Daniel àe Cosnac
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Bossiiet. Elle est aussi d'un prélat, Daniel de Gosnac, évoque de Valence, qui écrivit au lendemain de sa mort : « Madame avoit du bon sens, l'âme grande et juste, éclairée sur tout ce qu'il lalloit faire, mais quelquefois ne le faisant pas, ou par indolence naturelle, ou pai' une certaine hauteur qui se ressentoit de son origine. On trouvoit en sa conversation une douceur infinie, non qu'elle eût moins de majesté que les autres personnes royales; mais elle en savoit user d'une manière plus facile; on eiàl dit qu'elle s'approprioit tous les cœurs. »
Ses aiiierlunies ; iiefiliicnce do Bossuct. -- Ajoutons que ses triomphes eurent leurs amertumes. Car il y eut plus d'un sombre lendemain aux fêtes qu'elle animais de sa présence; et son palais connut la tristesse d'oragej intérieurs qui souvent lui firent regretter la solitude où s'écoula son enfance, affligée pourtant par dé si tragiques infortunes.
Au milieu de ces peines dont l'histoire ne peut soulever le« voiles que d'une main discrète, Bossuet devint le guide d'une conscience profondément religieuse sous des dehors frivoles. Rappelée aux graves pensées par la voix éloquente qui venait de consacrer les vertus de sa mère, elle comprit la leçon d"uu tel exemple, et fit demander à l'évèque de Gondom des règles de conduite qui lui parurent si appropriées à sa situation morale, qu'elle voulut le prendre pour directeur habituel. Il vint donc régulièrement l'entretenir trois fois par semaine, et ne tarda pas à raviver les plus généreux mouvements d'un naturel que les vanités du monde avaient pu égarer sans le corrompre.
Cependant la politique traversa tout à coup ces salutaires influences. Car Louis XIV, qui appréciait de plus en plus des mérites ornés y)ar tant de séductions, crut pouvoir confier un secret d'Etat à une princesse de vingt-six ans, et il la choisit pour médiatiice, à la veille du jour où allaient éclater ses desseins contre la Hollande (juin 1670). Elle parlil donc pour Londres, avec mission de tout faire on vue de nous assurer l'alliance du roi son frère, et au besoin de i'am(!ner à se déclarer callioli jue. On peut lire, dans In tome III de M. Mignct sur les négociations relatives à la
succession d'Espagne, tout le détail cîe cette affaire qui aevait rester mystérieuse. Si la conversion ne fut pas obtenue, Henriette revint du moins avec im traité qui garantissait la complicité de Charles II dans une guerre aussi imprudente qu'injuste. Ce succès avait mis le comble à une faveur toujours croissante, lorsque retentit comme la foudre ce cri de deuil et d'effroi : « Madame se meurt, Madame est m,orte! »
Récit authentique de sa mort. — On sait dans quelles circonstances se produisit cette sinistre nouve.le. Le 29 juin, sur le soir, vers cinq heures. Madame se trouvant au palais de Saint-Cloud avait demandé un verre d'eau de chicorée à la glace. Aussitôt après l'avoir pris, elle ressentit les douleurs les plus aiguës, et, à deux heures du matin, elle expirait, au milieu d'une cruelle agonie. Tous les incidents de « cette nuit désastreuse » ont été recueillis par un témoin oculaire \ On y verra qu'en cette soudaine atteinte, on la mort la saisit comme à la gorge, la charmante victime garda toute sa présence d'esprit, pensa aux choses essentielles, aux siens, à ses amis, au roi, à Monsieur, à son âme, à Dieu, en un mot que tous eurent d'elle des paroles simples, vraies et d'une suprême convenance.
Dans le premier émoi, l'on avait fait venir le docteur Feuillet, chanoine de Saint-Gloud, grand rigoriste, qui ne ménagea nullement la pauvre princesse. « A onze heures du soir, écrit-il, elle me fit appeler en grande diligence. Étant arrivé proche de son lit, elle fit retirer tout le monde, et me dit :« Vous voyez. Monsieur Feuillet, en quel état je suis réduite. — En un très-bon, madame, lui dis-je. Car vous confessez à présent qu'il y a un Dieu, que vous avez trèspeu connu pendant votre vie. « — Il ajouta que toutes ses confessions passées ne comptaient pas, que toute sa vie n'avait été qu'un péché; il l'aida, autant que le permettait son état, à faire une confession générale, et elle s'en acquitta de son mieux, en toute piété. — Un capucin, soc' confesseur ordinaire, était là près du lit; et ce bon religieux qui voulait l'exhorter se perdait en de longs discours.
l. Relation de M. Feuillet, chanoine de Saint-Cloud.
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Regardant alors Mme de Lafayette, avec un mélange de pitié et de souffrance : « Laissez parler M. Feuillet, mon père », lui dit-elle doucement, comme si elle eût craint de le fâcher; «vous parlerez à votre tour. » Cependant, le docteur Feuillet lui disait à haut", voix : « Humilie, -vous, Madame; voilà toute cette grandeur trompeuse anéantie sous la pesante main de Dieu. Vous n'êtes qu'une misérable pécheresse, qu'un vaisseau de terre qui va tomber, et se cassera en pièces; et de toute cette grandeur il ne restera aucune trace. — Il est vrai, ô mon Dieu! » s'écriait- elle, acceptant tout de la bouche du prêtre avec soumission, non sans quelque chose d'obligeant, de tendre, et de résigné.
Dans ce péril, on était allé en toute hâte à Paris chercher M. de Condom. Le premier courrier ne l'ayant pas rencontré, on en dépêcha un second, puis un troisième. Après avoir reçu les sacrements avec grand respect et grande joie, Madame était à l'extrémité, et venait de prendre le dernier breuvage, (|uand arriva Bcssuet. Ici, la relation du sévère docteur ciiangc de ton, et s'émeut sensiblement. «Elle fut, dit-il, aussi aise de le voir, comme il fut affligé de la trouver aux abois. Il se prosterna contre terre, et fit une prière gui me charma; il entremcloit des actes de foi, de confiance et d'amour. »
Cette prière de Bossuet prosterné à genoux devant ce lit de mort, cet épanchement naturel et prompt d'un grand cœur attendri n'a-t-il pas été le trésor oij il puisa la touchante éloquence de i'oraison funèbre qu'il allait prononcer, à Saint-Denis, le 21 août 1670? Oui, ce que le monde devait admirer ne fut qu'un écho de ces accents qui échappèrent alors à la douleur religieuse du prêtre, et se perdirent au sein de Dieu, avec l'âme purifiée qui s'envola bientôt du même essor.
Pendant cette prière même, la première femme de chambre de Madame s'approcha d'elle, pour lui donner quehjue chose doni elle avait besoin. C'est alors que IMadamc, conservant jusqu'à la lin toute la délicatesse de son procédé, dit à celle-ci, en anglais, afin de n'être pas entendue de Bossuet : « Donnez à M. de Condom , lorsque je serai
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morte, l'émeraude que j'avois fait faire pour lui. » L'oraison funèbre en a gardé mémoire. Car nous y lisons : « Cet art de donner agréablement qu'elle avoit si bien pratiqué durant sa vie, l'a suivie, je le sais^ jusqu'entre les bras de la mort.* »
IL — Esquisse littéraire.
Exnrde et propo<iition. — La notice qui précède est déjà le commentaire d'un discours qui justiiia si bien ce texte de l'Ecclésiaste : Vanité des vanités, tout n'est que vanité. Aussi bornons-nous à indiquer les principales lignes du développement.
Un exorde aussi simple qu'ému, et dont la première pensée est une allusion à l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, annonce que Bossuet veut, « dans un seul malheur, déplorer toutes les calamités du genre humain, et, dans une seule mort, faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines. >)
Mais comme il ne faut pas « permettre à l'homme de se mépriser tout entier-, » il enseignera : — d'un côté, « que tout est vain, si nous regardons le cours de la vie mortelle » ;
— de l'autre, « qv;e tout est précieux et important, si nous contemplons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut rendre. »
C'est ce que démontre l'exemple de la princesse pleurée par la France. Il examine donc d'abord « ce qu'une mort soudaine lui a ravi » ; ensuite, « ce qu'une sainte mort lui a donné. 3>