fouquet. ' — Ce fut alors qu'un parent de sa femme, J. Jannart, substitut de Fouquet dans son office de procureur général au Parlement de Paris, profita de l'occasion pour présenter La Fontaine au surintendant qui aimait et protégeait les lettres. Un si charmant esprit ne pouvait manquer de plaire à un connaisseur, et il devint rapidement le poëte ordinaire d'une cour célèbre par ses magnificences. Ce cercle brillant lui inspira le Songe de Vaux, des épHres, des ballades, des sixains et dizains, par lesquels sa reconnaissance acquittait les ([uartiers de la pension^ que lui servait son Mécène. En ces pièces légères, il ne s'élevait guère au-dessus de Voiture, de Sarrasin ou de Benserade ; et s'il fut bon que la faveur de Fouquet, en l'initiant à la vie mondaine, lui donnât toute sa politesse, il risqua pourtant de s'assoupir ou de s'alïadir parmi ces délices. Si ces douceurs s'étaient trop prolongées, un épicurien si naturellement ami du sommeil et du rien faire courait le péril de se relâcher en tous sens. Dans un pareil

1. Il avoue n'avoir appris que par un dictionnaire les termes de l'art forestier, ce qu est un bnis en grume, un l)ois mnrmenleav, un bois de touche.

2. Le sujet de celte ode ttait un des attentats sur la personna d'Henri IV : Que rlirez-vout, races futures, etc.?

3. Il composa des odes, et très-mauvaises, du moins au goût de son ami Maucroix, qui l'engagea fort à éludier les anciens.

'i. C'était le tcinp-. un [Mi;nssaicnl les |ireiiiières pièces iJc Molière. & Il recevait mille francs sur la cassette de Fuu^ut:.

milieu, les bagatelles frivoles lui seraient venues plus volontiers que les fables, avec leuu morale agréable et forte. La disgrâce dont le contre-coup lui fut si cruel le sauva donc des pentes faciles, le rendit à lui-même, et nous valut la touchante élégie où son génie éclata, non moins que son cœur, en des vers éloquents et courageux (1662) :

Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes, Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes,

Les destins sont contents; Oronte est malheureux'.

Tout en prouvant qu'il aimait un bienfaiteur plus que ses bienfaits, il exerça sur l'opinion une influence clémente, et, mieux que tout avocat, réussit à changer en pitié la malignité publique. Aussi pouvait-il dire à bon droit :

J'accoutume chacun à plaindre son malheur'.

L'épicurien. — Le songe de Vaux une fois évanoui par la captivité de l'enchanteur, il retomba dans ses péchés mignons, et dépensa son temps, sa fortune ou son esprit, sans savoir comment, au jour le jour, au service de tous. Nul n'ignore de quelle façon expéditive il mangea son fonds avec son revenu^ Ses confessions plus enjouées qu'édifiantes nous dispensent d'entrer en des détails qui n'intéressent que sa vie privée ; nous ne suivrons donc pas les allées et venues de ce pigeon voyageur que « le plaisir de voir et

1. t En cette pièce, comme dans son discoura en vers à Mme de la Sablière, sur l'idée de se converLir, comme dans l'hitéinon et Baucis, ou le Sonye d'un habitant du Mogol, il rencontrait pour l'expression de ses vœux, de ses regrets et de ses goûts un alexandrin plein et facile qui se loge de lui-même dans la mémoire, et qui est à lui autant que ceux de Corneille et Racine leur appartiennent ». Sainte-Beuve.

2. Quelques années après, passant par Amboise La Fontaine voulut visiter la chambre du château ou Fouquet avait été prisonnier. Ses larmes coulèrent avec amertume, et « sans la nuit, on n'auroit pu, dit-il, l'arracher de cet endroit. •

3. Jean s'en alla comme il étoit venu, Mangeant son bien avec son revenu.

Tint les trésors chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien le sut dispenser : Deux parts en fit. dont il souloil passer L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.

l'humeur inquiète » égaraient loin de son nid. S'il visitait parfois Château-Thierry, c'était seulement pour y vendre quelque hout de terri', lorsqu'il fallait apaiser des créanciers trop pressants ^ Il y a toute une légende sur les dissipations de ce volage qui serait sans excuse, s'il ne nous désarmait par un air dinconscience tellement ingénue qu'on est tenté de lui pardonner ses étourderies comme à un enfant auquel la raison n'est pas encore venue. Mais laissons dans l'ombre des faiblesses dont il fit pénitence, aux heures tardives du repentir.

Nousn'insisteronspas non plussur les débutsqui révélèrent au public un talent de conteur qu'on ne peut louer sans en condamner l'emploi. Disons pourtant que la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin, partage la responsabilité morale du poète. Car ce fut elle qui l'engagea dans un genre où il avait pour précurseurs, outre les trouvères de race gauloise, Rabelais, Bonaventure Despériers et la reine Marguerite de Navarre, sœur de François I", sans parler de Boccace, de l'Arioste et du Pogge. Il figure donc ici en glorieuse compagnie; mais n'y cherchons pas les circonstances atténuanLes d'une licence qu'aggrave la perfection littéraire à laquelle il dut l'équivoque popularité d'un succès assez compromettant pour que Louis XIV lui en ait gardé longue rancune.

Le fabuliste (l668). — Ce méfait d'une jeunesse trop persistante, il eut du reste à cœur de le faire oublier, au moins si Ion en juge par la préface de son premier recueil, composé de six livres, qui parurent en 1668, sous ce titre modeste : Fables d'Ésope mises en vers par M. de la Fontaine. En les dédiant au dauphin, à l'élève de Montausicr et de Bossuct, il annonçait la bonne volonté de s'amender et de se réhabiliter. Il était temps ! ne touchait-il pas à la cinquantaine ?

L'illustre imprévoyant vivait alors au Luxembourg, sous le patronage d'Henriette d'Angleterre, dont il était gentil-

1. Son bien seul y passa ; car il n'y avait pas communauté entre sa femm» et lui, de sorte qu'elle put vivre à l'abri du besoin.

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homme ordinaire : fonction qui ne déroba rien à ses loisirs; car il semble que tous ses protecteurs se soient enli'udus pour respecter cette bienheureuse et féconde paresse ijui était comme la muse du voluptueux rêveur. Mais la mort précipitée de la duchesse d'Orléans lui ravit tout à coup la sécurité du lendemain. Il allait donc, comme la cigale, se trouver fort dépourvu, si un dévouement généreux n'eût été sa providence. Grâce à l'hospitalité de Mme de la Sablière dont les prévenances délicates corrigèrent envers lui les torts de la fortune ou plutôt de son caractère, il put, durant vingt ans et plus, goûter, parmi les charmes d'une société spirituelle autant que distinguée, les bien- 'aits d'une libéralité discrète, et la douceur d'une amitié Icimilière, mais respectueuse. Près de cette femme aimable, qui, savante sans afficher la science, et bonne sans ostentation, répara des légèretés mondaines par la pratique de la charité chrétienne*, puis par une conversion aussi sincère qu'éclatante (1683), on comprend que La Fontaine ait dit avec l'accent d'une tendre gratitude :

Qu'un ami véritable est une douce chose I

Ayant dès lors « bon souper, bon gîte et le reste », c'està-dire l'indépendance, les libres entretiens, l'intimité des affections choisies et toutes les joies de l'esprit, il ne cessa plus de s'appartenir sans réserve, et de s'abandonner aux enchantements de son imagination. C'est ce qu'atteste son second recueil de fables qui comprenaitcinq livres, et parut en deux parties (1678 et 1679). Il s'y déploie dans la plénitude et la variété de son génie, sous les formes à la fois les plus vives et les plus sévères. Voilà son chef-d'œuvre. Car il y aura des inégalités de verve dans le douzième et dernier livre, qu'on appela le chant du cygne, et qui, destiné au jeune duc de Bourgogne, ne vit le jour qu'en

L'académicien (1684). — Louis XIY, qui voulut bien

1. Elle eut aussi pour hôte et commensal le voyageur Bernier. Son mari a laissé des madrigaux agréables.

accepter l'hommage de ce volume, n'y répondit cependant par aucune faveur. Car le maitre tenait rigueur à l'incorrigible qui rimait encore, sous le manteau, plus d'une nouvelle grivoise, et, loin d'avoir la souplesse d'un courtisan circonspect, s'échappait en témérités à peine déguisées par le sourire d'une bonhomie malicieuse. S'il n'entra qu'à soixante-trois ans à l'Académie française, la faute n'en fut donc pas à une Compagnie dont les avances, découragées par une fantaisie peu soucieuse de sa dignité, ne devaient être agréées par le consentement royal qu'en 1684. Golbert étant mort, La Fontaine se vit pourtant admis à succéder au grand ministre qui ne lui avait pas pardonné la con stance d'un attachement fidèle au souvenir de Fouquet. Élu en 1683, il n'eut le droit de s'asseoir dans son fauteuil qu'après une année d'attente, j'allais dire de purgatoire*. On avait fini par cfoire à sa promesse d'être sage, en dépit de la ballade où il disait par expérience :

Promettre est un, cl tenir est un autre.

L'Académie, qui avait été sa seule ambition, devint une de ses dernières passions. Nul ne fut plus exact à toucher ses jetons de présence '■*. Il se plaisait à ces séances, où il lui était permis de rêver tout éveillé, et même de sommeiller à son aise. Attribuons à un de ces oublis la distraction qui lui fit déposer une boule noire dans l'urne du scrutin, le jour où Furetière', un de ses vieux amis, fut exclu par un vote auquel il n'aurait pas dû s'associer. Ce fut une faute qu'il expia. Car le grammairien bilieux (jui le cribla de ses piquantes épigramraes prouva une fois déplus que les ressentiments d'une amitié morte sont impitoyalilcs.

Il ])rit aussi part à un autre débat, mais courtois, que venait de réveiller la polémique de Charles Perrault (1687).

1. Il avait élé pri-féré A Boileau qu'appuyait la faveur royale Oo clioix ne fut confirmé qu'après une vacance uouvelle qui permit aux deux airis d'entrer enseml)le;i l'Académie.

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