Du mot grec Inf^^tiv , s'arrêter; l-o/.i, suspension
seconde partie destinée spécialement « à nous faire entendre la durée perpétuelle de la Religion », et à démontrer comment les prophéties se sont accomplies. C'est un commentaire exclusivement théologique dont le centre est l'histoire du peuple juif.
Enfin, il termine son œuvre par un dernier discours dont il semble n'avoir voulu tracer que la magistrale ébauche, mais qui n'en est pas moins le principal titre de l'historien à l'admiration de l'avenir. C'est cette troisième partie qu'il intitule la suite des Empires, et sur laquelle nous insisterons de préférence ; car, ici du moins, la liberté humaine joue son rôle, tandis que le reste du livre est uniquement une apologie du Christianisme, et encourt les censures de la critique moderne par ses lacunes, ou le parti pris d'une opinion préconçue.
L.es époques. Bossuet et ï'art de -«vérifier le» «îates. Ëcueils du scaare. — Lcs chapitres oiî Bossuet déroule la succession des faits dcjniis la Genèse sont d'une contexture si serrée que, dans l'intervalle, il n'y a guère do place pour des vues personnelles, et si unie qu'elle n'admet pas d'ornements étrangers. Par lui-même, le genre est donc austère jusqu'à la tristesse, et nu jusqu'à l'aridité. Le premier mérite qu'il comporte ne peut être que l'exactitude; or, Bossuet ne possède que la science du dix-septième siècle. Empruntée à Ussérius*, sa chronologie ne nous laisse point aujourd'hui la même sécurité qu'aux lecteurs d'un âge où l'on connaissait imparfaitement l'art de vérifier les dates. Bien des doutes s'élèvent donc contre l'autorité de ses affirmations. Tout en rendant justice à une érudition qui ne plie point sous le fardeau, et à la clairvoyance relative d'une enquête qui sait éliminer ou choisir, nous devons avouer aussi que l'on éprouve une espèce de vertige en face de ce tourbillon d'hommes et d'événements qui risque de dissiper ou de fatiguer la cu-
1. Jacques Usher, prélat anglican né à Dublin en 1580, mort en 1656, professeur de théologie à l'Université de cette ville, chancelier de l'église de Saint-Patrice, archevêque d'Armagli, est célèbre comme chronologiste. Il a fixé l'an du monde à 4004 avant J.-C. On cite son ouvrage intitulé Annales veteris et novi leslamenli.
riosité. L'écueil de ce précis était la scrherosse, et Bossuet, qui songe avant tout à l'utile, n'a pas eu souci de l'éviter. Il semble même qu'ira atient d'arriver le plus tôt possible au terme d'une ingiateonumôration, il s'empresse d'en précipiter le cours, et s'interdise comme Hes digressions les développements dont l'occasion s'olTiait à sa pensée. Ne perdant jamais de vue le but où il tend, il estime superflu ce qui l'en écarterait; et, se résignant par devoir à un laconisme qui ne lui est point naturel, il subit ces contraintes comme un frein qui modère son ardeur.
Il'orateur, le peintre et le poète sous l'abrétîateiir. In tinet des lois liist»ric|ne<4. — Si parfois l'aile paraît s'entrouvrir et prendre l'essor, c'est malgré lui : car il est évident qu'il se réserve, et attend la clôture de celte revue pour se déj)loyer librement. Cependant, un génie tel que le sien laisse partout sa marque, et sa supériorité se révMe même parmi les gênes qui l'entravent. C'est ainsi que le poète, le peintre et l'orateur se trahissent par des échappées furtivcs. On goûtera plus encore les mérites de l'abréviateur, si on le compare à ses devanciers, entre autres à Yelleius Palerculus et à Florus , ces beaux esprits plus curieux d'étonner que d'instruire, cl qui se tourmentent pour orner leur récit de fausses couleurs ou de traits maniérés. Quant à l'abrégé chronologi([ue du Président Hénault, il est digne sans doute de notre estime; mais, si l'on y retrouve des idées judicieuses, elles ne tiennent pas suffisamment à la narration ; et, si les recherches inspirent confiance, elles ne forment pas une composition assez suivie : on dirait plulôt des notes juxtaposées. Or, tout autre est le manuel de Bossuet; car l'ensemble a l'entiain d'un discf)urs, et les détails sont d'un puissant relief.
Dans cet inventaire de nations et d'Etals qui se fondent, s'élèvent, marchent, courent, chancellent, tombent et meurent, quelle vigoureuse concision ! que de formules gravées comme des inscriptions sur un marbre funèbre ! que d'esquisses où la vie est aussi intense que dans les cartons d'un Michel-Ange! Par exemple, le drame de la seconde
guerre Punique a-t-il jamais été raconté plus vivement ((uc dans les pages qui terminent la huitième époque? Scipion, Alexandre, Thi odose cl Chailcmagne fuicnt-lls représentés plus au vrai qu'en ces médaillois où leur physionomie est si lapidement (ixée? En pleine mêlée de faits et de dates, brille souvent un de ces mots qui éi lairent tout à coup une situation, découvrent le fund des âm.es, et signalent le caractère d'une société. Ainsi, lorsqu'après le meurtre de Virginie, Bossuet dit avec tant de i'oice : « Le sang de cette seconde Lucrèce a réveillé les Romains, » qui ne s'attend à une révolution? Les causes qui expliquent la mort de Tiberius Gracchus et ses conséquences n'éclatent-elles pas énergiquement par la simplicité de cette parole : « Tout le Sénat le tue par la main de Scipion ? » Ailleurs, on croirait lire du Tacite, quand on rencontre telle ou t;'lle expression analogue à celle-ci : « L'Empire mis à l'encan par les meurtriei's de Perlinax trouve un acheteur : un Didius Julianus hasarde ce hardi marché. » Citons encore ce trait d'ironie : « Probus est forcé par l'acclamation des légions d'accepter la pourpre, encore qu'il les menace de les faire vivre dans l'ordre. » S il est trop silencieux sur Gicéron, etsurGésar, sil'on regrette parfois des brusqueries et des rudesses où s'accuse trop la hâte d'en finir, il communique je ne sais quoi de grandiose au procédé de l'cnumôration, notamment dans ce passage où il résume les conquêtes d'Auguste avec autant de sobriété que d'ampleur : « Les Indes recherchent son alliance; ses armes se font sentir aux Pvhètes ou Grisons..., la Pannonie le reconnaît; la Germanie le redoute, et le Weser reçoit ses lois; victorieux par mer et par terre, il ferme le temple de Janus : tout l'univers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde*. »
L'art de condenser ou de grouper les événements, et l'instinct des lois qui les ont produits justifient donc cet
1. Signalons aussi le passage où. il oppose aux subtilités de cette Grèce curieuse la ptiilosophie pratique, mâle et frugale qui ronriit !^s Romains maîtres du monde.
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éloge de Daunou : « On n'a jamais établi entre des notions d'histoire un enchaînement plus étroit et plus naturel. Tous les faits sont à la fois présents à la mémoire de Bossuet : il n'en cherche aucun; il sait, il possède tous les détails de son livre, avant de commencer à l'écrire. Tant de liaison règne entre ces idées C[ue toujours l'une éveille l'autre, et que cette multitude d'origines, de catastrophes et de noms célèbres semble se disposer dans le seul ordre qui lui convienne. » Oui, on croit voir un général en chef qui range ses corps d'armée. Il préparc ici d'avance son plan de campagne. Il n'aura plus qu'à livrer bataille.
L.a suite de la religion. Pascal et Bossuet. Tlii-se paradoxale. Le judaïsme centre du monde antique. Foi împt-i'ieiiase. — Dans ses PensJes, Pascal avait dit : « S'étendant depuis les premiers temps jusqu'aux derniers, l'histoire du peuple juif enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires. » Il ajoutait : « Qu'il est beau devoir par les yeux de la foi Darius et Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée, Hérode agir, sans le savoir, pour le triomphe de l'Evangile^ ! » Cette parole contenait en germe tout le livre de Bossuet, et surtout cette seconde partie où le dogme commence, mais oîi l'histoire cesse. Bornons-nous à exposer une doctrine que notre siècle ne saurait admettre : car elle veut nous persuader que le monde ancien a gravité autour de Jérusalem, ainsi que notre système planétaire autour du Soleil. Oui, pour Bossuet, les destinées exceptionnelles des Hébreux sont le nœud du passé comme de l'avenir. A ces douze tribus perdues parmi tant de nations comme des grains de sable dans l'Océan, il subordonne les vertus, les grandeurs, les arts, les sciences, la civilisation de l'Orient et de l'Occident, d'Athènes et de Rome, de tant de races glorieuses qui ont compté plus de quatre mille ans d'existence. Cantonné dans un coin de la terre de Clianaan, comme un autre Moïse dictant le Décalogue, il prononce les oracles