‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 331 sur 411 · Première partie. Ce qu'une mort soudaine lui a ravi · texte numérisé non relu

Première partie. Ce qu'une mort soudaine lui a ravi

— Passant en revue les avantages les plus enviés, la naissance, l'esprit et la beauté, Bossuet trouve dans les impressions religieuses qu'il veut produire l'occasion même des éloges discrets qu'il consacre aux mérites gracieux ou solides d'une princesse qui fut sa pénitente, et dont il peut

1. L'autopsie démontra, malgré des soupçons calomniateurs, que Madaro périt victime du choléra-morbus.

dire avec autorité : « Elle étudioit ses défauts, et aimoit qu'on lui en fît des leçons sincères : marque assurée d'une âme forte que ses fautes ne dominent point, et qui ne craint pas de les envisager de près, par une secrète confiance des ressources qu'elle sent pour les surmonter. »

De ces traits distincts, et sous lesquels tressaille l'accent d'un regret personnel, ressort une physionomie rendue avec autant de puissance que de délicatesse par un génie sublime et touchant qui concilie toutes les nuances. Ne croirait-on pas entendre Fénelon, lorsque le pathétique récit, interrompu par des sanglots, se continue par cette plainte? « Madame a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin, elle fleurissoit; avec quelles grâces! vous le savez : le soir, nous la vîmes séchée; et ces fortes impressions, par lesquelles l'Kcriture sainte exagère l'inconstance des choses humaines, dévoient être pour cette princesse précises et littérales. » Si une mélancolie presque virgilienne anime cette élégie oratoire, elle se termine par ces sombres couleurs : « Notre corps prend un autre nom : même celui de cadavre ne demeure pas longtemps. Il devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue; tant il est vrai que tout meurt en lui jusqu'à ces termes funèbres par lesquels on expriraoit ses malheureux restes! »

Deiixicmc partie. Ce qu'une sainte mort lui a donné. — Mais de même que la justice de Dieu confond notre orgueil, en ne faisant de nous qu'une même cendre, sa bonté qui nous aime ne nous détruit que pour réparer nos ruines. Cette transition conduit Bossuet à la seconde partie de son discours qui se résume en deux mots : elle est une consolation, et un enseignement.

Après nous avoir affligés parle spectacle de notre misère, il nous relève par celui de notre grandeur. Venant de Dieu, rame en (îlTet « se sauve de ce déltris universel et inévitable. » Elle peut donc « raéiirisor la mort >>, si elle se rend digne d'être « réunie à son piincipe », par la vertu de la ^iiricc, qui nous fait « sortir du temps, et entrer dans lé terni té. »

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Dieu prit sur ses ailes, curame l'ai^ln pi end ses ptUls, et porta lui-même dans le sein de l'Eglise. » Pour la lui donner, « il avoit fallu renverser tout un royaume! » N'en soyons pas surpris, dit-il. Car l'Eternel « remue le ciel et la terre, pour enfanter ses élus. »

Mais à la faveur de cette vocation manifeste devait s'ajouter celle de la persévérance ; et, revenant au récit d'une mort soudaine qu'il appelle « le dernier combat », Bossuet la propose comme un exemple digne d'envie. « Ne mêlons pas, s'écrie-t-il, de foiblesse à une si forte action, et ne déshonorons point par nos larmes une si belle victoire ! » Il aime mieux y chercher un enseignement pratique pour «ces lâches chrétiens » qui craignent d'avancer leur fin en recevant les sacrements suprêmes. Combien fut différente l'ardeur empressée avec laquelle « Madame appela les prêtres plutôt que les médecins ! Tout étoit simple, tout étoit solide, tout étoit tranquille, tout partoit d'une âme soumise et sanctifiée. » Aussi, qu'importe « que le temps ait été court? L'opération divine a été puissante, la fidélité parfaite. » Alors, sans oublier les moindres détails d'une scène religieuse à laquelle il assista de si près, il laisse à ceux qui pleurent ce témoignage consolant : « Je me confie pour Madame en cette miséricorde qu'elle a si humblement réclamée. Elle a aimé, en mourant, le Sauveur Jésus. Les bras lui ont manqué plutôt, que l'ardeur d'embrasser la Croix; j'ai vu sa main défaillante chercher encore en tombant de nouvelles forces, pour appuyer sur ses lèvres ce bienheureux signe de notre Rédemption. N'est-ce pas inourir entre les bras, et dans le baiser du Seigneur? »

Péroraison. — Elle aussi, la péroraison a l'onction mystique d'un adieu qui pressent l'éternel retour, et dont la tristesse, douce comme une espérance, est sereine coiume la foi.

ORAISOX FU.XEBRE

DE MARIE-THÉRÈSE d'aUTRICHE, REINE DE FRANCE

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