‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 314 sur 411 · Saint-Marc Girardin. Éloge de Bossuet. 25 août · texte numérisé non relu

Saint-Marc Girardin. Éloge de Bossuet. 25 août

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sa modération tous les droits légitimes, n'est-ce pas lui qui, dans l'assemblée de 1682, rédigea les quatre articles de la déclaration gallicane, et marqua si sûrement les rap- • ports du sacerdoce et de l'État, deux puissances qui ne doivent ni se confondre, ni se combattre, ni s'opprimer?

Les adieux à la chaire. Le théologien. — Il remon tait aussi dans la chaire pour y célébrer Marie-Thérèse (1683), la princesse Palatine (1685), Michel Le Tellier (1686), et le prince de Gondé (1687) ; ce qui n'empêcha pas sa verte vieillesse d'édifier les religieuses de son diocèse par les Médiiaiions sur L'Evangile, et les Elévations sur les mystères. Gardien de l'immuable unité, il écrivait en même temps VHisloire des variations (1688), où, sous le théologien dont la passion est tempérée par les ménagements de la charité, on aime le peintre impartial qui réserve ses véhémentes sévérités pour les doctrines, mais justifie ces paroles adressées à un adversaire : « Je sais honorer en vous, outre la nature qui nous est commune, le baptême de Jésus-Christ que vos erreurs n'ont point effacé. » Par la simplicité de l'exposition, l'enchaînement lumineux des faits, l'entrain et l'éclat du style, il échauffe une matière en apparence aride. Cette poussière des systèmes usés par la dispute, il l'anime si bien, que leurs abstractions deviennent pour nous comme les personnages d'un drame, où se meuvent et revivent les passions de l'homme, ses vices, ses vertus, ses talents et son génie représentés par l'impétuosité belliqueuse et boufTonne de Luther, la douceur tendre et résignée de Mélanchton, la tristesse flegmatique et sombre de Calvin. Dans le fond de la scène s'entrevoient aussi les peuples et les rois emportés dans la carrière sanglante des persécutions, des révoltes et des guerres civiles. Tandis que son imagination évoque ces fières peintures, les polémistes les plus savants ou les plus subtils, les Burnet, les Basnage, les Jurieu, sont pressés par sa dialectique comme dans un défilé sans issue. Un tel docteur méritait bien d'être choisi pour un essai de réconciliation, le jour où Leibnitz conçut le généreux dessein d'opérer un accord désirable entre des croyances trop longtemps enne-

mies. Si cette tentative ne réussit pas, si dans ce débat la supériorité du savoir demeure indécise , « l'avantage de la franchise semble appartenir à Eossuet qui se montra toujours aussi inflexible sur le dogme que facile sur la discipline*. »

Mais, dans la querelle du quiétisme, il allait subir les gênes d'une situation fausse. Car il avait en face de lui une doctrine neuve et mystérieuse, un antagoniste insaisissable, qui eut l'art de mettre une apparente clarté, et le charme de ses vertus comme de ses talents dans les plus aventureux raffinements de ses mystiques ambitions. Plaignons donc les disgrâces de Fénelon; révérons sa candeur, sa constance, et l'humilité glorieuse de son obéissance ; mais ne reprochons pas à Bossuet d'avoir fait ce qu'il crut son devoir, en combattant un péril dissimulé par tant de séductions qui protègent encore aujourd'hui le vaincu.

L'homme et révoque. — Jusque parmi ces orages il conserva cette sérénité que son grand esprit trouvait dans sa hauteur. Car, s'il est quelque chose de supérieur encore à son génie, c'est son caractère, si éminemment sacerdotal, où la simplicité, la droiture, le bon sens et la mesure s'allièrent toujours aux ardeurs les plus vives des questions alors les plus brûlantes. Ses actes et ses discours se confondent; les uns ajoutent aux autres la force des exemples. Jamais il n'eut souci de l'éloge, ni de l'opinion. Éclairer, diriger les âmes, fut toute sa vie, et c'est de lui que l'on peut dire : « Il ne se sert de la parole que pour la pensée, et de la pensée que pour la vérité et la vertu. » Dans cette éloquence si substantielle rayonne donc la beauté morale. L'homme vaut l'écrivain, et tous deux peuvent être, comme tout ce qui est parfait, une matière infinie de contemplation féconde.

Aussi une brève notice ne peut-elle qu'effleurer un sujet inépuisable. Terminons en rappelant qu'en 1695 Bossuet fut élu conservateur des privilèges de l'Université dans une assemblée générale réunie sous la présidence de Rollin, alors recteur; et qu'en 1697 Louis XIV le nommait son

t. Ce jugemeiil a une grave autorité : nous l'empruntons à M. Patin.

conseiUcr cVÈtat^ seule dignité que ce grand homme ait paru désirer, et la dernière que lui conféra le souverain. Atteint de la pierre en 1701, il rendit son âme à Dieu le 12 avril 1704. Il avait demandé, dans son testament, à ètic enterré aux pieds de ses prédécesseurs, dans l'église de Meaux. Ce vœu fut accompli. Le 14 novembre 1854, on a retrouvé sa tombe, el ouvert son cercueil. Après un siècle et demi, on put reconnaître ses traits. Plus inaltérable encore aux injures du temps et aux révolutions du goùl, sa gloire sera toujours une des religions de la F] ance. Elle ne se discute plus; on s'honore soi-même en lui apportant un nouveau tribut.

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